1l_tanguy

Algéna partie en nous laissant Tanguy sur les bras, il allait falloir se faire à une nouvelle personnalité. On se serait bien passés de l’accueillir,celui-là, mais puisqu’il était là, fallait faire avec. Après sa résurrection, il souffrait plus ou moins d’amnésie. Par exemple, il ne se souvenait plus qu’il faisait carrière chez les poulets. Ayant sans doute suivi des cours de secourisme pour donner les premiers soins aux accidentés, il était persuadé d’être infirmier. Bon, on allait pas le contrarier là-dessus, s’il voulait être infirmier, pourquoi pas ? Ca tombait bien, l’hôpital de Vipercanyon manquait de main d’œuvre. On lui dénicha une place d’infirmier pour le contenter. Le plus gênant, c’est qu’il avait des trous énormes concernant certaines compétences. Il se mit en devoir de les combler et atteignit assez rapidement  le sommet de la compétence physique.

1m_logique

Tanguy Corsillo, c’était pas le bonhomme encombrant, pas comme l’autre zouave de Benjamin. C’est bien simple, il voulait tout bien. C’est pas lui qu’on aurait entendu rouspéter après les sandwiches au fromage et Khali avait trouvé en lui un allié. Quand les autres râlaient
-Ooooh ENCORE du fromage, c’est pas vrai ! Elle quémandait son soutien
-Ben quoi ? T’en as marre du fromage, toi Tanguy ?
-Beuh-non, c’est bon le fromage !
-Oui-mais… quand même TOUS LES JOURS, et à TOUS les repas, avoue que ça devient pénible,
-Ah ? On en a déjà mangé ? Je m’en souviens pas.
Tout comme il avait oublié le b-a-ba de la logique. Mais heureusement, ses facultés étaient restées intactes et il se souvenait de deux choses, et ça, c’était le principal : Il se souvenait qu’il voulait devenir chef de staff et maîtriser toutes les compétences. Après le physique, il s’était attelé à la la logique.

1n_aide

Dans cette entreprise, il avait encore fallu que le Benjamin vienne mettre son grain de sel. Comme il maîtrisait toutes les compétences, lui, ce qu’il ne se privait pas de faire remarquer, oubliant de souligner qu’il lui avait fallu quatre fois plus de temps qu’à quiconque pour y parvenir, il lui offrit son aide. Alors que Tanguy n’avait rien demandé, mais ça, jouer les indispensables, c’était sa tasse de thé, à lui. En fait d’aide, il l’aidait surtout à perdre son temps
-Qu’est ce tu fais Tanguy ?
-J’essaye de créer un médicament 
-Ah-bon ! Pour soigner quoi ?
-Les maladies inconnues qui sévissent à Vipercanyon
-Mais… si c’est des maladies inconnues, comment tu peux trouver le médicament ?
-Ben justement, c’est ce que je cherche. Enfin, que j’essaye de chercher, mais c’est pas facile avec quelqu’un sur le dos.
-Qu’est ce tu y as mis dans ton médicament ?
-Des choses… je m’en souviens pas, mais j’ai mélangé plusieurs trucs
-Moi, j’y aurais mis de l’aspirine, c’est pas mal l’aspirine, ça soigne un tas de maladies
-Oui-mais c’est connu l’aspirine, c’est pas un nouveau médicament ça !
-Tiens, pousse-toi, je vais te faire voir comment j’aurais fait.

1n_competence

Je peux vous dire qu’il m’aurait fait ça à moi… comment je te l’aurais sorti par la peau des fesses, l’animal ! Mais Tanguy, je vous l’ai dit, c’est pas le type à faire des vagues. Puisque y avait pas moyen de travailler sa logique tranquille avec l’autre pinocchio, il a fini par abandonner le laboratoire et s’est contenté de réapprendre toute l’organisation du système solaire en passant des nuits entières au télescope.

1n_mousser

Vous z’allez pas me dire que c’était pas juste histoire de se faire mousser que le Benjamin avait voulu se remettre à créer des médicaments. Six ans d’âge mental qu’il a, l’animal ! Dès que Tanguy a cessé de lui disputer la station de biochimie, comme par hasard, elle l’intéressait plus non plus ! Ce qui l’intéressait maintenant, c’était de jouer du piano, quand Ophelia faisait ses gammes, ou de se faire cuire un homard quand Khali tartinait ses sandwiches… bref, partout où il pouvait gêner, on le trouvait ! Le seul moment où on était tranquilles, c’est quand il se mettait à peindre un chef d’œuvre. Enfin, un chef d’œuvre, c’est lui qui le disait ! Mais il arrivait quand même à les vendre assez cher, ses croûtes. Savez pourquoi ? Il les signait du nom de Nathel et il assurait à qui voulait l’entendre que c’était des toiles qu’il avait retrouvées au grenier. Primo, ils z’ont plus de grenier depuis leur déménagement, deuxio, les toiles de Nathel, y avait belle lurette qu’Alpherg s’était chargé de les vendre pour assouvir son aspiration à la richesse. M’enfin, comme les townies de Vipercanyon et la Culture ça fait deux, y en avait pas un pour remarquer la différence entre les copies et les originaux.

1o_anniv

Les mois passant, il fut bientôt temps de souhaiter l’anniversaire de Fawsia. Evidemment, l’animal était encore aux premières loges. C’est lui qui était allé chercher le gâteau jusqu’au nouveau centre commercial où il avait fallu qu’il aille fourrer son long nez, comme de juste.
-Tu vas voir, elle va souffler, et puis, on va faire du potin avec des crécelles et des trompettes, et puis après, on attendra qu’elle grandisse pour lui balancer des confettis, plein de confettis, expliquait-il à Tanguy.
Bon alors, déjà, Tanguy ne lui avait pas demandé le mode d’emploi de l’anniversaire, et d’une ! Et de deux, le jour où il attendra qu’on le sollicite peut-être qu’alors on l’écoutera. Mais là… tout le monde savait ce qui se passait un jour d’anniversaire, c’était quand même pas la première fois que quelqu’un grandissait à la maison ! Il aurait été bien inspiré de pas gaspiller sa salive et de se faire oublier un peu.

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Fawsia confirma qu’elle était un vrai miracle de la nature, la peau mate les yeux verts, elle présentait un charmant minois qui n’était pas sans me rappeler Phoebe autrefois. Rien en elle n’était à jeter… enfin, quand je dis rien, si ! C’était quoi cet anorak fourré de moumoutte et ces gants de laine dont sa mère l’avait affublée ? A force de vouloir trop bien faire, il arrive qu’on en fasse trop, et l’anorak fourré dans le désert, alors là, moi je dis que c’est trop !

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Maintenant que sa fille avait grandi, Khali se consacra à la métaphysique des tubes digestifs. Quels effets le fromage fondu, avalé à dose excessive, pouvait-il bien avoir sur un individu lambda, tant au niveau psychologique que physique ? Pour ce qui est de la psychologie, on avait la réponse et on pouvait d’ores et déjà affirmer que sur une tranche non négligeable d’individus, le caractère glissait vers  une agressivité de plus en plus ttilleuse proportionnellement au « ras-le-bol » éprouvé. Mais physiquement, hein ? Elle bourra de fromage un mannequin cobbaye et entreprit une visite approfondie des entrailles.

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Ben croyez-moi si vous voulez, avec toutes les cochonneries qu’ils avalent maintenant : les colorants, la dyoxine, les poulets malades de la grippe, les moutons de la tremblotte, les vaches folles, les pesticides… -faudrait pas les oublier les pesticides ! Bref, le fromage, c’était pas pire qu’autre chose. Ca s’amalgamait dans un coin des boyaux et ça se présentait sous forme de brique compacte, qui devait peser son poids, mais au moins, ça provoquait pas de métastases. Un argument qu’elle ne manquerait pas de faire valoir auprès des détracteurs de fromage. Elle avait bien fait d’étudier la question, tiens !

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Je sais pas ce que la mécanique de la digestion venait faire là-dedans, ni même s’il y avait un rapport, mais Khali faisait des étincelles au travail. Après avoir sculpté des figurines de lamas pour les touristes, après leur avoir vendu des caricatures puis refilé les fausses toiles de Nathel que peignait Benjamin, elle s’était lancée dans les photographies de mariage. Enfin, pour le moment, elle s’était contentée de ramener à la maison un appareil encombrant et se promettait de faire poser tout le monde pour une photo-souvenir un jour ou l’autre. N’empêche, cet appareil, c’était quand même la meilleure chose qu’ils aient gagnée depuis qu’ils s’étaient lancés à tour de rôle dans de nouvelles carrières. Et à présent, si j’ai bien fait mes comptes, il ne leur restait plus rien à espérer de nouveau. On possédait la totalité des récompenses professionnelles.

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Si je m’étais gaussé de l’anorak, que dire du pyjama qu’ils ont dégotté pour Fawsia ? Non-mais, je vous jure qu’ils sont malades ! Pour aller au lit, la petite était transformée en nounours des pieds à la tête. Pas un orteil, pas un doigt qui dépassait de la panoplie en laine et mohair mélangés. Si Khali avait accepté de lui offrir une petite robe pour la journée, elle s’était montrée intransigeante pour la nuit. Fallait pas qu’elle prenne froid, fallait pas qu’elle prenne froid, là ! Autrement, elle avait réussi à battre Benjamin sur le terrain de l’apprentissage du langage, et ça, c’était une bonne chose.

1o_marche

Parce qu’il avait encore fallu qu’il joue les indispensables, celui-là. Il s’était chargé de la marche et de la propreté, -sa spécialité. Résultat, on pouvait deviner sans peine, que le jour où il passerait l’arme à gauche, la petite Fawsia aura tout intérêt à avoir ramené un 20/20 et à se ballader en platine pour encaisser le choc de la mort de son tonton Benji. Mais vous croyez qu’il y pense à ça, le tonton Benji ? Nan ! Il se croit immortel. Il se figure qu’il torchera les enfants de Fawsia et les enfants des enfants de Fawsia. Il a bien vu défiler 8 générations de Dubagne, alors pourquoi pas 9 ou 10 ?

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Bon, Jeanne me fait remarquer qu’il faut que je calme. Paraît que ça me vaut rien quand je parle de Benjamin. Remarquez, je risque quoi ? Hein ?! Je mourrai pas d’une crise d’apoplexie, c’est déjà fait ! Je peux m’énerver tant que je veux, j’ai strictement rien à redouter… Nan, ce qui me fait abandonner le chapitre,  c’est un terrible événement qui s’est passé dans la famille. Attendez que je vous raconte : Khali était attablée devant son repas du soir (devinez en quoi il consistait) et la petite Fawsia, qu’ils avaient été obligés de ramener dans la salle à manger, parce que la chaleur l’empêchait de dormir et qu’elle réveillait tout le monde dans la chambre, avait fini par s’endormir. Quand soudain…
-Décrochez ce bon-sang de téléphone, ordonna Khali, il va me réveiller la petite. Je vous préviens, si elle se réveille, comptez pas sur moi pour lui rechanter des berceuses, j’ai eu trop de mal à l’endormir.

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-Laisse, j’y vais ! annonça Ophelia, coiffant Benjamin au poteau. -Quand je vous disais qu’il était toujours dans leurs pattes.
-Ah, c’est toi, Fharid, comment vas-tu ? lança-t-elle d’un ton joyeux, avant que la consternation, antichambre du désespoir, ne se peigne sur son visage.
-Mais… que s’est-il passé ? demanda-t-elle d’une voix blanche.

1p_dequoi

-De quoi, de quoi ? Qu’est ce qui se passe ? interrogea Benjamin à son tour, quand elle eut reposé le combiné d’une main tremblante 
-C’est maman ! Elle est… morte ! Le mot avait eu du mal à passer. Pour une fois, Benjamin a été utile à quelque chose, il a posé la question qui me brûlait les lèvres
-Morte ?! Mais comment est-ce arrivé ?

1p_noyee

-Elle s’est noyée dans leur piscine en construction, expliqua Ophelia, avant d’éclater en sanglots. Ils ne savent pas si elle est tombée dedans ou si elle a plongé de son plein gré sans remarquer que l’échelle n’était pas encore posée. Farhid était occupé à retapisser la chambre de Cédric, et ils n’ont rien entendu. Ce n’est qu’au moment de passer à table qu’ils se sont aperçus de son absence, et ils sont arrivés trop tard.

1p_pauvre 

Benjamin en tira les conclusions qui s’imposaient, prouvant qu’il n’avait pas encore tout oublié de ses cours de logique
-Pauvre petite, te voilà donc orpheline, dit-il en la serrant dans ses bras
-Oh Benji, pourquoi ? pourquoi ? Mon père d’abord et ma mère à présent, Algéna qui est partie… tous les gens que j’aime ou que j’aurais pu aimer disparaissent les uns après les autres. C’est comme si je portais malheur
-Mais-non, tu ne portes pas malheur, c’est le destin qui est cruel. Il ne faut pas te mettre de pareilles idées en tête. Et puis… c’est pas forcément une mauvaise chose d’être orpheline, vois, à l’université, tu peux prétendre à une bourse spéciale...
Mais c’est vrai ça ! Il a pas tort l’animal ! Et si Ophelia cumule les bourses, ça peut rapporter des points pour le challenge. Ah-mais, c’est même une très bonne chose, je dirai. Surtout que la Karine, hein… depuis qu’elle avait quitté la maison, elle lui avait pas tellement manqué à sa fille. Elle avait même pas pensé à la coucher sur son testament. Remarquez… vous me direz : elle s’attendait pas à mourir si jeune non plus !