04 novembre 2005
7. Premiers départs
Si bien qu'après l'accouchement, Séphora a connu le baby blues. Elle se sentait incapable de s'occuper de son fils. C'était pourtant pas l'expérience des bébés qui lui manquait.
-Comment je vais faire ? Je peux pas être partout, j'ai mon travail, j'ai besoin de me reposer, et puis je suis trop jeune pour passer ma vie à donner des biberons et à changer les couches
Si on était vaches, on lui aurait dit qu'il fallait y penser avant de faire trempette et galipette dans le bain à remous, mais on n'est pas comme ça !
-Ne te fais pas de soucis Séphora, on est là pour t'aider, les bébés ça nous connaît, je vais m'en occuper moi de ton fils, lui a proposé Jeanne. C'est vrai qu'avec ses 4 jours de congés par semaine, ce n'est pas le temps qui lui manque. En plus, elle a accumulé 13 jours de vacances, je ne sais pas trop comment, alors que moi j'en ai zéro, et je ne sais pas comment non plus. Faut pas chercher à comprendre, l'argent va à l'argent et les vacances aux vacances. C'est la grande injustice de la vie.
Ca ne m'empêche pas de donner un coup de main, remarquez bien. C'est que j'y tiens à conserver mon héritier moi ! Pendant que Séphora coule des nuits douces dans sa chambre de luxe, nous, on rebelote avec le petit lit dans notre chambre et on joue à qui qui se lèvera pas pour donner le biberon de nuit.
Là j'ai perdu !
Enfin ça y est ! Ils se sont tout de même décidés à me l'accorder ma dernière promo. Depuis le temps que j'attendais ça... Remarquez, c'est rien de dire que je suis un peu déçu. Je m'attendais... je sais pas à quoi je m'attendais, mais certainement pas à me retrouver avec l'uniforme d'agent de police de mes débuts qui me boudine de partout. J'avais entendu dire qu'au dernier stade de la carrière on pouvait aller au boulot en volant comme superman. Des nèfles !! C'est toujours la bagnole couverte de microbes qui m'attend au pied de la porte. Quand je compare avec le coupé sport des cuisiniers, j'ai la rage !
M'en fous, les grosses bagnoles, je vais donner des ordres pour qu'on leur colle des contredanses. On se venge comme on peut, pas vrai ?
Maintenant qu'elle est chargée de famille, Séphora ne pense plus qu'à "régulariser" sa situation. Elle a grand peur qu'il lui échappe son Chazot de la balayette ! Des fois, je me demande si elle ne serait pas un peu fétichiste. Ca serait pas les gants qui l'attirent ? On n'a jamais essayé ça avec Jeanne, mais peut-être qu'avec des gants en caoutchouc, les caresses c'est comme les assiettes : mieux torchées.
Toujours est-il que pour s'assurer de se l'accrocher elle n'a rien trouvé de mieux que de se fiancer.
Mais il faudra qu'elle patiente un peu qu'une place se libère pour le mariage. A huit dans la baraque, moi je dis stop !
Ca ne lui convient pas à Mlle je-pète-plus-haut-que-mes-fesses. Elle est d'une humeur de chien et elle nous fait la tête. Ah, ce qu'elle peut me décevoir ! Heureusement, ma petite Galatée ne suit pas le même chemin, elle rit, elle parle, elle est pleine de vie, elle saute sur les lits, sur les canapés... D'ailleurs, ça ne lui plaît pas du tout à Séphora, faut voir comme elle lui parle
-Arrête de faire le zouave, tu vas tomber, c'est tout ce que tu vas gagner. Et puis tu m'empêches de me concentrer sur mon roman. Ah oui, parce que Mlle s'est mise en tête d'écrire un roman à succès. Tout ça parce qu'elle a gagné le concours d'orthographe à l'école primaire, elle se croit une veine d'écrivain. Si c'est comme le tableau qu'elle a peint et qui devait être un chef d'oeuvre... remarquez, elle l'a quand même vendu 800$ sa croûte. Ca a aidé à payer son armoire vide !
Bon, elle ne devrait plus avoir à attendre très longtemps maintenant. Les jumeaux n'ont rien trouvé de mieux que de fêter leur anniversaire au travail. Le matin, ils avaient encore du lait qui leur coulait des narines, et le soir ils étaient devenus des hommes. Quand on a vu Orion sortir de la voiture, Jeanne m'a soufflé
-Ce qu'il est beau gosse ! Et moi j'ai ajouté
-Surtout dans MON costume ! Il aurait pu demander la permission plutôt que de se servir dans l'armoire à l'insu de mon plein gré.
Y a pas que nous d'ailleurs à l'avoir trouvé beau. La Sophie machin, qui se pavanait dans le coin histoire de se faire désirer n'en est pas revenue
-Orion ! C'est bien toi ? Ah, ce que tu es beau comme ça. Tu veux pas qu'on sorte ensemble tous les deux ?
Notez, c'est pas que je les espionne, mais j'étais curieux d'entendre la réponse d'Orion
-Fallait te décider avant, maintenant, tu ne m'intéresses plus. J'en ai plus rien à faire des gamines comme toi à présent. Moi ce que je veux, c'est des femmes, des vraies !
Bravo Orion ! Ca lui apprendra à jouer les pimbêches. Elle saura qu'il faut battre le fer quand il est chaud.
Et voilà Hélios qui nous fait le coup de la doublure. Nous qui avions toujours pris soin de les habiller différemment pour qu'on les reconnaisse de loin, lui aussi il m'a piqué mes fringues !
Ben oui, vous croyez quand même pas que je me suis trimballé pendant 50 ans avec le même futal ! J'avais tout en plusieurs exemplaires. Heureusement d'ailleurs, parce que s'ils avaient dû s'habiller à la mode du coin, je vous raconte pas le tableau.
Même s'ils ont les mêmes goûts, Hélios et Orion ont décidé de suivre des chemins différents
-Qu'est ce que tu vas faire maintenant Hélios ? Moi je vais me louer une petite maison, tu me suis ? Tu ne vas quand même pas rester chez papa et maman à vie
-Désolé frangin, mais j'ai dit à papa que je lui monterai une collection de fantômes, je ne partirai pas avant
-Mais c'est que ça ne m'arrange pas du tout ! Je comptais un peu sur nos deux salaires pour pouvoir m'installer. Tu sais combien ils vendent les terrains, c'est hors de prix !
-Ben faudra faire sans, moi je n'ai qu'une parole, une promesse, c'est une promesse ! T'auras qu'à te trouver une townie pleine aux as. Avec ta belle petite gueule, ça ne devrait pas être trop difficile. Allez salut frangin ! Bonne chance dans ta nouvelle vie.
-Quoi ? TU PARS !! Ca c'est Apollon qui parle la bouche pleine.
-Ouin ! Et moi alors ? Qui c'est qui va m'aider à faire mes devoirs ? Ils sont un peu intéressés les regrêts d'Apollon, mais ça lui a fait lâcher son hamburger. Moi, à la place d'Orion je lui aurais répondu aussi sec
-Ben tu feras comme les autres, t'apprendras à les faire tout seul !
Mais Orion a eu l'air ravi de savoir qu'il était indispensable à quelqu'un dans cette maison.
Et il s'est laissé avoir
-Pleure pas petit frère ! Ca te dirait de venir avec moi ? Rien qu'à voir le sourire banane, la réponse était superflue
- Alors, tope là, je t'embarque ! T'auras qu'à te trouver un petit boulot d'étudiant, ça aidera à payer la nourriture.
Apollon a sauté sur l'occase, trop heureux de pouvoir jouer les petits génies en pompant sur Orion.
-Vous nous donnerez des nouvelles ? s'est inquiétée Jeanne
-Promis maman, dès qu'on est installés, on te bigophone. Et puis maintenant, avec Internet, on t'enverra des mails et des photos. Tu verras, tu ne t'apercevras même pas de notre absence
- Puissiez-vous dire vrai mes enfants ! a soupiré Jeanne en écrasant une larme.
Je l'ai retrouvée dans la chambre des gosses en train de passer les meubles en revue
-Dire qu'ils ne dormiront plus dans ces lits ! Dire qu'ils ne feront plus leurs devoirs sur ce bureau...
J'ai mis le hola vite fait
-Parce que tu les as déjà vus faire leurs devoirs sur le bureau toi ! J'ai assez râlé qu'on avait fait des frais pour rien ! Si on ne leur collait pas les devoirs de force dessus, ils les posaient n'importe où, et c'était la chasse au trésor dans toute la maison pour les retrouver. T'en fais pas ma poule, un de perdu, dix de retrouvés ! J'ai encore des munitions dans le barillet !
Elle a séché ses larmes et son visage s'est illuminé
-Vrai Maxou ? Mais... 10, quand même, à mon âge...
-Oui, ben rêve pas trop, c'était juste façon de parler !
07 novembre 2005
8. Le petit monstre à tête de pioche
Le lendemain, c'était dimanche et la maison nous semblait presque vide. On discutait tranquillement Jeanne et moi
-On va peut-être pouvoir arrêter de bouffer cette chochonnerie de cornflakes ? Moi je me taperais bien des crêpes ou une omelette pour changer
-Max, tu oublies Hélios ! Tu peux bien faire ce petit sacrifice pour lui
-T'as peut-être raison ma poule... Qu'est ce que tu veux Galatée ? Tu n'arrêtes pas de te tortiller sur ta chaise, t'as envie de faire pipi ?
-Non ! J'ai envie de grandir !
Ca lui avait pris comme une envie de pisser.
-Tu ne préfèrerais pas qu'on te fasse une petite fête d'anniversaire ?
-Non ! J'ai envie maintenant !
-Enfin, Jeanne, si elle te dit qu'elle a envie. Te gêne pas Galatée, grandis !
Toujours un anniversaire que le Benjamin n'aura pas !
Sitôt dit, sitôt fait. Tout le monde a rappliqué pour voir ça, même Séphora qui était en train de talquer les fesses d'Hermès. Pour une fois qu'elle n'était pas à son roman interminable. Et vous savez quoi ? J'en revenais pas. Galatée était la copie conforme de sa soeur au même âge. Je me serais cru transporté presque 15 ans en arrière. Je devrais pas le dire, mais ça m'a fait un choc. J'ai dû quitter la pièce. Pour un peu je me serais mis à chialer.
Il fallait que je me reprenne. Max, mon gars, qu'est-ce qui t'arrive ? Voilà que tu te conduis comme une femmelette, tout ça parce que Galatée t'a fait prendre conscience du temps qui passe et que le chemin le plus long, il est derrière, pas devant. A quoi ça tient le bonheur, quand même ! Suffit d'oublier de regarder dans le rétro et d'aller de l'avant, toujours de l'avant, sans se demander vers quoi.
Les souvenirs, quand ça vous explose en pleine figure, ça vous met le coeur à l'envers et les pendules à l'heure. A quoi ça sert tout ça ? Je vous demande un peu. Si j'avais pas le challenge pour me pousser au derrière, je poserais mes valises sur le quai du train de l'oubli. Surtout que ça serait le bon moment : Je me mets à raisonner comme la sagesse incarnée, la tombe en or n'attend plus que moi... Mais j'ai encore planté des graines, il faut peut-être que je m'en occupe. Je vais quand même pas laisser Jeanne assumer seule les pépins du fruit défendu !
Séphora aussi, se croit sage. La voilà qui donne des leçons à Galatée pour le choix de ses aspirations
-Te laisse pas avoir par papa Galatée, tu n'as qu'une vie et c'est la tienne, t'es pas obligée de rentrer dans son jeu. Fais pas comme moi, envoie le bouillir avec son challenge. Fille ingrate ! Et où tu serais toi, si y avait pas eu le challenge ? Heureusement, ma petite Galatée a trouvé de quoi lui répondre. Comment elle te l'a mouchée, sa soeur !
-T'es gentille Séphora, mais tes conseils, tu te les gardes. J'ai décidé de prendre ma place dans l'histoire de notre famille. Je serai une mère-à-gosses, je ferai plein de bébés pour augmenter le score...
En parlant de ça, tu ferais pas mal de t'occuper un peu plus du tien. Tu l'entends pas qui braille après son biberon ? T'es vraiment une mère indigne ! Y a plus que le fric qui t'intéresse. Papa, au moins, il a ça de bien que ses gosses, il les assume, même quand ils le déçoivent, comme toi ! Qu'est ce que t'attends pour te tirer ? C'est l'héritage qui te retient ?
Séphora s'est indignée
-N'importe quoi !
Pas si sûr !
J'ai même pas eu à m'en mêler, Hélios s'en est chargé
-Bien répondu soeurette ! On est de la même trempe toi et moi, je sens qu'on va bien s'entendre. Bon sang, Séphora, mêle toi de ce qui te regarde, va donc écrire ton roman fleuve et fous lui la paix à cette petite. Elle au moins, elle a un but, tandis que toi, t'es jamais contente. Tu te fais envie de tout et quand t'as tout, tu voudrais plus ! Le but que tu t'es donné, il est archi NUL ! T'es même pas fichue de faire quelque chose pour le challenge. Avoue que ton histoire avec Romuald, c'était juste pour le plaisir, le challenge, tu n'y as même pas pensé !
-Et quand bien même ! J'ai ramené deux points malgré tout, tu peux pas en dire autant. T'en es où toi dans le décompte ? Je vais te le dire : T'es ZERO ! Alors tes leçons... Sur ces bonnes paroles, elle est allée se remettre à son roman en serrant les dents.
Quand elle ne bousculait Séphora pour qu'elle lui laisse l'ordinateur afin de voir si elle n'avait pas reçu d'e-mail Jeanne campait près du téléphone pour avoir des nouvelles des garçons. Heureusement, Orion n'a pas tardé à tenir sa promesse, autrement, je crois qu'elle aurait pris racine.
-Ouais, elle est pas mal, on l'a rachetée à un petit pépé qui rentrait en maison de retraite. Il avait semé de la pelouse partout, on oublie qu'on est dans le désert, mais ça suce au niveau flotte pour l'entretenir... Mais non, maman, t'inquiète pas, on n'est pas mal installés, on a ce qui faut pour débuter. J'ai eu une promotion, je suis arnaqueur, et on a parlé de moi pour conduire la bagnole des casses... OUI, Apollon fait bien ses devoirs, j'y veille, il est toujours un petit génie, mais je préfèrerais qu'il ait le triomphe plus modeste. Ce qu'il peut me casser les pieds à toujours vouloir que je le félicite alors que... quoi ?? non, il va très bien je t'assure. Tiens, au fait, il fait du théâtre à l'école, paraît qu'il se débrouille pas mal... oui, toi aussi tu nous manques, mais on n'est pas au bout du monde non plus, y a que la rue à traverser ! Allez, maman, je te laisse, j'ai rencard avec une fille !
Ah, ça la trimballait sec ma Jeanne, ça a été plus fort qu'elle, il a fallu qu'elle aille constater de visu. Comme on s'était quittés de la veille, la conversation n'a rien eu de folichon. Les garçons ont parlé de leurs souvenirs. Et quels souvenirs !
-Je me souviens bien que c'est toi qui m'a appris à aller sur le pot, lui a dit Apollon, tandis qu'Orion, lui, c'était d'avoir appris à marcher qui l'avait marqué. On se demande pourquoi les gosses veulent toujours qu'on les félicite, mais quand on voit les adultes se rengorger pour avoir fait ce qui après tout était leur boulot de parent, faut pas se poser la question.
Elle m'a ramené une photo de leur maison. Pas trop mal, même si moi c'est pas mon style. Mais ils n'avaient pas vraiment de choix, les habitations ne courent pas les rues à Vipercanyon. C'est bien pourquoi Séphora a décidé d'économiser pour s'en faire construire une. Je me demande quel palace elle va vouloir avec sa folie des grandeurs.
Séphora est toute contente, depuis quelques jours, elle a retrouvé le sourire. La raison ? Elle a enfin épousé son chéri. Oh, ça n'a pas donné lieu à un grand tralala. Un matin que Romuald vaquait à ses petites occupations, elle lui a simplement demandé s'il était d'accord pour l'épouser et lui, trop heureux, a sauté sur l'occasion. Si je dis trop heureux, j'ai mes raisons. Savez vous combien il avait d'économies ce bon à rien ? je vous le donne en mille :1 000 $ justement, pas un sou de plus. Tu parles d'une affaire !
Ah, c'est pas avec ça qu'elle va pouvoir les assouvir ses goûts de luxe Séphora ! Résultat du loto : ils s'incrustent !
Le truc de bien, dans ce mariage, c'est qu'on a hérité d'une nouvelle bonne. Pas mal du tout, la nouvelle bonne ! Autre chose que la demi-portion que je dois supporter en face de moi tous les matins à l'heure du petit déj'. J'en ai profité pour lui demander ce qu'il comptait faire à présent
-J'aurais bien travaillé dans la mode, ou comme coiffeur, voire danseur étoile, j'ai ma barre de créativité bien remplie... Je l'ai arrêté tout de suite
-Pas question ! Tu DOIS choisir un métier normal t'as pas 56 choix, t'en as que 10 !
-Bon, ben alors, je ferais bien cuisinier, Jeanne pourrait me donner des conseils... J'aime bien la bagnole de sport "
-Si tu veux, comme ça tu pourras peut être nous ramener la machine à chocolats, tu seras au moins utile à quelque chose !
Et on dit que les belle-mères sont pénibles.
Le petit Hermès a fêté son anniversaire. On a tous constaté qu'il était bien le fils de son père. Physiquement, il lui ressemble comme deux gouttes d'eau, mais moralement... je ne sais pas de qui il tient. C'est une vraie petite terreur. Faut le voir s'énerver sur ses cubes quand il n'arrive pas à les incruster dans son jeu. Il crie, il tape, il gesticule, il casse les pieds à tout le monde !
Bon, on l'aime bien quand même, c'est l'héritier ! On se bat tous pour faire son éducation. Enfin quand je dis tous... pas Séphora ! C'est le dernier de ses soucis. Si on ne lui disait pas de s'occuper de son fils, elle ne penserait qu'à faire des lichouilles à son mari. C'est embarrassant, on ne sait plus où regarder pour ne pas les voir s'embrasser.
C'est pourtant elle qui lui a appris à aller sur le pot. Faut dire que Jeanne avait fait les 3/4 du boulot. Elle a juste eu à le poser, toc, il était propre ! Le gamin, ça a eu l'air de lui faire plaisir, depuis il est un peu plus cool. Mais faut voir Séphora se boucher le nez quand on lui demande d'aller vider la crotte ! Une vraie princesse au petit pois !
Romuald était bien déçu. Lui les gosses c'est son grand truc, il en voudrait toute une armée. Bah, il n'aura qu'à lui apprendre à marcher ou à parler, c'est pas plus mal que le petit n'ait pas affaire qu'à lui. Ca ne me plairait pas tant que ça qu'il devienne une mauviette comme son père.
Qu'est ce que je dis là ?! Ca ne me plairait PAS DU TOUT !!
Avec ça, elle a pas de chance. Le bambin ne jure plus que par sa mère. Il ne sait dire qu'un mot : maman. Et celui là, il le dit pas, il le hurle dans toute la maison
-Maman ! Maaaman ! MAAAMAN !!! Et nous, tous on se marre
-Séphora, c'est pour toi ! T'entends pas ton fils qui t'appelle ? C'est qu'elle ferait bien celle qui ne l'entend pas ! Elle commence à en avoir ras la casquette du tétard.
-Rha la la, mais quand est ce que je vais écrire mon roman ? J'ai plus une minute à moi ! Et nous, sympas
-Fallait y penser avant ! Hé hé, c'est prenant un bambin ! C'est pas de notre faute s'il n'en a que pour elle. Elle n'avait qu'à nous laisser lui apprendre le pot. Nous on demandait que ça ! Maintenant, y a qu'elle qui arrive à le calmer quand il tape sur ses cubes. Et encore, on préfère ça à le voir s'exciter sur le xylophone. Déjà que les oreilles ça s'arrange pas avec l'âge, là il y a de quoi devenir sourdingue le temps de le dire.
S'il y en a un qui le prend mal, c'est bien Romuald. Lui, il a commencé son nouveau travail par le mauvais bout : jour de congé. Il a voulu s'entraîner en nous cuisinant des côtelettes de porc. Je vous dis pas l'allure des côtelettes : car-bon-ni-sées ! Il a failli mettre le feu à la cuisine cette enflure ! Je lui ai enlevé la poële des mains
-T'es gentil, tu vas aller lire la recette bien comme il faut avant de recommencer l'expérience ! Y a que pour l'omelette qu'il se défend bien, et là, on se demande pas pourquoi.
Et puis on a eu la visite d'Apollon. Il venait en voisin voir si on avait fait des transformations dans la maison.
-Niet, plus de transformations, maintenant, on thésaurise ! Avec les dépenses de Séphora, on n'arrive pas à décoller des 75 000$ et je veux arriver à 1 00 000 $ pour mon challenge. Vous serez contents de trouver le magot quand je mourrai
-Parle pas de mourir papa, t'as bien le temps. Il paraît qu'il y a une place de super héros de la police qui se libère "
-Qu'est-ce que tu me chantes ? Un super héros ? Ca existe ce machin là ?
-Oui, je te jure, on ne parle que de ça au lycée. Il paraît qu'après chef de la police, y a encore un échelon Ben dis-donc, c'est pas demain que je vais prendre ma retraite moi ! Les papillons sur les pare-brises, ça commençait à me lasser, j'aimerais bien jouer à Superman.
Apollon nous a raconté qu'Orion était un vrai don Juan. Les filles chez eux, ça défile comme au 14 juillet. Il est en train d'en chauffer trois. Sa préférée, c'est Magalie, une collègue qui m'a remplacé à la tête de la brigade anti gangsters imaginaires. La deuxième sur la liste, c'est Brenda Letourneau, une petite bien comme il faut aux joues rebondies comme un bébé. Avec ces deux là c'est baiser langoureux sur baiser langoureux ! Avec la troisième, dont j'ai oublié le nom, il n'en est qu'aux travaux d'approche. Maintenant, il ne pense plus qu'à faire crac-crac, mais il n'a pas encore réussi à en mettre une dans son lit.
-Ca tardera pas, je lui fais confiance, et je vous enverrai une photo, a promis Apollon.
J'ai pas voulu lui mettre la honte devant son petit frère, mais quand il a été parti, je me suis tourné vers Hélios
-Ben alors ! Qu'est ce que tu fous ? Tu vas te laisser damer le pion par ton frère ?! Ca l'a piqué au vif. Il est allé draguer la jardinière. Moi, j'en aurais pas voulu, elle était aussi moche que sa mère. J'ai pas pu m'empêcher de lui en faire la remarque
-C'est pas un top-model, t'aurais peut être pu trouver mieux non ? Y avait pas besoin de chercher beaucoup...
-T'occupe, qu'il m'a dit, pour ce que je compte en faire, elle a pas besoin d'être belle. Je lui colle un gosse pour le challenge, et je la zigouille aussi sec pour avoir un beau fantôme
Ben mes aïeux ! J'espère que le fantôme n'aura pas trop de rancune ! C'est bien le meilleur de mes enfants. On pourra pas lui reprocher de se désintéresser du challenge.
Plus pénible qu'Hermès, comme gamin, je vois pas. On a peut-être été gâtés avec les nôtres, mais je n'ai pas souvenir qu'ils aient été si durs à élever.
-C'est pas ça, c'est qu'on ne rajeunit pas, on a moins de patience, a tenté de m'expliquer Jeanne. Mais vous me direz pas que c'est parce que je vieillis que je vois des mares d'eau partout dans la salle de bain ! Ou alors, c'est grave docteur, si je commence à avoir des hallucinations. Non-non, c'est tout vu, c'est bien Hermès, il arrête pas de patouiller dans la cuvette des wc. On a dit 100 fois à nounou Cécile de lui mettre une bonne fessée, mais c'est contre ses principes. Pourtant... des fois, ça soulage !
Le seul moment où on est tranquilles, c'est quand il dort ! Malheureusement, il récupère vite, plus vite que nous, moi je vous le dis ! Et dès qu'il est réveillé, il commence ses caprices, faut voir avec quelle force il secoue les barreaux du lit, un vrai gorille !Forcément, ça nous réveille !
-Maaax, tu voudrais pas laisser sortir Hermès, implore Jeanne en se cachant la tête sous l'oreiller. Et moi, comme si j'étais plus frais qu'elle, il faut bien que je m'éxécute.
Jeanne lui trouve toutes les excuses
-Tu es trop dur avec ce petit. Ce n'est pas de sa faute, il s'ennuie ! Ben-voyons, on voit bien que c'est pas elle qui est de corvée de biberon.
-Ah, il s'ennuie ! Je vais lui passer le goût de s'ennuyer, moi ! Je vais lui apprendre à marcher, comme ça, il pourra sortir tout seul de son lit. Où t'as mis le lait futé qu'on en finisse !
Qu'est ce que j'avais pas dit là ! Ce gamin, c'est une vraie bourrique, le lait futé n'y a rien fait. Je suis allé chercher mon casque pour aller plus vite, pense tu ! Quand je me disais que ça y était enfin, il retombait à quatre pattes. J'y ai gagné un bon tour de reins, c'est tout !
Mais qu'est ce qu'ils font les parents ? C'est leur gosse après tout, ils n'ont qu'à s'en occuper ! Enfin, de guerre lasse, je lui ai appris à parler. Encore une grosse erreur de ma part. Bien entendu, je lui ai appris à dire pépé et mémé. Alors à présent, ce n'est plus maman qu'il braille, c'est pépé !
Deux jours, il lui a fallu pour apprendre à marcher ! Il était temps que ça se termine, j'avais les reins en compote. Enfin, il est content, il sait tout faire, il pourra avoir un bel anniversaire. Sauf qu'il ne veut pas en entendre parler ! On a pourtant tout fait pour lui donner envie.
-Tu vas avoir un beau gâteau, avec des jolies bougies et tu vas pouvoir souffler dessus
-Naaannn ! pas gâteau, pas bouzi ! quand je vous disais qu'il aurait pas fallu lui apprendre à parler ! On insiste bien sûr, surtout Jeanne, elle voudrait tellement inviter des copains ! Moi, je serais plutôt d'avis qu'on l'écoute pour une fois le petit.
-Si ça lui dit rien, y a qu'à pas faire de fête ! Pour une fois, on n'en mourra pas. Hein, nounou, qu'est ce que vous en pensez ? Oh, elle avec ses airs de nurse anglaise, elle serait plutôt de l'avis de Jeanne.
-C'est très important pour les enfants d'avoir des repères. Un bel anniversaire, ça reste gravé dans leurs souvenirs. Heureusement que je ne suis pas du genre influençable
-Tssst, tsst, ce qui reste gravé dans les souvenirs, c'est d'avoir bien grandi, le décorum, ils s'en souviennent pas. Alors si le petit dit qu'il veut pas de fête, il aura pas de fête. Un point c'est tout ! C'est bien la première fois que je suis d'accord avec lui.
08 novembre 2005
9. On trouve de tout à la Belle Jardinière
Mademoiselle Séphora a demandé à changer de chambre. Je l'appelle toujours mademoiselle, je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'elle soit mariée... Enfin, mariée, elle l'est si peu ! Vous z'allez pas me dire que c'est un homme qu'elle a épousé là ! J'ai bien regimbé un peu
-Et pourquoi tu voudrais changer ? T'es pas bien là haut sous les combles ?
-Parce que je n'entends pas Hermès pleurer, je ne peux pas m'en occuper comme il faut. Ca c'est la meilleure ! C'est maintenant qu'il est élevé qu'elle commence à s'en rendre compte. Jusque là, ça ne l'avait pas gênée beaucoup de ne pas l'entendre pleurer la nuit ! Moi je dirai que c'est pour être plus près des toilettes et de la baignoire. En haut il n'y a qu'une douche, et mademoiselle aime bien prendre des bains à bulles. Elle nous vide un flacon de bain moussant dans la baignoire à chaque fois, et qui c'est qui est obligé d'en racheter ? C'est nous ! Tout comme on a été obligés de changer les tapisseries et les moquettes. Vivement qu'elle ait sa maison à elle et qu'elle arrête de nous faire faire des frais pour rien.
On a acheté un lit... ben, c'est bien simple, le plus cher ! Il paraît qu'il fallait bien ça parce que Romuald, pauvre chéri, n'arrivait pas à se faire au sommier et qu'il n'était pas en forme pour aller travailler le matin.On a cédé, mais il a intérêt à être performant le chéri ! S'il ne nous ramène pas la machine à chocolats, je l'étrangle. De quelle couleur il serait le fantôme ? ça je me le demande.
Romuald, j'ai tout de même réussi à lui faire lâcher ses gants. A force de me moquer de lui, il est allé s'acheter un costume. C'est pas le genre de costume que j'aurais choisi, mais il a tout de même un peu moins l'air de ce que je crains qu'il soit. Il a quand même eu une promotion, grâce au livre de cuisine que je le force à apprendre par coeur. Dès que je le vois se prélasser à rien faire, je l'envoie étudier des recettes. Dire qu'il est heureux avec nous, je crois que ce serait mentir !
Mais il ne se plaint pas de trop, ça va. Quand il en a vraiment assez, il s'échappe et va regarder les étoiles ou les nuages dans le désert. Là il se prélasse parce qu'il croit que je ne le vois pas. Du-tout ! Avec mon méga-maousse téléscope je vois tout ! Si je le laisse faire, j'ai mes raisons ! Je balaye le ciel au dessus de lui dans l'espoir d'apercevoir une soucoupe volante en difficulté. Ca ne me déplaîrait pas plus que ça qu'il s'en reçoive une sur la tronche. Là, le fantôme, je sais comment il serait : orange !
Les fantômes, je suis pas le seul que ça préoccupe. Hélios a toujours cette idée en tête. Il s'est fait un look de tombeur et il se balade avec une barbe de deux jours pour faire plus viril.
-Si elle résiste la jardinière, je m'appelle plus Dubagne ! a-t-il déclaré.
-Pourquoi tu l'appelles la jardinière ? Elle doit bien avoir un prénom ta petite amie ! a souligné fort judicieusement Séphora. C'est vrai qu'elle, on en a entendu parler de son Romuald !
-Je crois qu'elle s'appelle Cécile, je suis pas sûr, mais ça n'a pas d'importance, j'ai pas l'intention de l'appeler ! Suffit d'être là au bon moment, quand elle vient arroser les plantes. Et puis je voudrais pas m'attacher, après ce sera plus dur pour la tuer.
C'est un tendre sous airs de durs !
Il est déjà pas mal avancé dans l'affaire, la jardinière est folle dingue de lui. Je lui ai glissé dans l'oreille, si t'as besoin de la chambre, te gêne pas, je te prête la nôtre. Et c'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Il y a aussitôt entraîné Cécile. Puisqu'il paraît qu'elle s'appelle Cécile ! Je les regardais par la porte vitrée. -Hé oui, chez nous, y a pas de secret, on voit tout ce qui passe partout !- Je les regardais donc, et je trouve qu'il s'y prend pas mal le fiston. Il donne dans la délicatesse, sa cour c'est de la dentelle ! Il lui a même fait un baise-main. C'était vraiment donner de la confiture au cochon, elle n'a même pas pris la peine d'enlever ses gants de jardinage. Décidement, ces gants, c'est une malédiction !
Bref, des bisous, des câlins, elle n'en avait jamais assez. Mais j'ai pas vu de feu d'artifice. Je me suis un peu inquiété quand Cecile a quitté la chambre avec des marques de suçons plein le cou et les lèvres enflées.
-T'as pas pu conclure mon gars ? Elle a pas voulu coucher ?
-L'option ne s'est pas présentée. Mais t'inquiète papa, elle est bien ferrée, ça m'étonnerait qu'elle m'échappasse
Qu'elle m'échappasse ?? Ouh-la ! Il donne dans le subjonctif maintenant ? C'est vrai qu'il a été champion d'orthographe, mais quand même. Je crois pas l'avoir élevé comme ça !
Dans les jours qui suivirent, Hélios se mit en quatre pour accrocher la jardinière. Elle était toujours partante pour se faire draguer et embrasser, mais gardait ses distances pour faire ami-ami. Allez comprendre ! Enfin, à force de coups de téléphones matinaux pour s'enquérir de ses nouvelles...
-Salut, c'est moi, Hélios ! Je t'appelle juste pour te demander si tu as passé une bonne nuit... Coups de téléphone qui s'éternisaient parce que Cécile adoooore parler de la pluie et du beau temps... ils ont fini par devenir amis. Hélios n'était pas peu fier de me l'annoncer
-Ca y est papa, on est copains ! Je vais pouvoir lui demander d'emménager. J'ai été obligé de tempérer son enthousiasme
-Hep, pas si vite moussaillon, on est déjà huit à la maison, le maire ne va pas être d'accord. Je vous dis pas le regard qu'il m'a lancé
-Heu, papa, tu es sûr que ça va ? Moi j'ai beau compter sur mes doigts... -dit-il en joignant le geste à la parole- je nous compte que sept. Et soudain, prévenant : Tu devrais aller te reposer un peu, tu te surmènes trop pour ton âge. Grrrr ! Il commençait à m'énerver sec à me prendre pour un vieux gâteux !
On est peut être sept comme tu dis, mais on ne va pas tarder à être huit ! Laisse-moi te dire que pour quelqu'un d'observateur, il n'y a pas l'ombre d'un doute. T'as pas remarqué que ta mère sort de table à tout bout de champ pour se rendre aux toilettes ? "
-Bah, si, mais moi aussi, c'est normal avec la bouffe de Romuald !
-Admettons ! Mais t'as pas remarqué qu'elle avait ressorti son ensemble mauve ? Je guettais sa réaction
-Tu veux dire... elle est enceinte ! MAMAN !! Oh NOOOOON ! Encore un braillard à la maison, comme si on avait pas assez d'Hermès ! J'ai été obligé de le sermonner
-Mon petit Hélios, je comprends que ça t'embête de pas pouvoir mettre ta jardinière au lit dans la minute, mais tu me feras le plaisir de mesurer tes paroles ! On n'a jamais fait de braillards nous ! On n'a pas la recette pour ça. Le seul qui l'ait c'est Romuald !
Et cette recette là, il l'a pas loupée ! Ah le petit monstre ! Je vous jure qu'il faut se retenir pour ne pas appeler l'assistante sociale, qu'elle nous en débarrasse. Plus il grandit, plus il braille fort ! Et avec ça, aucune patience, c'est maintenant, tout de suite, à la minute ! Dès qu'il ouvre un oeil, il ouvre la bouche. On avait tellement hâte qu'il grandisse qu'on n'a même pas attendu 18 h.
-T'es pressé ? Tu veux sortir du lit ? Eh ben grandis !
Enfin, quand je dis nous... moi toujours ! Parce que bien sûr, Jeanne est intervenue
-MAX ! -et quand elle m'appelle Max tout court, c'est qu'il y a de l'orage dans l'air- Tu n'as pas honte ! Il faut savoir être patient avec le petit ! C'est pas en le brusquant comme tu le fais que tu le feras grandir plus vite. Et puis, prenant une voix de sucrette :-Hein mon petit Memès ? Oui, mamie va te sortir du lit, là ! Tu vas être un grrrand garçon. Tu vas aller faire ton pipi au popot et puis tu vas tranquillement attendre qu'on ait fini de déjeuner pour grandir.
Du coup, il n'en finissait plus. Parce que tout de suite après popot, y a taper sur le xylophone qui s'impose ! J'avais plus qu'une hâte, aller au boulot. Je lâchais en partant
-Bon, si des fois il se décide à grandir un jour, pas la peine de m'appeler, je le verrai bien en rentrant. Et toi, Jeanne, tu ferais bien d'aller te recoucher, t'as des petits yeux, dans ton état, faut te reposer ! Non-mais je vous dit qu'il les invente ce gamin. J'avais pas sitôt tourné les talons que je l'entends rameuter toute la tribu
-Gandir, veux gandir ! Oui, ben moi j'ai fait comme si j'avais rien entendu, je me suis engouffré dans la voiture qui m'attendait et j'ai claqué la porte. Au calme !
On aurait pu espérer qu'avec l'âge de raison ça se serait arrangé. Oui, on aurait pu... mais non !
Je crois qu'il y a un nom pour ça : l'hyperactivité. Ben voilà, il est hyperactif l'héritier. Pas bête, non, il a trouvé tout de suite comment se connecter sur internet, mais impatient.. comme quand il était petit. Regardez-moi la tête qu'il fait quand il trouve que la connection est trop lente. Ben c'est la même que quand il veut manger des crêpes et qu'il faut qu'il attende qu'elles cuisent, ou quand il veut aller aux toilettes et qu'on est en train de trôner. C'est bien simple, c'est pas Hermès qu'on aurait dû l'appeler. C'est Zébulon. Parce qu'on dirait toujours qu'il a un ressort aux fesses !
Bon, j'exagère comme dirait Jeanne. Je reconnaîs qu'il a des qualités aussi. Il ne demande qu'à bien faire...
L'ennui, c'est que quand il veut bien faire, il gêne ! Et c'est pas le réparateur qu'on a fait venir parce qu'il avait pété le robinet en tapant dessus qui dira le contraire. Il a fallu qu'il aille nettoyer la flotte qu'il avait mise partout en passant entre ses jambes. Quand je vous dis que s'il a quelque chose en tête, il l'a pas ailleurs !
Avec la naissance qui s'annonçait, on commençait tous à être un peu à cran. Galatée a mis les pieds dans le plat, un matin au petit déjeuner. Elle a parlé à Séphora
-Tu crois pas qu'il serait grand temps que tu ailles habiter ailleurs ? On est tous stréssés à la maison. Hélios qui ne peut pas conclure avec sa Cécile, papa qui part au boulot de mauvais poil, maman qui se demande comment elle va faire quand le bébé sera là... Elle en est où ta nouvelle maison ?
-Non, tu rigoles, elle est pas finie. C'est que je veux quelque chose de bien moi ! Je me contenterai pas d'une baraque de retraité comme Orion !
-Elle est pas finie ? Qu'est ce qui lui manque ? Ils ont posé le toit j'espère !
-Oui, mais j'attends les tapissiers et je ne me suis pas encore décidée pour les papiers. Je vais peut être faire appel à un décorateur. Ah, elle est pas pressée de partir la Séphora ! Faut croire qu'elle ne se déplaît pas à la maison, même si elle n'arrête pas de nous dire que chez elle ce sera "autre chose ".
Bon, ça s'éternisait cette affaire. Je décidai de trancher dans le vif. Je coinçai Romuald sur le canapé où il s'était installé pour regarder les programmes de la Miam TV.
-Mon gendre, l'heure est grave ! Il va falloir penser à nous séparer
-Et pourquoi si vite beau-père ? Je croyais que vous vouliez que je vous ramène la machine à chocolats
-Oui j'espérais... mais elle tarde trop. Il y aura bien dans ma descendance un Dubagne qui finira par l'avoir. En attendant, j'ai d'autres projets
-On peut savoir lesquels ? Comme si ça le regardait le fouinard ! Il a pas dû être ravi de la réponse
-Non, on peut pas ! Et le voilà qui se fait tirer l'oreille
-C'est que... la maison n'est pas prête, et puis Séphora attend une promotion pour pouvoir payer les artisans. Et pour tout vous dire, ça m'ennuierait de changer Hermès d'école. Il commence à s'y faire des amis... Si vous acceptiez de le garder, ça pourrait peut être s'arranger. Tout en moi hurlait NOOON !!! Emmenez votre monstre ! Mais la douce voix de sirène de la raison m'a sussuré
-Maxou, c'est l'héritier, ne l'oublie pas ! Et si tu ne devais pas en avoir d'autre, coucou le challenge ! Est ce que ça ne vaut pas un petit sacrifice ? Mmmm ? Je me mis à parler tout haut sans m'en rendre compte
-Pas un petit, un gros !
-Pardon ? interrogea Romuald tendant l'oreille comme un chien de garde
-Non rien ! Je voulais dire, ce serait avec grand plaisir... Je sais pas si c'est de savoir qu'il avait réussi à refiler le stremon, mais il a capitulé
-Bien... je vais en parler à Séphora. On le récupèrera très vite, m'assura-t-il. J'y compte bien !
Je sais pas de quels arguments il a pu user, mais Séphora s'est laissée convaincre
-Bon, j'aurais préféré que ma maison soit entièrement terminée, mais je vois que vous vous êtes donnés le mot pour me mettre à la porte... Jeanne est intervenue
-Ne le prends pas comme ça Séphora, mais tu es l'aînée, tu as une bonne situation, directeur des recherches dans la carrière scientifique, tu as même grimpé les échelons 4 à 4, en sautant celui qui donne droit aux récompenses professionnelles, ce qui est tout à ton honneur, mais n'arrange pas nos affaires... bref tu as tous les atouts pour t'en sortir. Tu n'as qu'à commencer petit, comme nous, et tu verras, avec le temps, tu l'auras ta belle maison. Séphora lui lança un regard méprisant
-J'espère bien m'en tirer mieux que vous ! Pas question d'acheter n'importe quoi au premier prix. Je ne veux que du beau chez moi ! Mais puisque vous êtes tellement pressés... Nous allons commencer par aller vivre chez Romuald en attendant de pouvoir emménager chez nous. Et nous vous ferons signe lorsque nous serons prêts à reprendre Hermès. J'intervins
-Bonne idée ! me mordant la langue pour ne pas ajouter " j'espère que ce ne sera pas trop long ".
Hermès a râlé un peu pour la forme, mais Séphora lui a bien expliqué que ce n'était que temporaire.
-Tu verras, dans notre maison, tu auras une grande chambre pour toi tout seul et tous les jouets que tu voudras. Ca a fini par le calmer.
Dès que le taxi qui les emmenait à disparu, je pestai
-Romuald avait une maison ! Ils z'auraient pas pu y penser avant à emménager chez lui ! Encore une fois, Jeanne essaya d'arrondir les angles
-Faut tout le temps que tu râles, Max ! C'est bien toi qui a fait tout un cinéma à Romuald avec ta machine à chocolats. Ils ont voulu te rendre service, et tu vois comme tu les remercie. J'ai eu un peu honte de moi. C'est vrai que j'avais pas été très chic sur ce plan là. Mais, j'avais payé assez cher cette... disons indélicatesse : Il avait fallu avaler la cuisine de Romuald, donc, on était quitte. N'empêche que j'aurais donné cher pour voir l'allure qu'elle avait la maison de Romuald. Je vois ça d'ici... le genre maison de poupée barbie !
On se croirait à la terrasse d'un café dans une ville touristique : A peine une place se libère qu'il y a déjà un client d'installé sur la chaise encore chaude. Séphora et Romuald partis, rien ne retenait plus Hélios pour nous ramener sa Cécile. Je sais pas si je préférais pas encore Romuald, c'est tout dire ! Rien que de voir sa tronche au petit déj' j'ai l'estomac tout remué. Le premier jour, je me suis forcé à être aimable.
-Alors Cécile ? Heureuse d'être parmi nous ?
-Vous voulez dire : heureuse d'être avec Hélios ! Mais je me serais bien passée de toute la tribu ! a-t-elle eu le toupet de répondre. Et puis quoi encore ?! Elle nous ramène royalement 1 000$, on lui laisse notre chambre (nous on a récupéré celle de Séphora, y a pas à dire, on dort mieux dans le lit le plus cher !) on lui prête notre fils, et elle nous fait comprendre qu'on gêne ! Ooooh, je sens que la cohabitation démarre mal !
Ah, et puis elle m'énerve à prétendre tout savoir ! Elle, sous prétexte qu'elle a sa barre de cuisine pleine alors que Jeanne se bat encore avec le dernier niveau, elle se croit autorisée à faire sa chef.
-Laissez maman, je vais vous faire un petit homard thermidord, regardez bien comment je procède... Eh oui, parce qu'elle s'est mise à nous appeler papa et maman. Comme si nous, on aurait été capables de faire une mocheté pareille !
Et elle donne des leçons à Jeanne
-Vous voyez, maman, l'important, c'est de bien enlever le filet noir en le découpant vivant. Il y en a qui le laissent, mais ce n'est pas si bon. Jeanne ne dit mot, mais je lis sur son visage, qu'à elle aussi, Cécile tape sur le système.
09 novembre 2005
1. On efface tout et on redémarre !
Et Cécile continuait comme ça
-Quand vous le mettez au four, surveillez bien la cuisson, surtout, parce que c'est là qu'on reconnaît le pro, quand tout à coup, je sais pas ce qui s'est passé, mais elle a pris feu. Comme pro, on faisait pas mieux ! Elle aurait seulement attendu d'avoir eu un gosse, on l'aurait regardée crâmer sans lever le petit doigt. Mais c'était bien trop tôt ! A-t-on idée d'être pressée à ce point là ! Alors on l'a laissée mariner un peu, histoire de lui rabattre son caquet, elle criait en gesticulant
-Au secours ! Faites quelque chose, je brûle ! des fois qu'on serait aveugles et qu'on l'aurait pas remarqué. J'ai quand même fini par décrocher l'extincteur, les pompiers sont arrivés, et elle a été sauvée. En tous cas, Jeanne tenait sa revanche. A présent l'autre fait moins la fière quand elle lui retire les préparations des mains en lui disant
-Laissez Cécile, vous risqueriez encore d'avoir un accident !
Y a encore autre chose qui m'énerve, et c'est pas pour dire, mais m'en faut beaucoup pour m'énerver. Le truc, c'est que niveau hygiène, Cécile, c'est pas ça ! Je sais pas si ça tient au fait d'être habituée à travailler sur le fumier, mais elle se lave que quand elle pue, que ça en devient intenable. Ca, et le fait qu'avec ses tresses, j'ai toujours tendance à la prendre pour Séphora... de dos, parce que de face y a pas photo et je suis pas encore bigleux ! J'ai demandé à Jeanne de lui donner des conseils de maquillage
-Je sais qu'à l'impossible nul n'est tenu, mais si tu pouvais la retaper un peu, elle arrêterait de nous gâcher la vue à table. Et pour être sûr qu'elle accepterait les conseils j'ai mis Hélios dans le coup. Il s'est montré très compréhensif
-Ouais, t'as raison, si maman pouvait l'arranger un peu j'aurais moins de mal pour lui faire un gosse. J'essaye, mais quand je la vois s'approcher de moi avec ses grosses lèvres, j'ai l'impression de coucher avec un babouin. Ca aide pas ! Je vais lui en toucher deux mots.
Hélios a réussi à la convaincre de se laisser relooker. Mais elle a été intransigeante, elle voulait absolument un chapeau. Jeanne lui a trouvé un chapeau cloche de couleur bleue qui met ses yeux en valeur, pour la bouche, fallait faire avec. Enfin, le résultat était encore ce qu'on pouvait espérer de mieux. Hélios ne ménageait pas ses compliments et Cécile prenait ça pour argent comptant.
-En parlant d'argent... ça va faire bientôt trois mois que Cécile est installée chez nous, et à part piller le frigo, elle ne fait pas grand chose de ses dix doigts. Tu pourrais peut-être lui demander de trouver un travail pour contribuer au bien être de tout le monde, lui suggérai-je.
-C'est comme si c'était fait ! m'assura Hélios. Mais c'est que la demoiselle ne voulait pas faire n'importe quoi.
-Ouais, heu, je me verrais bien dans l'armée, remarquez, comme métier plus crado, je vois pas. C'était sa vocation ! Seulement, l'armée recrutait pas présentement. Elle se lança donc dans la fabuleuse carrière de braqueuse de banque.
Je sais pas si c'était ça qui lui avait donné l'idée de s'engager, mais nous avons reçu des nouvelles de Séphora. Elle nous apprenait qu'elle avait enfin emménagé dans sa maison et que Romuald avait quitté la cuisine pour la cantoche de l'armée.
-Tu comprends, maman, il s'était lancé dans la cuisine pour plaire à papa, mais il n'a pas arrêté de le critiquer à ce sujet. Alors je lui ai conseillé de choisir un métier qui rapporte. Excuse-moi, mais la cuisine, avant d'arriver au sommet, c'est vraiment du gagne-petit, et c'est quand on est jeune qu'on a besoin de fric. A votre âge, vous avez tout, l'argent n'a pas d'importance. ON A TOUT !! Comme elle y va ! C'est surtout qu'on sait ce contenter de ce qu'on a. Pas comme certains !
Comme elle l'avait fait pour Orion, Jeanne ne résista pas à l'envie d'aller rendre visite à Séphora. Et il fallait que ça la démange vraiment pour s'y rendre dans son état. Elle avançait plus vite à rouler qu'à marcher.
-Alors, la maison ? C'est le palace annoncé ? l'interrogeai-je à son retour
-C'est... je ne dirais pas un palace, mais c'est une grande maison de style campagnard. Enfin, c'est pas ce qui te brancherait. Et les meubles, c'est pas trop ton genre non plus. Avec ça, j'étais bien avancé.
-T'aurais pas une photo pour voir ? "
-Si, si, dit-elle en me la tendant
-C'est un peu désert, pour quelqu'un qui aime tant les plantes, non ? remarquai-je ironiquement
-Séphora a dit qu'elle ferait appel à un paysagiste, elle ne veut pas que ce soit n'importe quoi comme chez nous ! Elle commence à me plaire Séphora !
Enfin, Jeanne a donné naissance à notre dernier fils. Et nous l'avons prénommé Mirach. Cécile n'était pas d'accord et elle ne s'est pas privée pour nous le faire savoir
-C'est nul ! Il faut toujours que vous trouviez des noms à coucher dehors, vous n'auriez pas pu l'appeler Pierre, Paul ou Jacques ? Ca c'est des noms normaux, mais Mirach ! pfff, on se demande où vous avez pêché ce nom là. Jeanne allait le lui expliquer quand Galatée est intervenue
-Le jour où tu te décideras à en faire un, tu pourras l'appeler Tartampion si tu veux, on s'en mêlera pas. Mais pour le moment... tu ferais mieux de te taire.
-Si j'en voulais, j'en aurais ! a répondu Cécile.
Jeanne s'est empressée de me rapporter ces paroles.
-Maxou, je crois que Cécile nous cache quelque chose. Tu sais les efforts que fait Hélios pour lui faire un enfant, mais je me demande si elle ne le fait pas marcher. Ca m'étonnait de Jeanne, d'habitude, elle ne colportait pas de ragots
-Qu'est ce que tu entends par là ?
-Eh bien, elle prendrait la pilule, que ça ne me surprendrait pas. Mais c'était bien sûr ! Elle appréciait les scéances au lit ou dans le bain à remous, et mon Hélios ne marchait pas... il courait ! Ohhhh, ça n'allait pas se passer comme ça ! Si elle se retrouvait pas enceinte dans la semaine qui suivait, à défaut de gosse, je sens qu'Hélios allait avoir un fantôme !
Avec la naissance de Mirach, le bonheur aurait dû régner en maître à la maison. Mais nous avons eu quelques soucis avec ma petite Galatée. Elle s'était entichée d'un camarade de classe : Oscar Ferrand. Tous les jours, c'était des coups de téléphone interminables, Oscar avait son rond de serviette en permanence chez nous, il acceptait de se faire admirer, de se faire masser, de se faire désirer, et au dernier moment, il refusait de se laisser embrasser. Galatée en était malade !
-Je l'aime papa, et lui, il veut pas de moi ! venait-elle pleurer dans mon giron. Je ne savais pas comment la consoler. En voilà un qui nous refaisait le coup que la Sophie machin avait joué à Orion, c'est ce que j'essayais de lui expliquer maladroitement
-Tu verras, quand tu seras devenue une belle jeune fille, il se traînera à tes pieds, et tu pourras lui marcher dessus
-Mais, c'est maintenant que je veux un petit ami, pas dans 5 ans ! Je vais finir vieille fille, tu vas voir. Finir vieille fille ! Une belle gosse comme elle ! Alors que même Cécile avait trouvé à se caser, enfin... presque, Hélios refusait catégoriquement de lui passer la bague au doigt Son désespoir planaît sur toute la maison, jusqu'au jour où, enfin, sa patience eut raison d'Oscar et on entendit de nouveau les rires de Galatée résonner dans la baraque.
Ben, ils n'auront pas résonné longtemps les rires de Galatée, ils ont vite été remplacés par les larmes de Jeanne quand le malheur s'est abattu sur Vipercanyon.,Vous avez dû entendre parler du tsunami, eh bien, nous aussi on l'a eue notre catastrophe plus ou moins naturelle. Même si dans le désert, c'est pas tellement les raz de marée qui sont à redouter.
-Oh, Maxou, la belle maison que je t'avais fait construire pour tes 50 ans, il n'en reste que des ruines. Se lamentait Jeanne.
J'ai pas voulu remuer le fer dans la plaie, mais si y avait eu que la maison ! Nous aussi nous étions ruinés. On avait tout perdu dans le naufrage. Enfin le naufrage... Bon, vous z'allez pas jouer sur les mots en plus ! C'est déjà assez embêtant d'être obligés de repartir à zéro !
Quand on a commencé à y voir un peu plus clair, c'est-à dire une fois qu'on a eu un toit sur la tête et des meubles de fortune à mettre dessous, je me suis construit une petite bibliothèque avec des parpaings pour y déposer mes bouquins. C'était presque la seule chose que j'avais pu sauver, heureusement parce que j'en avais besoin pour retrouver du boulot. Ben oui, parce que y a pas que nous qui avons dû essuyer la catastrophe, tout le quartier y est passé et le commissariat avec. Puisqu'il faut tout vous expliquer, on a eu des nouveaux chefs, et ces nouveaux chefs, Max Dubagne, z'en avaient jamais entendu parler.
-Ah oui ? Vous êtes de l'étoffe des Superhéros ? QUE VOUS DITES ! Nous on demande à voir.
Ah les enflures, il a fallu que je me retape toute la carrière depuis le début. Enfin, ça y est je leur ai prouvé que malgré mon grand âge, j'étais encore capable de couvrir le parcours du combattant. J'attends plus que ma cape et mon collant.Ce qui m'a fait le plus mal, c'est de retomber sur le journal de Galatée, au temps où nous étions encore une grande famille cossue.
Ouais, je sais bien, j'aurais pas dû le lire, ça se fait pas ! Mais qui c'est qui aurait suffisamment de force de caractère pour résister à la tentation d'y jeter un oeil ? D'ailleurs j'en ai été bien puni. Orion, Apollon... mes chers petits disparus... Etonnez-vous que Jeanne ait pleuré toutes les larmes de son corps après un drame pareil. Et Mirach, disparu lui aussi, l'enfant de la dernière heure. Non, c'est trop triste tout ça. Heureusement que Galatée était toujours là. C'est elle qui nous a donné la force de nous reconstruire.
-Tu sais papa, il ne faut pas vivre dans le passé, j'ai cumulé suffisamment points de points d'aspiration pour pouvoir vous offrir de l'elexir de vie. Si maman en boit avant sa ménopause, vous pourriez peut-être avoir un autre enfant. M'a-t-elle conseillé un matin en mangeant ses corn-flakes préparés par Hélios. Sa petite idée n'était pas si mauvaise. Jeanne s'est bien fait un peu prier disant qu'elle n'aspirait qu'à rejoindre ses chers disparus au cimetière le plus vite possible, mais elle a fini par céder. Et la naissance d'Hermione a fini de la réconcilier avec la vie. On a beau dire, mais la venue au monde d'un nouveau bébé, c'était encore ce que nous pouvions espérer de mieux. D'autant que...
D'autant que la catastrophe a eu le mauvais goût d'épargner Romuald. On l'a vu rappliquer un soir, en rage. Il venait récupérer son monstre
-Je reprends MON fils, je vous rends votre fille, et vous n'entendrez plus jamais parler de nous. De qui-de quoi ? Il a tout de même fallu qu'il nous en dise davantage.
-Votre fille n'est qu'une traînée, elle m'a honteusement trompé avec Paco, l'envoyé des Postes qui distribue les factures comme d'autres des petits pains. Et en plus, elle est enceinte. Alors, puisque tout ce qui compte pour vous c'est votre challenge à la noix, vous l'aurez votre héritier. Rendez moi le mien ! On se l'est pas fait dire deux fois !
-Vous le voulez votre monstre ? Prenez le, et bon débarras !
C'est pas qu'on était tellement contents de récupérer Séphora, remarquez... mais elle a bien changé. Je sais pas si j'irai jusqu'à dire qu'elle a changé en mieux, en tous cas, elle nous fait plus suer avec sa folie des grandeurs. On dirait même qu'elle a révisé ses aspirations. Maintenant c'est l'Amour, avec trois grands A qui la mène. Si elle nous ramène autant d'amoureux que de pâquerettes à une certaine époque, c'est plus le jardin qui va être plein, c'est la maison ! Enfin, faut pas qu'ils soient trop regardants non plus les prétendants, parce que physiquement, elle s'est pas arrangée non plus. J'ai beau être son père, j'ai tout de même des yeux pour le voir. Espérons que ses rejetons tiendront de leurs pères, autrement, elle sera pas chouette la descendance. Cécile d'une part, Séphora de l'autre... je vois plus que Galatée pour nous sauver la mise, et peut être Hermione, qui sait ? Mais il est trop tôt pour le dire.
10 novembre 2005
2. Kalliste et Sapho
Quelques jours après sa réapparition, à grand renfort de beuglements, Séphora nous a pondu une paire de jumelles : Kalliste et Sapho. Dire que ça nous a emballés... ce serait mentir. Qui c'est qui va encore devoir se farcir leur éducation ? Je vous le donne en mille. Elle a intérêt a avoir poussé la fibre maternelle chez Séphora, parce que pour Hermès, elle avait eu du mal à germer. Galatée était bien la seule à trouver ça "super cool" comme elle dit
-Chouette, je vais pouvoir m'entraîner pour mon aspiration famille ! Elle s'entraînait déjà pas mal avec Hermione, mais là, elle va pouvoir mettre les bouchées doubles. Que dis-je doubles, triples !
J'ai été catégorique
-Pas question qu'elles dorment dans notre chambre, on a déjà Hermione pour pousser le chant du coq aux aurores. Pour une fois, Jeanne était bien d'accord
-T'inquiète pas Maxou, Séphora sait bien que nous ne sommes plus tout jeunes, elle va les garder avec elle
Elle le sait peut être, n'empêche qu'elle ne parle pas de repartir. Pas folle la guêpe ! Elle compte bien sur notre aide pour se dépatouiller du nouveau fléau. Et elle a le toupet de nous présenter ça comme une fleur
-Tu dois être content pour ton challenge, avec deux petites filles, ta descendance est assurée. Je me suis retenu de lui répondre que c'était pas le tout de les mettre au monde, encore fallait-il que la DAS vienne pas nous les enlever avant l'adolescence. Et c'est pas gagné, moi je vous le dis !
C'est sans doute pourquoi Cécile a préféré retourner momentanément chez sa mère. Elle tenait pas à participer à l'élevage en batterie. Elle a repris son look pécore pour plaire à môman, et elle a plié bagage. On peut trop rien dire remarquez, elle était pas mariée après tout. Et c'était pourtant pas faute de l'avoir attendue sa bague au doigt.
Bon, on va pas se lamenter non plus, avec les couches sales qui vont se multiplier, on se passera volontiers de l'odeur du fumier. Et puis c'est que partie remise, dès qu'on aura fait un peu de place, elle a prévenu qu'elle reviendrait. C'est Hélios qui ronge son frein, tout ça retarde sa collection. D'un autre côté, ça lui donnera du temps pour mettre au point sa technique. Faut voir le bon côté des choses !
Quand au père des jumelles: Paco Perez, il brille par son absence. Séphora n'a pas l'air de s'en soucier, je me suis bien risqué à lui dire
-Tu pourrais peut être lui demander d'assumer ses responsabilités. Elle m'a envoyé paître
-Ce que tu peux être vieux jeu ! Tu crois qu'il n'en a pas assez avec ses propres gosses ?
-Glups ! Ah, parce que monsieur a des enfants de son côté ? C'est quoi ce type, il sème à tous vents ?
-C'est un type super, mais il est marié... et d'ailleurs, ça ne te regarde pas. Moi le statut de mère célibataire me convient tout à fait, ça évite les crises de jalousie. J'ai donné avec Romuald, maintenant, je veux être libre tu comprends ?
Si je comprends ! Je comprends surtout que sa liberté passe par notre esclavage. y a qu'à voir la façon qu'elle a de nous refiler les bébés
-Bon, maman, je dois y aller, tu t'occuperas bien des filles, ne les gave pas trop, et puis prends le temps de jouer avec elles et de leur faire des câlins, j'ai lu que c'était très important pour leur développement. Si tu es débordée, demande à papa de participer, il peut bien faire ça. Et mademoiselle saute dans sa blouse de prof de sciences et elle court se la couler douce au travail pendant qu'on biberonne à tour de bras.
Heureusement, Hermione est passée au stade bambin et en digne fille Dubagne, elle a incurgité le b-a ba en trois coups de cuillère à pot. Maintenant, on est à peu près sûrs qu'elle grandira bien, reste plus qu'à satisfaire ses petits caprices.
Moi j'attends toujours ma panoplie de superflic en remplissant mes barres de compétences pour prendre mon mal en patience. Je suis déjà un pro du nettoyage, de la logique, du physique et de la cuisine. Je me bats avec le dernier échelon du charisme. Les stations debout à faire le zouave devant le miroir, à mon âge, ça devient usant. Il y a bien le terrain de golf que nous a ramené Jeanne de sa première carrière avant de retourner en cuisine, mais ça non plus c'est plus de mon âge. Taper dans la baballe pour la mettre dans le trou, j'en ai vite fait le tour, et le plus dur, c'est qu'il faut se baisser pour la ramasser.
OUIIII!!! enfin, j'ai décroché le pompon ! Au boulot aujourd'hui, ce petit pistonné de Josselin Camus m'a lancé l'air de rien
-Au fait Dubagne, t'es toujours partant pour la place de super héros de la police ? Tu parles si j'étais partant. Pourquoi croit-il que je fais du rab, par excès de zèle ? Mais j'ai caché ma joie, des fois que ce serait encore une de ses blagues
-Pourquoi ? On en manque ?
-Ben on aurait un peu besoin de redorer notre blason, les gens font rien qu'à dire qu'on est des nuls et qu'on sert à rien, ça leur en boucherait un coin un flic qui vole. La place te revient de droit puisque c'est toi l'ancêtre. Je me suis dit : Merci pour l'ancêtre blanc-bec ! Et je lui ai balancé
-Ca ce serait un scoop, pour une fois que t'emmènerais un voleur au poste. Faut vous dire que c'est lui qui conduit la voiture de fonction. Il s'est esclaffé comme si c'était la meilleure de l'année. C'était pourtant que la stricte vérité. Pour fêter ma promotion, il m'a raccompagné à la maison dans le carosse aux microbes.
On est arrivés pile poil pour fêter l'anniversaire des jumelles. Ouf, je respire, mes voeux ont été exaucés : elles sont jolies comme un coeur grâce à elles on va peut être éradiquer la tribu de singes. Faut pas rire avec ça, j'ai toujours été sensible à l'esthétique moi. J'avais choisi ma femme dans cette optique, j'aurais pu tomber plus mal d'ailleurs. Maintenant j'apprécie qu'en dépit d'être blonde elle ait quelque chose dans le crâne. C'est tout de même plus agréable pour lui faire la conversation.
C'est pas trop foulant le métier de super héros, j'ai commencé par un pont de trois jours. Donc, malgré ma hâte d'enfiler ma panoplie, je suis resté à la maison. J'en ai profité pour apprendre la marche aux jumelles et compléter ma barre de charisme. Et le dernier soir, j'ai préparé une surprise pour ma Jeanne. Ca tombait bien, elle venait de se faire rétrograder à la plonge pour avoir servi un plat exotique avec des fruits de mer douteux. Elle aurait dû se douter que les fruits de mer dans le désert, ils z'étaient pas arrivés à la nage, mais bon... elle avait le moral en berne. Elle a retrouvé le sourire en voyant que j'avais pensé à lui souhaiter notre anniversaire de mariage
-Oh, Maxou, tu es un amour, je croyais que tu avais oublié depuis le temps
-Hé non, ma poule, pour moi, c'est comme si c'était hier. Le temps justement semble glisser sur toi, tu es restée telle que je t'ai toujours connue. Faut pas hésiter à en rajouter avec les femmes, elles sont prêtes à gober n'importe quoi pourvu que ça les flatte. Voyez, Jeanne, elle n'a pas protesté, ou si peu
-Tu me flattes Maxou, je sais bien que j'ai pris quelques rides. Oui, ben attends un peu, quand tu vas fêter tes 50 ans dans deux jours, tu seras pas au bout de tes surprises !
Enfin, tout ça pour dire que si mes descendants sont beaux, ben c'est pas moi qui m'en plaindrai.
Je me suis empressé de lui prouver que ma flamme était encore vaillante. On sait jamais, des fois que je serais moins inspiré quand elle aura son look de retraitée. Je me demande quelle tenue ils lui réservent.
Pour moi, le naufrage a été plutôt bénéfique, à part le pyjama genre Romuald, ça se serait plutôt arrangé, mais d'ici qu'elle se retrouve avec un rossignol dans le genre robe verte à petites fleurs blanches, ça m'étonnerait pas plus que ça.
Non dites donc ! Elle est même pas trop mal, dans le genre, la tenue de Jeanne. Du coup, elle a gardé le sourire en se voyant dans la glace.
-T'as vu Maxou, on dirait qu'ils pensent à tout. J'ai récupéré un pull en cashemire, moi qui en raffole. C'est vrai, j'avais oublié qu'elle est du genre cul gelé et que ça la soucie pas de porter des pulls par 50° à l'ombre.
Ah, je vous jure la vie de famille ! On serait pas bien tous les deux, Jeanne et moi les doigts de pied en éventail au bord de la piscine ? Au lieu de ça, voilà qu'on est encore envahis par les couches culottes et les biberons. Sans compter que les jumelles tiennent de leur mère dans le genre qu'est ce que je pourrais inventer pour faire suer le monde. La salle de bains, y a jamais moyen d'y accéder, elles sont toujours en train de la squatter pour jouer avec la cuvette des WC. Jeanne peut même plus s'amuser tranquille à faire la vigie dans la baignoire. Et leur mère ne vaut pas mieux, voilà qu'elle a entrepris de saper le moral d'Hermione en se moquant depuis qu'elle a découvert que vraiment, elle aussi avait une tête de singe ! Comme ça elles sont deux, mais ce n'est pas la peine d'en rajouter en faisant des grimaces. Elles z'ont juste à rester naturelles, elles z'ont même pas à se forcer !
Vous la voyez ma panoplie de superflic ? C'est pas trop ce à quoi je m'attendais. Superman, lui, il avait droit au confort du jersey souple, moi j'ai le carcan du latex dur. Les bonnes femmes peuvent aller se rhabiller avec leurs gaines qui ne planquent que le ventre. Moi j'ai pas un poil de graisse qui déborde du cou aux orteils. Je me sens, comme qui dirait, rajeuni de 20 ans.
Jeanne ne s'y est pas trompée
-Oh, Maxou, ce que tu es sexy habillé comme ça ! Et elle me l'a prouvé en joignant le geste à la parole. Je voyais bien que toute sexy qu'elle soit, elle pensait qu'à m'enlever ma tenue. Mais elle sortait du banc de musculation, et elle avait pas eu le temps de prendre sa douche. J'ai pris prétexte de la présence de Kalliste pour me défiler
-Jeanne, voyons, un peu de tenue, pas devant la petite tout de même ! Et puis faut que je m'envole maintenant, si je laisse passer l'heure, y a pas moyen de faire marche arrière. Elle avait l'air tellement déçue que je lui ai promis qu'elle l'aurait ce soir son feu d'artifice.
Je m'apprêtais à prendre mon envol quand des hurlements m'ont attiré dans la cuisine/salle à manger/salon et pipi-room à l'occasion. Là, on se serait cru dans le train fantôme, la réparatrice s'électrocutait avec le vide-ordures. Je soupçonne Hélios d'avoir dénudé les fils, alors forcément, quand elle est allée trifouiller avec son tournevis... Va falloir qu'il se calme avec sa collection, il a bien le temps de la commencer. Pour un peu, il nous aurait coûté un point de malus. Finalement, quand elle s'en est tirée les cheveux en pétard et habillée à la mode de Cromagnon, Jeanne l'a invitée à venir se rincer dans la baignoire folamour et elle a repris visage humain. Elle lui en était si reconnaissante qu'elles sont devenues les meilleures amies du monde. Comme quoi, à quelque chose malheur est bon !
J'ai peut être été injuste avec Séphora, depuis qu'elle est revenue, elle fait ce qu'elle peut pour faire progresser le challenge. Elle attire les mecs comme des mouches, comme quoi, la beauté, c'est affaire de goût. Elle en est à son 3ème baiser langoureux et elle ne demande qu'à augmenter le score. Mais si elle veut ramener un point, va falloir qu'elle cesse ses discriminations sexistes. Ca rime à quoi ? Faut faire feu de tout bois, des hommes, il n'y en a pas des trentaines à Vipercanyon, alors faudrait peut être penser aux femmes aussi. Je lui en toucherai deux mots à l'occasion.
En plus, elle grimpe allègrement les échelons de la carrière scientifique, elle nous laisse toute sa paye et elle nous a ramené la machine à fabriquer les virus. Serait peut être temps que je révise mon jugement à son sujet.
Avec le mini-golf, MON pistolet à empreintes évaporé à la deuxième utilisation (encore un bug sympa) et la machine à chocolats que Jeanne a fini par décrocher, on augmente peu à peu notre collection de récompenses. Hélios a entamé la carrière de flemmard pour le jardin botanique, maintenant faudrait voir à ce que les autres fassent leurs choix en fonction des récompenses manquantes. Galatée s'est déclarée partante pour le téléprompteur. Elle a pas tort, avec sa langue bien pendue, la politique lui tend les bras. Je pense qu'avec nos 14 amis, elle ne manquera pas de relations.
Pas le temps de chômer si on veut assurer la relève. Sitôt rentré du boulot, je prends même pas le temps d'enlever ma cuirasse, j'enfile mon casque pensant pour aider aux devoirs des filles. Je crie au passage
-Que celui qui se sent d'attaque me donne un coup de main ! Et on s'y colle dare dare. Comme ça, on aura peut être la chance de ne pas voir débarquer l'assistante sociale. Remarquez, les petites sont pas bêtes, elles apprennent assez vite, bientôt, elles devraient être en mesure de faire leurs devoirs toutes seules. Et puis... si elles z'ont pas le temps, Galatée le fera pour elles, elle, elle risque plus de nous être enlevée, c'est déjà ça de gagné.
Jeanne s'inquiète pour moi. Je vais allègrement sur mes 73 ans et elle trouve que j'en fais trop
-C'est bien beau l'argent Maxou, mais sans la santé, ça ne sert à rien. Tu te crèves au travail comme si tu avais encore quelque chose à prouver, faudrait penser à te ménager et à réaliser tes rêves. Pour le reste on peut se débrouiller. On n'a qu'à faire de la peinture, on est tous un peu artistes dans la famille, et puis on pourrait fabriquer des chocolats à la chaîne. On peut aussi se faire une plantation d'arbres à sous et tu verras, on y arrivera au million. Wouah ! En près de 30 ans de mariage, c'était la première fois qu'elle parlait autant. En plus, c'est pas bête ce qu'elle dit. Je lui ai promis d'y réfléchir.
J'aimerais bien être sauvé de la mort, mais à mon âge, faut pas trop rêver. Alors autant que la faucheuse vienne avec ses yukulélés plutôt qu'elle me flingue en plein vol comme un vulgaire canard sauvage.
On était tous au complet pour souhaiter un bon anniversaire à Galatée. Comme prévu, elle avait bien grandi mais Jeanne se désolait de n'avoir pas fait une fête comme elle les aime avec son Benjamin et toute une clique d'amis, coiffés de chapeaux ridicules, à se déchaîner avec les cotillons et les serpentins.
-On vit comme des sauvages Max ! A ce train là, on aura de la chance si on conserve nos amis, me reprochait-elle. Mais tout le monde était bien d'accord avec moi : Un anniversaire, ça se fête en famille, pas besoin de rameuter le ban et l'arrière ban.
Suite à ça, nous avons eu une conversation sérieuse tous les deux.
-Tu sais que Galatée est au mieux avec l'employé de la désinfection, on pourrait envisager de les marier. Mais on est bloqués puisque le Maire n'accorde pas de dérogation pour avoir plus de 8 habitants par maison. Il faudrait penser à libérer une place. Me fit remarquer ma femme.
-T'as raison, approuvai-je, mais qui partirait ? Nos enfants sont si impliqués dans le challenge qu'ils ont tous leur rôle à y jouer. Vois Hélios, il piaffe d'impatience pour organiser son premier meurtre, au point qu'il a bien failli zigouiller ton amie Acadia. Galatée, comme tu le dis si bien, pourrait nous faire un enfant avec le mec aux cafards, Séphora a l'intention de réaliser son rêve de s'envoyer tout le quartier, les jumelles sont inséparables... je vois qu'Hermione, mais elle est bien trop jeune pour déménager. Il y aurait bien une autre solution, mais je sais pas si je dois t'en parler...
11 novembre 2005
3. Max broie du noir
Jeanne n'a pas aimé du tout
-Pourquoi ? Tu me crois trop bête pour comprendre ?
-Mais non, ma poule, c'est pas ça ! Bon, je te le crache tout net : Je vieillis de jour en jour et j'ai presque réalisé le rêve de ma vie, me reste plus que quelques points de créativité à gagner et à potasser sérieusement ma mécanique, après je pourrai partir en paix, j'aurai fait ma part du boulot. Restera plus qu'à me faire construire une belle petite tombe en or. Comme je m'y attendais, elle a poussé les hauts-cris
-Maxou, tu ne peux pas me faire ça ! J'ai des bombonnes pleines d'elixir de vie qui ne demande qu'à être bu.
-Je sais bien... c'est pas l'envie qui m'en manque, mais faut savoir ce qu'on veut. Moi je veux réussir mon challenge, alors s'il faut sacrifier quelqu'un, autant que ce soit moi. Mais t'inquiète pas, mon fantôme veillera sur vous et il sera très heureux de voir comment la descendance se débrouillera pour prendre le relais.
Ouais, puis j'étais encore pas mort ! Mais on se sent plus léger quand on a mis de l'ordre dans ses affaires avant de partir. J'ai décidé de finir ma semaine de travail, malgré le risque de voir débarquer la faucheuse, et de me consacrer à la peinture. Y a peu de chance pour qu'on me confonde avec Van Gogh ou Picasso, mais paraît qu'après le grand saut, les croûtes se vendent à prix d'or. J'espère que mes descendants auront la sagesse de ne pas s'en séparer trop tôt, plus y a de poussière dessus, plus ça se vend cher. A croire que les amateurs d'art les achètent au poids ! D'ailleurs, va falloir acheter des chevalets en série, ça rime à quoi de taper sur le piano ? Alors que la peinture, ça c'est un placement sûr !
Jeanne et moi, on s'échine à remplir le bas de laine, alors que Galatée est une chaussette trouée. Elle a lu dans la gazette que le Maire avait fait reconstruire le centre commercial et elle nous a tannés pour changer de fringues.
-J'ai l'air de quoi moi en survêtement ? Tu crois que ça m'aidera à faire mon trou en politique ? Les électeurs, -même s'ils s'en défendent-, ils votent d'abord pour l'image qu'on donne. On a été bon princes, on l'a laissée casser sa tirelire dans l'espoir que ses nouvelles fringues lui permettront de mieux la remplir. Mais on l'a avertie
-Si c'est les mêmes gérants, méfie-toi, c'est voleurs and co, ils ne te livrent pas la moitié de la marchandise, et au niveau choix, tu risques d'être déçue. Elle a répliqué
-Je prends le risque, ça peut pas être pire que ce survêt qui me moule les fesses.
Ca m'aurait étonné, Jeanne a sauté sur l'occasion
-Si tu vas en ville ma chérie, vois si tu ne trouves rien pour les autres. Nous aussi on aimerait bien changer de tenue de temps à autre. J'ai serré les dents, et j'ai râlé dans ma barbiche
-Ben voyons ! Pourquoi se priver ? On commence tout juste à se refaire et on jette l'argent par les fenêtres !
-Tu dis ? m'a demandé Jeanne d'un ton sec
-Rien, je dis que c'est pas la peine de faire des frais pour moi, c'est pas à la porte du cimetière qu'on fait des frais de costume. J'imaginais déjà la tête de Galatée devant le portant aux rossignols. Je guettais sa mine à l'arrivée, mais j'ai été déçu
-Y avait des trucs super ! J'en ai acheté pour 7 000 $. MON Dieu-ma doué ! J'espère qu'elle a prévu pour les 8 prochaines générations !
Elle qui aime les fringues, elle est servie. Elle vient de se prendre une belle veste en politique pour avoir voulu préserver une réserve naturelle de lamas contre la voracité des promoteurs. Elle a appris à ses dépends que dans le milieu pourri de la politique, les bons sentiments n'ont pas lieu d'être. Mais chez nous, on lâche pas le morceau comme ça.
-Le maire m'a virée ? Je vais monter une liste d'opposition avec les amoureux des bêtes, et je lui pique sa ceinture aux prochaines élections. Il pourra même pas s'en servir pour essuyer ses larmes et se moucher dedans. Ca, c'est du pur jus de Dubagne !
Hermione et les jumelles s'entendent comme larrons en foire. Visez-moi le tableau ! Vous croyez qu'elle donnerait l'exemple la grande godiche ? Ca m'amusait peut-être du temps de Galatée, mais être réveillé en pleine nuit par les ressorts qui grincent et les rires de bécasses, je supporte plus. J'ai moins de patience que voulez-vous ! Je leur collerais bien une torgnolle, mais j'aurais Jeanne et Séphora sur le dos. Mine de rien, elles leur passent tout. J'entends déjà la leçon de morale
-Maxou, faut bien qu'elles s'amusent ces petites, tu ne faisais pas de bêtises toi à leur âge ? Oui-bon, c'est pas la question, et en l'occurrence, ça fait un bail que je joue plus à sauter sur le lit. Elles n'ont qu'à faire comme moi, se mettre à méditer. Ca au moins, ça se fait dans le silence.
Finalement, Hermione s'est décidée à grandir. Faut dire qu'on lui poussait au train
-C'est à quelle heure que tu grandis déjà ? T'aurais pas envie de grandir maintentant-tout de suite ? C'est pour bientôt le grandissement ?... Si bien que dès qu'elle a pu, elle a demandé à grandir pour qu'on arrête de la tarabuster avec ça. C'est toujours autant de gagné, mais avant, on lui a demandé de faire une partie des devoirs des jumelles. Question d'organisation ! Mazette, le vilain petit canard a joué les outsiders sur le fil. Elle est encore plus jolie que Galatée. Je fonds comme toujours devant la beauté. A part les cheveux, c'est le portrait de Jeanne tout craché. Elle l'aura attendu son clone ! On lui a tous demandé quelle serait son aspiration
-Est ce que je sais moi ? Laissons fairele hasard. Pick nick douille... ce sera l'amour. ENCORE l'amour ! Ca sera délicat avec Séphora dans les parages qui drague tout ce qui passe devant la maison.
Oui, ben Séphora, elle joue de malchance en ce moment. D'abord elle vient de se faire rétrograder au rang de cobbaye après avoir été à deux doigts du sommet, et puis elle a eu la mauvaise idée de se prendre un râteau avec son nouvel amour, Julien Desmarais, sous les yeux de Paco. Elle s'est pris une gifle magistrale qui lui a fait voir 36 chandelles. Ah, c'est pas facile d'avoir de multiples liaisons, faut faire gaffe à pas se faire surprendre. La prochaine fois, elle a intérêt à se montrer plus vigilante.
On a eu une visite pour le moins surprenante : Romuald qui venait pour récupérer le nounours qu'Hermès avait laissé chez nous. C'était un peu gros comme prétexte, moi je crois qu'il avait surtout envie de revoir Séphora. Je lui ai montré qu'on était pas dupes
-Ah, c'est vrai, il doit bien aller sur ses 15 ans maintenant, son doudou doit lui manquer. Séphora est venue à son secours
-Papa, faut toujours que tu te moques. Viens, Romuald, rejoins moi dans le jacuzzi. C'est vrai que ça doit lui rappeler de bons souvenirs. Mais si Romuald pensait jouer à galipette sous l'eau, il en a été pour ses frais. Y avait un invité dans le bain, et si je connais bien ma fille, c'était pas uniquement pour se laver.
Faut croire qu'il avait encore oublié quelque chose, -ses gants sans doute-, parce Romuald est revenu à la charge. Et cette fois, à défaut de mamours dans le bain à remous, il a eu droit à sa séance de remise en forme sous la couette de notre propre chambre. Sous nos yeux, pour ainsi dire, puisque nos portraits sont accrochés au dessus du lit conjugal. Faut se retenir de l'attraper par la peau des fesses et de l'envoyer voir ailleurs si on y est aussi. Mais bon, si Séphora n'a pas de rancune, c'est pas à nous de juger. Non ?
Serait-ce qu'ils sentent déjà l'odeur de l'héritage ? Les vautours rappliquent de toute part. Après Romuald, c'est Cécile qui est venue en pèlerinage, sans aucun prétexte d'ailleurs. A part de se laver, je vois pas ce qu'elle aurait pu oublier. Elle s'est sans doute rendue compte que les prétendants se battaient pas pour demander sa main et elle pense peut être avoir plus de chance avec Hélios. Le fiston l'a pas détrompée, il a fait celui qui était ravi de la revoir et il lui a même refilé un petit billet pour la faire patienter. C'était pas mal calculé, parce Cécile aurait bien été du genre à se servir elle même dans notre plantation d'arbres à sous.
-Alors, t'es toujours branché sur la belle jardinière, ironisai-je un peu plus tard entre deux bouchées d'un chili con carne qui vous ramone les amygdales. Le chili con carne remplace de plus en plus souvent le gratin de nouilles à la maison. Tout le monde ne rêve que d'en manger... sauf moi, qui lui préfèrerai toujours mon petit homard thermidor.
-Faut ce qu'il faut, que veux-tu, soupira-t-il, si tu laisses passer trop de temps sans l'arroser, l'amour c'est comme les plantes, ça finit par crever. Cécile, c'est ma future 1ère victime, j'ai pas l'intention de la laisser m'oublier. Je me repris
-Mais c'est pas un reproche mon gars, si tu veux, je te donnerai même un coup de main.
-Pas question, les fantômes c'est MON affaire ! Tu vas tout de même pas t'octroyer tout le mérite du challenge ! m'a reproché Hélios. J'ai piqué du nez dans mon assiette. Il a pas tort, chacun ses oignons et les vaches seront bien gardées.
Enfin les jumelles ont fêté leur anniversaire en tenant leurs promesses. Ce sont vraiment deux belles plantes, un peu trop tartinées à mon goût : rimmel, fond de teint, fard à paupières... les gamines à présent, c'est plus comme de mon temps. Dès qu'elles ont rangé leurs poupées, elles tombent dans le pot de peinture et ne parlent plus que de garçons. Surtout Kalliste qui a pris modèle sur Hermione et ne pense plus qu'à ses futurs bébés en s'inquiétant de la pénurie de mecs à Vipercanyon. Parce que Sapho a opté pour les études, comme son grand-père. J'ai jamais été un modèle d'objectivité, faut bien l'admettre, aussi, je l'avoue tout net, c'est à elle que va ma préférence. Elle est vraiment belle à croquer et faut voir l'esprit de répartie quand je les taquine toutes les deux sur leur look d'amazones des temps modernes
-T'aurais préféré le look Barbie, Max ? Tu me déçois ! Hé oui, elle m'appelle Max. Aucun respect ! Jeanne, elle, c'est mamounette. Remarquez j'aime mieux ça que pépé et mémé.
Galatée a été nommée responsable de campagne. Y a pas de quoi... mais on aurait dit qu'elle avait décroché un Oscar
-Ouais ! Regardez-moi, j'suis une vedette, y a pas mieux que moi sur cette planète ! Jeanne qui faisait sa petite récolte de simflouzes n'en croyait pas ses oreilles
-Galatée, c'est bien d'avoir confiance en soi, mais tu ne crois pas que tu en fais beaucoup là ? Même quand ton père a été nommé ultrasim, il n'en a pas fait le quart. La gamine ne s'est pas démontée
-Oui, ben lui, c'est normal qu'il donne l'exemple, mais moi, j'ai besoin d'être encouragée.
-Et moi j'ai besoin d'être félicitée a renchérit Hermione qui vient à son tour de décrocher le prix d'orthographe. Ooooh, ça commençait à bien faire
-Et moi j'ai besoin qu'on me fiche la paix ! Je leur ai lancé de ma cuisine. Vous z'êtes plus des gamines, qu'est ce que c'est que ces façons de vouloir être encouragées, félicitées, admirées à tout bout de champ. La satisfaction du devoir accompli, c'est en soi qu'il faut la trouver. Faudrait peut être penser qu'on a autre chose à faire que de vous passer de la pommade à la truelle. Elles ont mis leur mouchoir par là-dessus et sont allées vaquer à leurs occupations. Ah les filles, quelle engeance !
A 78 ans bien sonnés, j'ai fini par prendre ma retraite. J'avais pensé la passer au bord de ma nouvelle piscine, à me faire dorer la couenne au soleil avec Jeanne. Depuis qu'elle est aux prises avec ses bouffées de chaleur, elle passe sans transition du "Je crève de chaud" au "on pèle ici". Mais la retraite, c'est pas de tout repos moi je vous le dis. Si vous croyez qu'on a le temps de faire trempette avec tout le boulot qu'on s'invente ! D'abord, on doit s'occuper de notre plantation d'arbres à sous. Faut toujours avoir un oeil sur la récolte, parce que le bifton, ça n'attend pas. Dès qu'ils sont mûrs, ils attirent les voleurs, en particulier toute la bande de copains de lycée des jumelles qui se privent pas pour se servir. Alors, on est toujours sur la brêche. C'est pas d'un gros rapport remarquez, mais ça sert toujours à payer les impôts.
Jeanne n'a jamais été fainéante, et elle commencera pas aujourd'hui. Elle a tenu à continuer à aller à son travail. Avoir été rétrogradée lui est resté sur la patate
-Je m'arrêterai quand j'aurai retrouvé ma toque et mon tablier, a-t-elle décrêté. Et pour être sûre d'être prête quand sonnera l'heure des promotions, elle fait des heures sup à la maison en fabriquant des bonbons à la chaîne. Moi, au début, j'étais ravi. Je me partageais entre mes études de mécanique et la peinture à l'huile. Je commence à avoir le coup de patte, surtout que je me renouvelle pas tellement. Je peins pratiquement toujours les mêmes sujets, c'est vous dire s'ils sont fignolés. Ils pourraient se vendre facile autour de 500$ pièce. Mais je les garde précieusement, la maison ressemble à une galerie d'Art moderne, mais c'est ma poire pour la soif.
Niveau études, je m'y suis pris comme un manche. Je m'attendais tellement à voir débarquer la miss squelette, que j'ai bossé comme un malade. J'avais de cesse de compléter toutes mes barres de compétence. Tant que j'étudiais, je me sentais en pleine forme, mais à présent, plus rien ne m'intéresse. Je suis au bord de la déprime. Y aurait bien une chose qui me ferait encore plaisir, c'est que mes petites filles soient des génies. Mais, ça, ça dépend d'elles, pas de moi !
Je croyais pas qu'on pouvait lire dans mes pensées à livre ouvert, mais faut croire que l'intuition féminine c'est pas un vain mot. Sapho m'en a donné la preuve
-ALors, vieux Max -(de mieux en mieux !)-t'as plus la pêche ? T'es bon à ranger au placard ? m'a-t-elle dit en me bourrant de coups de poings pour rire. Ca te dirait qu'on leur en bouche un coin à ces nazes de Vipercanyon ? T'as qu'un mot à dire. Laisse tomber tes principes à la gomme et laisse-nous faire. On se trouve un job après l'école et tu les verras briller les étoiles.
Faut vous dire que lassé de voir les récompenses professionnelles nous filer sous le nez parce que mes gosses étaient trop compétents, j'avais formellement interdit à toute ma lignée de cumuler les études et le boulot. Mais là, ça urge. Chaque jour qui passe me pousse un peu plus vers le cimetière et j'ai besoin d'un sacré coup de pouce pour mon moral si je veux pas finir sous une stelle de béton industriel. Alors, j'ai fini par céder, y a que les imbéciles qui changent jamais d'idée.
-Bah, allez-y, allez bosser, on verra bien si ça rapporte. Au pire, si vous ne ramenez rien, vos enfants s'en chargeront.
-Moi je prends la pègre ! a décidé Hermione comme si c'était sa vocation et qu'elle sautait sur l'occasion avant que je ne change d'idée.
-Alors qu'est-ce qui nous reste à nous ? a demandé Sapho
-L'armée et la médecine je crois, qu'est ce qui vous plairait ?
-Ben moi, l'armée, j'y cours pas trop, a coupé Kalliste
-Ben, moi non plus, figure-toi ! s'est empressée de l'informer sa soeur. Alors, comment on va faire ?
Elles ont eu une grande discussion, aucune ne voulant céder le terrain. Finalement, Sapho a trouvé une solution
-Y a qu'à regarder sur le journal, on prend dans l'ordre ce qui se présente, à toi l'honneur Kalliste, c'est toi l'aînée... De 10 minutes, vous pensez si ça compte à cet âge là !
-Caddie de golf, c'est déjà pris, la cuisine, je laisse ça à mamounette, elle fait trop bien le chili con carne... oh nooon ! l'armée...
-Pas de bol ma vieille ! a jubilé Sapho soulagée, bon, alors moi je prends médecine. Je commencerai comme vide-pot chez les mémés de la MDR*, comme ça, si Max a des fuites, je saurai comment m'y prendre.
Et pourquoi j'aurais des fuites moi ? Jusqu'ici, malgré mon âge, j'ai toujours réussi à me traîner jusqu'à la cuvette des wc ! Elles ont intérêt à faire vite pour me faire plaisir les pétasses, je sens que mon moral en a encore pris un coup.
*MDR (Maison De Retraite) hein Minitroll ?
Je traînais mes savates en ruminant de pensées moroses : Des fuites ? Mais pour qui elles me prennent ? Je suis donc rien qu'un vieux gâteux à leurs yeux ? Galatée s'est aperçue que je broyais du noir de chez noir
-J'ai entendu aussi papa ! T'en fais pas, va, elle a pas dit ça pour te faire de la peine. Tu sais comme est Sapho, toujours le nez dans ses bouquins, comme toi, c'est toi qui lui a donné le virus de la lecture souviens-toi. Bref, t'as vu ce qu'elle bouquine en ce moment ? : "La vieillesse, le grand naufrage" de Simfélé. Elle est trop jeune pour prendre du recul, elle gobe tout ce qui est écrit. Elle voit bien que tu n'en es pas là, mais elle s'attend au pire que veux-tu. Et tu vois comme elle a bon coeur, elle est prête à s'occuper de toi. Y en a bien qui ne pensent qu'à se débarrasser de leurs vieillards.*
-T'as peut-être raison Galatée, admis-je à regret, mais franchement, est-ce que vraiment j'ai l'air de devenir gâteux ?
-Tu rigoles papa ! Je ne souhaite qu'une chose, c'est de vieillir pas plus mal que toi. T'es un exemple pour nous tous. Ca m'a un peu réconforté. Pas étonnant qu'elle ait réussi à se faire élire député. Y a pas dire, Galatée, elle a toujours su trouver les mots qui touchent.
N'empêche, cette petite histoire m'a aigri le caractère. J'ai décidé de prendre du recul. Je me pose en observateur. Tiens, Hélios, qui s'arrache les cheveux de douleur parce qu'il a encore fait le mauvais choix dans sa carrière et que de projectionniste qu'il était, il se retrouve à ramasser les baballes de golf du gratin. Hé bien je m'en fous ! Tout juste si ça ne me fait pas plaisir. Est-ce que j'ai été rétrogradé une seule fois moi ? A part à l'arrivée de ces petits pistonnés... mais je leur ai vite fait voir qui c'était le patron ici.
Ma carrière, mon mariage, mes enfants, ma descendance, j'ai jamais connu l'échec. Je m'en suis toujours sorti la tête haute, avec les honneurs.
Scrongneugneu, voilà que je radote. Mais j'ai besoin d'être rassuré et ça, je l'aurais jamais cru. J'ai réussi ma vie moi ! On l'oublie un peu vite dans cette affaire. Alors, j'ai pris une sage décision. Je vais écrire mes mémoires, et ça sera un best-seller. "Max Dubagne et le legacy challenge" que je l'appellerai. Au moins, pendant que je l'écrirai, je revivrai mes moments de gloire, pas la déchéance qu'on me prédit.
Je me tais, mais j'observe. J'observe et je remarque, par exemple que Séphora a embelli. Ses filles lui ont tenu lieu de conseillères en esthétique. Surtout Kalliste, parce que si Sapho dévore des livres dits sérieux, elle, c'est "Belle, belle, belle et encore plus jolie" ou "Mademoiselle et sa beauté". Ils vont pas être fauchés dans l'armée avec une pareille recrue. Je l'entends d'ici se lamenter parce qu'elle se sera cassé un ongle sur le parcours du combattant. M'enfin, pour Séphora, les conseils ont plutôt été bénéfiques.
-Tu devrais changer de coiffure maman, ça se fait plus du tout les anglaises. Et puis tu devrais changer de rouge, il va pas du tout avec ton teint. Et puis tu devrais t'épiler les sourcils, ça ferait moins sévère. ET puis tu devrais faire un petit régime, tu vois pas que tu t'empâtes là ! J'en passe et des meilleures, mais c'est vrai qu'y avait du boulot.
Séphora s'est empressée de mettre ces conseils en pratique. Elle n'a qu'une crainte : cesser de plaire. Elle sent bien qu'elle prend de l'âge et elle a toujours besoin de se prouver qu'elle peut encore séduire. Moi, je dirais que c'est plutôt bien parti et c'est pas Julien Desmarais qui dira le contraire. Celui-là, il est toujours partant pour la ramener à la maison. Mais la maison, il la voit pas, il connaît que le chemin de la chambre. Et je pense pas que ce soit pour mettre au point de nouveaux médicaments, si j'en juge par les rires à peine étouffés sous la couette et les bruits de pétards foireux qui s'échappent de la carrée.
Je deviens à moitié parano. Dès que j'en vois deux qui discutent, c'est plus fort que moi, faut que je tende l'oreille pour voir s'ils parlent pas de moi. Ainsi, l'autre soir, j'ai surpris une conversation entre Séphora et Galatée.
-Séphora, tu commences à me plaire. Si tu crois que j'ai pas vu ton manège avec Jacques. C'est pas possible, il te les faut tous ! Je t'avertis que si tu continues à lui pousser des yeux de vache amoureuse, je t'étripe !
-Mais j'en ai rien à faire de ton chasseur de cafards, tu peux te le garder, répliquait Séphora
-Je veux ! Mais je t'aurai prévenue, t'as intérêt à arrêter ton manège, sinon, ça va mal finir. Oui, bon, c'était pas mes affaires.
Heureusement, y a ma Jeanne. Elle m'a remonté les bretelles
-Max, ça va plus ! Je sais pas ce que tu as, mais tu deviens infect. T'arrêtes pas de nous regarder comme si tu nous en voulais. Je sais bien que la retraite c'est parfois difficile, mais faudrait peut être t'intéresser à autre chose qu'à ton nombril ! Les filles écoutaient, mine de rien, et guettaient ma réaction. En l'espace d'une minute, j'ai revécu les évènements de ces derniers jours, et j'ai compris qu'elle avait raison. Je suis pas trop du genre à faire de plates excuses, mais quand j'ai lancé à la cantonnade
-Alors, c'est pour aujourd'hui ou pour demain que j'aurai mes trois petits génies ? Faudrait peut-être vous magner les filles ! J'en ai marre d'attendre moi ! Vous voulez donc pas me faire plaisir ? Elles sont venues se jeter à mon cou en se récriant de concert
-On demande que ça Max, on te promet, on te l'offrira ta tombe en or ! C'est vrai que ce sont de braves petites, pourquoi j'en ai douté, déjà ?
Durant les jours qui suivirent, je consacrais mon temps à écrire le roman de ma vie. Il y en avait des choses à raconter depuis le jour où j'étais venu m'enterrer dans ce trou de Vipercanyon. Que de souvenirs ! Ma rencontre avec Jeanne, la naissance de Séphora, puis des jumeaux, Hélios et Orion, celle de Galatée, le mariage de Séphora et la naissance de mon héritier Hermès. Et puis cette maudite catastrophe qui nous avait laissés desespérés, sans travail, sans le sou et avec une famille décimée. Il nous en avait fallu du courage pour rebâtir notre vie.
Mais le temps efface bien des chagrins et la naissance d'Hermione nous avait remis le pied à l'étrier et celle des jumelles de Séphora était venue mettre un comble à notre bonheur retrouvé en nous assurant de la continuité du challenge qui guide nos existences. Il y avait vraiment de quoi écrire un roman fleuve avec tous ces évènements.
-Qu'est-ce que tu écris papa ? Cette manie qu'elle a Galatée de vous sauter dessus sans crier gare, j'ai même pas eu le temps d'éteindre l'ordinateur, elle s'est installée d'autorité devant l'écran.
-Fais voir ! Mais... c'est un roman, cachottier ! Pourquoi tu ne le disais pas ? Je savais trop quoi répondre. Je m'étais assez moqué de Séphora et de son best-seller interminable, pour pas me vanter d'avoir plongé dans l'encrier à mon tour. Je bafouillai
-Bah, un roman, c'est vite dit ! Disons que j'écris mes mémoires. Elle me regarda droit dans les yeux
-C'était pas un reproche papa, mais si tu veux le prendre comme ça... disons que ce sont tes mémoires. Oui, disons ça ! Surtout qu'à l'heure qu'il est le roman, je suis pas vraiment certain d'avoir le temps de le terminer.
12 novembre 2005
4. La mort de Max
Depuis quelques temps en effet, je me sens pas dans mon assiette. Je suis dans ma 81ème année et ça commence à faire un bail que je roule ma bosse dans ce désert comme le bousier qui roule sa bouse. Ca commence à se déglinguer d'un peu partout la mécanique. D'abord, il y a ces migraines. Je fais ce que je peux pour les cacher, mais elles deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus douloureuses. Si bien que parfois, je me surprends à me tenir la tête à deux mains en priant le ciel pour que ça cesse. Aux questions qu'on me pose, je réponds d'un air détaché
-J'ai la migraine, comme une gonzesse ! Et j'arrive à les faire rire.
-Sacré Max, t'as la migraine et les vapeurs, c'est pour bientôt ? J'admets
-Oui, Sapho tu as raison. J'ai l'air de me plaindre comme une femmelette, la vieillesse, ça me vaut rien.
Jeanne est bien la seule qui s'inquiète vraiment à mon sujet.
-Qu'est-ce que j'apprends ? T'as des migraines, depuis quand ça a commencé ? Je ne voudrais pas qu'elle s'affole
-Bah, ça me prend de temps en temps, mais c'est rien de bien méchant. Elle n'est pas dupe
-Avec ça que c'est ton genre de gémir pour un petit bobo. Maxou, tu n'es pas raisonnable, tu devrais voir un médecin. Ca jamais ! Moi, les médecins je ne peux pas les voir en peinture. Est-ce qu'ils ont jamais empêché quelqu'un de mourir ? J'esquive habilement le sujet
-Mais non, c'est rien, un peu d'arthrose, j'ai les cervicales qui débloquent. Tu sais ce qui me ferait du bien ? Un petit massage, comme tu les fais si bien. Elle ne demande qu'à me contenter
-Fallait le dire, que ce que tu voulais, c'était juste te faire dorloter !
Les bruits vont vite dans cette maison, et je crois que personne n'est dupe. C'est à qui en rajoutera pour faire mes quatre volontés. Ils sont après moi comme des mouches.
-Qu'est-ce que tu veux pour ton dîner ? du chili ou des hamburgers ? Ca c'est Hélios, il a toujours pas compris que moi, la cuisine que je préfère c'est pas les sandwiches au pain de mie ou les haricots brûle-gosier.
-Mais, non, je sais bien ce qu'il faut lui faire : un homard à la française ! Je vais lui en préparer un petit, il m'en donnera des nouvelles. Ca c'est ma Jeanne. Je lui lance un regard reconnaissant.
-Nous on a rien que des 20/20, et on a eu des promotions, on sera toutes des petits génies. Dis-le Max que ça te fait plaisir ! Je confirme
-Rien ne saurait me faire plus plaisir les filles ! Si j'avais été moins borné, il y a longtemps que je leur aurai donné le feu vert. Mais il faut dire que quand je m'y mets, je suis plus têtu qu'une bourrique. A présent, je crains un peu que leurs efforts, aient pris un sacré train de retard.
Y a que Séphora qui ne participe pas aux séances de maternage. Elle vit sur son petit nuage, le coeur coincé entre deux mecs.
-Fichez lui la paix à la fin ! Vous voyez pas qu'il en profite ! Il est solide comme un roc, vous verrez qu'ils nous enterrera tous. A elle, j'ai osé demander dans le plus grand secret
-Séphora, avec ton labo, tu pourrais pas me fabriquer un petit remède pour mes migraines ?
-Bien sûr papa, j'y vais tout de suite, je te ramène de l'aspirine. Et elle est allée préparer le remède miracle sans même prendre le temps de passer un déshabillé. De l'aspirine ! Pourquoi pas des boules de gomme ? Enfin, si ça me fait pas de bien, ça ne me fera toujours pas de mal.
Jeanne tient une forme du tonnerre. C'est vrai que 10 ans de différence, quand on est jeune, ça ne compte pas, mais à nos âges... Elle n'arrête pas de me harceler à réclamer des petits bisous. Le petit bisou, c'est que le hors-d'oeuvre, ça se transforme vite en baîser, langoureux ou passionné et le dessert on le prend au lit. Je rassemble mes dernières forces pour lui prouver que là au moins, je sais encore tenir ma place. Même si les préliminaires remplacent souvent le passage à l'acte.
Mais faut la suivre, elle se rend pas compte ! Après le lit, elle voudrait bien recommencer dans le jaccuzi. Moi je peux plus, une fois par jour et j'ai donné mon maximum. Il faudrait trouver une doublure comme on en voit au cinéma. Je lui propose
-Tu préfèrerais pas un petit slow en amoureux comme dans le temps ? Mal m'en a pris, elle ce qui la branche, maintenant c'est le hip-hop
-Allez, Maxou, un petit effort, c'est bon pour la ligne tu verras ! La ligne, tu parles ! Pas la ligne de vie en tous cas.
J'ai le dos coincé et dans ma tête, je sens que c'est prêt à exploser. Jeanne a fini par s'en rendre compte.
-Ca n'a pas l'air d'aller, dis-moi.
-Mais si, ça va, t'inquiète pas. Tu sais ce que je pense ?
-Tu voudrais qu'on aille dans la chambre ? SURTOUT PAS !!!
-Non, là, tout de suite, je voudrais encore t'embrasser, et surtout te dire... Ben voilà, je t'aime ma Jeanne, et j'ai jamais aimé que toi. J'ai pas toujours été très tendre, et j'ai pas pris le temps de le dire. Mais faut que ça sorte. Je t'aime plus que tout, tu es ma vie, ou ce qu'il en reste, et si je venais à disparaître...
-MAX !
-Laisse-moi parler ! Si je venais à disparaître, je veux que tu refasses ta vie. T'es pas faite pour rester seule. L'amour est ta raison de vivre. J'ai essayé de te combler, mais quand je serai plus là... sois heureuse Jeanne, et pense à moi, même si c'est dans d'autres bras.
Je savais qu'elle protesterait, mais la faucheuse s'est ramenée pour lui couper l'herbe sous le pied.
-Max ! C'est l'heure ! Fais tes bagages ! Je t'emmène dans un monde meilleur, dit-elle en me tendant la ciguë présentée comme un verre de punch. Les deux sirènes qui l'accompagnent se sont mises à se trémousser comme des diablesses, essayant de m'émoustiller.
-Laissez tomber, c'est peine perdue ! Là où je vais, y a de la lecture ? On peut encore se cultiver ?
-Tu ne connais pas l'autre monde, t'auras plein de choses à découvrir, m'a dit le squelette d'une voix rauque.
-Alors, je vous suis sans regret. Adieu ma poule, je t'ai bien aimée. N'aies pas peur, je t'abandonne pas, mon esprit reste avec toi. Fais moi construire une belle tombe dans mon désert. Pas du béton, hein ! du platine, je crois que ça vaut tout l'or du monde.
Pleure pas ma poule, tu te fais du mal.
Embrasse bien les enfants pour moi.
C'est fou ce que les gens aiment à se créer des complications. Le grand sujet de conversation depuis ma disparition, ce qui suscite toutes les discussions, c'est : faut-il porter le deuil ou pas ?
- Max n'aurait pas voulu de ça, assurait Sapho
-Ah, bien sûr, toi, t'en as rien à faire, tu t'habilles toujours en noir. On verrait pas la différence ! rétorqua Galatée, mais moi, quand même, ma jupe jaune... ça fait pas un peu fête ?
-J'ai toujours détesté le jaune, informa Hermione, mais si tu vas par là, mamounette avec son pull rouge, elle fait pas tellement veuve non plus. Tous les regards se braquèrent sur Jeanne qui ne disait mot, toute plongée dans ses pensées.
-Vous allez pas commencer à l'embêter avec ça ! Je peux vous dire que Max, il en aurait rien à battre qu'on porte le deuil ou pas. Vous savez ce qu'il dirait ? Il dirait : du moment que vous vous balladez pas à poil, c'est pas l'habit qui fait le moine. Je dirais surtout : Vous trouvez qu'on n'en a pas déjà eu pour assez cher de fringues ? Vous allez arrêter de bouffer la grenouille, oui !
Séphora ne partageait pas l'intérêt général, faut toujours qu'elle se distingue
-Au fait, il t'a laissé combien papa ? Parce que moi, 26 000$, je trouve que c'est un peu léger.
-Pourquoi, t'as l'intention de te barrer ?
-Bah, j'y avais bien un peu pensé, mais qu'est-ce que tu veux faire avec si peu ? Hein maman, il t'a laissé combien ?
-Je sais pas trop, dans les 60 000$ je crois. Pourquoi ?
-Non, pour rien. Jeanne, Jeanne, tu l'entends pas la calculette qui fait les comptes ?
Heureusement que ses filles ne tiennent pas d'elle. Faudrait peut-être que je révise mon jugement sur leur paternel. Il doit pas être si mal que ça au fond, c'est vrai qu'il se fait rare depuis quelques temps le Paco. Bonjour, au revoir, quand il vient nous distribuer ses cochonneries d'impôts, pas un mot de plus. Soit sa femme lui a fait une scène, soit il court la gueuse ailleurs. C'est Romuald qui le remplace, il est toujours fourré chez nous, et je peux vous dire que ça y va les crac-cracs avec Séphora. C'est leur façon de porter le deuil, mais j'en attendais pas moins d'eux. Bref, les petites, elles, elles s'inquiètent
-T'as vu mamounette, comme elle est triste, on dirait qu'elle ne souhaite qu'une chose, rejoindre Max le plus vite possible, a fait remarquer Kalliste
-T'as raison, t'as pas vu ? Elle passe toutes ses nuits sur une chaise longue à côté de la tombe. Faut faire quelque chose, oui mais quoi ?
-Faudrait qu'elle se trouve un amoureux, ça l'aiderait peut-être oublier.
-Un amoureux ? A son âge ?
-Ben, y a pas d'âge pour ça, à ce qu'il paraît, faudrait lui dénicher un vieux, un pas trop mal conservé tant qu'à faire
-T'en as vu beaucoup toi des vieux à Vipercanyon ? a judicieusement relevé Kalliste
-Ben non, c'est vrai, on voit que des jeunes. Ca c'est pas de chance ! Et allez donc ! Les vieux avec les vieux, les jeunes avec les jeunes, si c'est pas de l'ostracisme ça, je m'y connais pas !
Et toi, ma poule, qu'est-ce que t'en dis ? T'en dis pas grand-chose à ce que je vois. A quoi tu penses ? Laisse-moi deviner, tu penses à toutes ces belles années que nous avons passées ensemble. Y en aura d'autres, va, t'inquiète pas, on se serrera dans le cercueil, et on aura l'éternité, l'éternité pour glandouiller.
Parce que la faucheuse, entre nous, comme menteuse, on fait pas mieux. " T'auras des tas de choses à apprendre " qu'elle m'avait dit cette enfoirée. Tu parles si j'en ai vite fait le tour. Bon, ça c'était la bonne surprise, je continuais à exister, le néant, la vie de l'esprit, c'était pas de la foutaise. Mais pour le reste... fallait tout apprendre sur le tas -et quand je dis sur, je devrais dire sous. Si j'avais su, j'aurais demandé qu'on me glisse quelques bouquins dans mon cercueil, ça m'aurait toujours occupé.
Quoique, pour la lumière, c'est pas ça non plus, cette idée d'aller me coller une dalle de marbre sur la tombe. Et tout ça pour quoi ? Je vous le demande, pour y installer un pot de fleur. Ca fait ça de plus à arroser ! Bref, je vais pas m'étendre là-dessus, moi j'ai tout mon temps, mais pas vous. C'est que ça coûte cher la connection, je sais ce que c'est, va, c'est pas moi qui vous encouragerai à dépenser vos picaillons.
Oui, HO ! faut pas me pousser quand même, autrement je vous raconte plus rien !
Les premiers jours, et les premières nuits aussi, -allez faire la différence dans le noir-, je me suis ennuyé comme un rat mort. La seule distraction que j'avais, c'est quand ils venaient me voir à chacun leur tour et que j'entendais les commentaires
-Pauvre Max, ou pauvre papa, ça dépendait de qui qui cause, tu nous manques, si tu savais... Hé, hé, tant mieux ! L'aurait plus manqué que ma mort soit passée comme une lettre à la Poste. Si t'avais seulement attendu un peu, t'aurais été content, les trois filles sont des petits génies. Mais JE SUIS content ! Qu'est-ce que vous croyez ? Allez, passons, d'autres nouvelles ?
-Papa, j'aurais tant aimé que tu sois là pour mon mariage, tu sais, Jacques ? L'employé du service de désinfection, on vient de se fiancer.
Galatée va se marier ! Avec un PNJ en plus,. Ah, ça c'est une bonne nouvelle ! J'aurais bien aimé me sortir de ce fichu cercueil pour aller la féliciter. Surtout qu'elle a toujours aimé ça les félicitations Galatée. Mais bon sang, je suis coincé là. A me tortiller comme un beau diable, je sais pas comment j'ai fait, mais voilà que j'ai réalisé que je pouvais me déplacer. Quelle andouille ! Quand je pense que pendant des jours, j'étais resté bêtement allongé à me rouler les pouces dans le cercueil.
J'arrive ma fille ! T'en fais pas, je m'en vais te féliciter. J'ai voltigé vers la maison, encore un truc que je savais pas, en ultrasim, j'avais l'habitude de voler comme une fusée supersonique, mais là, piam-piam, je me déplace comme si le vent me poussait au train. Bref, oui, je sais, la connection... j'arrive dans la salle de bain, la petite du bas, parce que faut pas croire, mais nous, des salles de bain, on en avait trois, deux en bas, une en...
Ca vous intéresse pas ce que je raconte ? Mais fallait le dire ! Où j'en étais ? Ouais, j'arrive dans la salle de bain, dans la salle d'eau, serait plus juste, et je m'approche pour qu'elle voit bien que j'étais là pour l'applaudir. Elle se met à hurler, je vous dis pas comment ça m'a foutu les boules. Et pourtant, je suis pas peureux, mais là c'était vraiment un cri... un cri à réveiller les morts.
Comme j'avais rien de mieux à faire, je suis allé me ballader dans la maison. J'ai commencé par notre chambre. Ah, tout de même, mon portrait était toujours accroché au dessus du lit avec celui de Jeanne. Mais comme je me penchai vers elle pour l'embrasser, j'eus la surprise de découvrir qu'elle avait cédé sa place à Sapho. Où pouvait-elle bien être passée ?
Je menai ma petite enquête, et j'ai fini par la trouver dans notre salle à manger/salon etc. Bon, tout allait pour le mieux, elle avait dû aller faire un petit tour dans la piscine, parce qu'elle était encore en maillot de bain. Elle a dû sentir ma présence, parce qu'elle s'est tournée vers moi et a appelé
-Max ? C'est toi Maxou ?
J'ai préféré me défiler, des fois qu'elle réagirait comme Galatée, c'était pas la peine de me montrer. D'ailleurs, Séphora s'est chargée de lui dire le fond de sa pensée
-Maman, arrête ! Tu sais bien que papa est mort, comment veux-tu qu'il te réponde ?
-J'ai dû rêver, a admit Jeanne. Je rêve aussi où il me semble que Séphora a pris du poids ? Je dirai même plus, vu la tenue, elle serait de nouveau enceinte, que ça m'étonnerait pas plus que ça. Elle aurait pas pu venir me le dire ? Ah, c'est vrai, pour elle les morts, c'est plus que de l'engrais pour les pâquerettes.
La vie de macchabée, je vous dis pas comme c'est mortel. Toutes ces journées dans le cercueil en priant pour ne pas entendre une mouche voler. Parce que les mouches, ça pond des oeufs, et les oeufs de mouche, vous savez ce que ça donne... Heureusement que chez Dubagne, les gosses on les a dressés à la chasse aux mouches dès leur plus jeune âge. Dès qu'il y en a une qui vole au-dessus des assiettes, c'est le branle-bas de combat jusqu'à ce qu'elle disparaîsse.
Bon, côté mouche, je suis à peu près peinard, mais qu'est-ce que c'est long ces journées. En plus, les sorties de nuit, c'est quand elle veut la tête de mort. J'ai bien essayé de recommencer ma petite virée de l'autre soir, que nenni ! Vissé dans le cercueil, je suis, et jusqu'à quand, allez savoir. Heureusement que Jeanne m'oublie pas, elle vient me raconter les faits divers régulièrement. Remarquez, je devrais pas dire heureusement, parce que ma Jeanne qui a toujours été frileuse, a attrappé une espèce de bronchite qui ne présage rien de bon. Les nuits sont fraîches dans le désert, faut pas croire.
Quand elle accouche, Séphora n'a pas pour habitude de faire ça dans la discrétion. Y avait pas de raison pour que ça change. Alors, elle a ameuté toute la maison pour la naissance de Jean-Pierre. Hé, oui, Jean-Pierre ! C'est un prénom pour un Dubagne ça ? Si j'avais été là, je vous prie de croire qu'elle aurait été avisée de se creuser un peu plus la cervelle. Mais je t'en fiche, personne n'a pipé ouf quand elle a annoncé fièrement la couleur. Les filles qui étaient rassemblées dans la salle de bain pour assister à l'évènement se sont mises à bêtifier
-Oh, qu'il est beau le petit Jean-Pierre, fais arrheu, arrheu, mon Jean-Pinou, ar-rheu, ar-rheu... Le Jean-Pinou en fait d'arrheu, il a poussé sa beuglante pour réclamer son premier biberon. Encore un qui promet de nous gâcher la vie, enfin quand je dis nous... moi je suis hors-jeu. Je sais pas si ça tient à Séphora ou à Romuald, mais leurs mômes, c'est des catastrophes. On en avait déjà eu un aperçu avec Hermès. On sait pas ce qu'il est devenu celui-là, je soupçonne Romuald de l'avoir refilé à l'assistante sociale quand il a vu le cadeau que c'était.
Quand Jeanne m'a annoncé toute fiérotte : Demain Maxou, tu vas avoir une bonne surprise, j'étais aux anges. Ca m'a occupé l'esprit toute la sainte journée et la sacrée nuit à me demander qu'est-ce que ça pouvait bien être comme surprise. Je m'attendais à tout, mais pas ça ! Qui j'entends là qui fait semblant de se lamenter sur ma tombe en essuyant des larmes de crocodile ? Benjamin, le pique-assiette, le copain de jeunesse éternelle. Lui, il a dû faire comme Obélix, il s'est tapé toute la bombonne d'élixir de vie dans ses biberons. Il a pas pris une ride la vache !
-Alors, vieux Max -(c'est ça, insiste !)- t'as fermé boutique finalement. Et Jeanne, tu l'as abandonnée ? T'en fais pas mon vieux -(grrrrr !)- je vais m'occuper d'elle, je la laisserai pas toute seule.
Pourquoi ça me fait pas plaisir ? J'avais bien conseillé à Jeanne de pas se laisser mourir d'amour. Mais j'aurais préféré que mon remplaçant ait pas eu l'air de guetter la place de mon vivant. Fallait que ça tombe sur celui-là, et ben non, ça ne me plaît pas.
Il y en a une autre dont les visites me font pas un plaisir immense, c'est la Cécile. Elle, quand elle vient soit-disant pleurer sur ma tombe, elle se contente d'un - Salut Max ! et elle se met à arroser les cactées. Chassez le naturel, il revient au galop. Sa conversation se résume à ça :
- Quelle chaleur ! Les plantes crèvent de soif, faut que je les arrose. Quand je pense que c'est ma future co-locataire j'en frémis déjà d'ennui.
Oui, parce qu'il a pas désarmé le fiston. Il la cajôle sa Cécile pour qu'elle accepte de prendre patience. Remarquez, y a peu de chance pour qu'un autre lui pique la place. Elle doit pas avoir besoin des ses dix doigts pour compter les prétendants la Cécile, ils vont pas se battre pour ses beaux yeux. Encore que c'est peut-être ce qu'elle a de moins moche. Parce que les conseils de maquillage de Jeanne, y a longtemps qu'elle les a laissés aux oubliettes et qu'elle a ressorti son parfum préféré : Fumier de chez Sapue.
Mmmmm quand elle danse, bonjour l'odeur ! Faut qu'il soit blindé Hélios pour résister à l'envie de se boucher le nez. Mais vous le connaissez, lui, il connait les bonnes manières. Il lui fait sa cour à l'ancienne, tout dans la dentelle et la délicatesse. On dirait jamais à le voir qu'il ne pense qu'à la trucider.
Il est pas trop content Hélios. Je me mets à sa place. Depuis le temps qu'il attend de faire sa collection de fantômes, il a mis les bouchées doubles pour chauffer la jardinière. Elle est là, toute prête à être cueillie, son emménagement ne fait plus l'ombre d'un doute, et voilà-t-il pas que Galatée vient lui jouer à "pousse-toi de là que je m'y mette".
-Ca y est, je me marie, Jacques est d'accord, on va faire ça le plus vite possible.
-Comment ça, le plus vite possible ! Et moi alors ? Quand est-ce que je vais pouvoir demander à Cécile de nous rejoindre ?
-Ca mon vieux, c'est pas mon problème, moi j'ai déjà tout préparé, j'ai acheté le gâteau, le champagne, j'ai lancé les invitations, il est pas question que je repousse. Et quand Galatée veut quelque chose, on serait bien avisé de faire ce qu'elle dit. Elle a été nommée juge de Vipercanyon, c'est vous dire si ses paroles sont prises en considération. Alors, Hélios, prends patience mon gars, pour l'enterrement de Cécile, faudra encore attendre un peu.
Y a pas à dire, ça fait plaisir de pouvoir compter sur sa famille pour vous associer à ses moments de bonheur. Galatée a toujours été une bonne fille, elle en a encore donné la preuve en organisant son mariage à proximité de ma tombe.
-Comme ça, papa, si tu nous vois, tu sauras qu'on pense à toi. Ouais, j'ai vu, par les interstices de la dalle un peu mal scellée. J'ai vu que Jacques a l'air d'une bonne pâte, si elle m'avait fait le même coup qu'à lui, elle aurait toujours pu l'attendre sa bague au doigt. Figurez-vous, -ça s'invente pas des trucs pareils-, figurez-vous qu'au moment de prononcer le oui solennel, Galatée entend le klaxon de la voiture officielle qui l'emmène à son travail. Elle fait ni une, ni deux, elle dit
-Oui, oui, je te veux, finis sans moi, je peux pas rater le boulot, j'attends une promotion. Et elle saute dans la bagnole en plantant la noce et le pauvre Jacques qui se demande de qui de quoi.
Jeanne qui écrasait une larme... -On se demande, les bonnes femmes, c'est quand même pas très logiques : Ce mariage elle en rêvait, et pour montrer sa joie, elle pleure. Allez comprendre ! Bref, elle s'empresse de se tamponner les yeux et elle invite tout le monde à aller porter un toast aux jeunes mariés. Jacques, à le regarder de plus près, c'est pas le gendre que j'aurais choisi. Une fois débarrassé de sa sulfateuse à cafards et de sa casquette, on voit bien qu'il a tout de la tête de singe. Je me demande la tronche des gosses. Parce qu'il a quand même ça de bien : Il rêve que de faire des gosses.
Question économies, on n'a pas encore fait l'affaire du siècle, 1 000 $ comme Romuald, pas un sou de plus. Vous direz avec 160 000 $, on n'est pas encore sur la paille. Mais quand même ! On pourrait espérer que les nouveaux-venus contribuent à faire grossir le magot.
Heureusement que Galatée a décroché sa promotion, elle aurait eu bonne mine de pas l'avoir après le coup du mariage planté. C'est madame le sénateur maintenant qu'on l'appelle. Plus qu'un petit effort, et elle décrochera la mairie, son rêve. Je vous passe sous silence le cinéma qu'elle a fait en rentrant du boulot :
-C'est mouâ ! regardez mouâ, qu'est ce que vous dites de mouâ ? Moi, je lui aurais dit de se grouiller de grimper dans la limousine où le pauvre Jacques l'attendait depuis des heures. Mais est-ce qu'on m'a demandé mon avis à mouâ ?
Vous allez voir comme elle est maligne Séphora. Sitôt la noce terminée, elle a même pas pris le temps d'enlever sa robe de demoiselle d'honneur et elle est allée trouver Jeanne, flanquée d'Hermione.
-Maman, on a quelque chose à te dire. Jeanne se fera toujours avoir. Que voulez-vous, elle est trop bonne et elle se figure encore à son âge que tout le monde est comme elle.
-Quoi donc ma fille ?
-Ben voilà, avec l'arrivée de Jacques, tu crois pas qu'on est de nouveau surtassés dans cette maison ? Surtout que j'ai entendu Galatée lui parler des prénoms de leurs futurs enfants...
-Que veux-tu, c'est de leur âge, quoi de plus adorable qu'un petit bébé ?
Décidément, elle la cherche la trique pour se faire battre
-Je sais que tu as toujours aimé les enfants maman, (où elle est allée pêcher ça ?) alors-voilà, j'ai pensé, NOUS avons pensé, hein Hermione ? Si tu voulais bien nous donner notre part de l'héritage de papa, on pourrait s'installer dans une maison pas trop loin, comme ça je pourrais continuer à voir Jean-Pierre de temps en temps.
JE l'AURAIS PARIE ! Elle lui refait le même coup qu'avec Hermès. Dis non, Jeanne, laisse lui son môme, Jean-Pierre Dubagne, je le digère pas et tu le connais le genre des rejetons de Romuald, c'est calamity-baby. Mais non, croyez vous, elle va gentiment le mettre au lit.
-Ah, tu veux me laisser le petit ? Tu es sûre qu'il ne va pas te manquer ?
Sûre et archi-sûre, c'est couru d'avance. Mais vous pensez bien qu'elle l'avouera jamais que d'avoir un gamin dans les pattes ça la gênerait pour courir les mecs
-Tu penses bien que oui (ce qu'il faut pas entendre !) mais si je le fais, c'est pour le challenge de papa.
Ouais, elle est un peu grosse la ficelle, et les deux filles, elles comptent pour du beurre ? Elle pouvait bien l'emmener son rejeton au lieu de débaucher Hermione, la descendance était déjà assurée de son côté. Mais Jeanne, des fois, ça naïveté frise la niaiserie.
-Tu es trop gentille Séphora, papa serait fier de toi.
GRRRrrrr !!!!
13 novembre 2005
5. La mort de Jeanne
Quand elles sont venues me faire leurs adieux, elles ont eu de la veine que la faucheuse ait cadenassé le cercueil. Hermione, je dis pas, elle est trop jeune, elle s'est laissée manipuler. Mais Séphora ! Deux fois qu'elle nous fait le coup de nous laisser ses monstres à élever. Est-ce qu'elle a seulement pensé au travail que ça représente ? Bien sûr qu'elle y a pensé, c'est même ce qui a dû la décider à quitter le navire comme un rat. Mais elle va pas être déçue du voyage quand elle verra le montant de l' héritage. Elle aurait dû lire le codicille que j'avais ajouté au testament au lieu de chipoter sur la somme : Si les enfants décident de quitter la maison, ils ne toucheront que 20 000$ qu'ils partent seuls ou en colo.
Ah, elle croyait bien cumuler sa part avec celle d'Hermione, ben elle croyait mal la mignonne !
Y en a un qu'a pas perdu de temps dès qu'il a eu vent de l'affaire, c'est Benjamin le gigolo. Il se voyait déjà chausser mes pantoufles et s'installer dans mon plumard. Tous les jours il venait faire sa cour à Jeanne au pied de ma tombe, pourquoi se gêner ? Et que je t'enlace pour te consoler, et que je t'embrasse pour sécher tes larmes, et que je t'entraîne dans le bain à remous... Bon, j'avais donné le feu vert à Jeanne, mais j'aurais été bien inspiré d'y rajouter une clause, comme pour le testament : refais ta vie avec qui te chante, sauf Benjamin Renaudin. Il m'énerve celui-là avec ses 70 printemps bien tassés et ses allures d'éternel jeune premier !
J'avais qu'à m'en prendre qu'à moi. Je devais bien me douter que depuis le temps qu'il guettait la place il sauterait sur l'occasion de s'incruster dans la famille. L'est pas fou le Benjamin, vous z'allez pas me dire qu'il a pas remarqué que les filles Dubagne, c'est quand même autre chose que les bonniches et les jardinières. Elles ont fait de brillantes études, leur carrière est assurée, et ça lui déplaîrait pas d'être dans la place quand elles seront en âge de faire un choix et que Jeanne sera venue me rejoindre.
Mais ça se passera pas comme ça, foi de Dubagne ! Faut qu'il arrête de se jouer des films. Le temps venu, je m'arrangerai pour faire savoir aux filles ma façon de penser.
Dès que la faucheuse a le dos tourné, j'en profite pour m'évader. C'est pas que j'ai pas confiance dans ce qu'on me raconte, mais je suis comme St Thomas: je crois ce que je vois. Alors je vais me rendre compte de visu de l'avancée des choses. J'ai trouvé un moyen peinard pour être sur de ne pas me faire voir. Je plonge bille en tête dans les lampes de chevet et de là, que la lumière soit : je vois tout, j'entends tout et j'effraye personne.
Parce que chaque fois que j'ai essayé de prendre contact avec quelqu'un, c'est hurlements garantis. J'ai tenté le coup avec Jeanne en croyant lui faire plaisir. J'ai bien failli la faire mourir de peur avant l'heure. C'est pas que j'aurais pas hâte qu'elle vienne me tenir compagnie, mais j'aimerais autant pas être l'artisan de son trépas. Elle serait bien fichue de me dire que j'ai fait ça par jalousie.
Jaloux moi ! Ben... peut être un peu.
Un dont je suis le développement avec le plus grand intérêt, c'est Jean-Pierre (grrrr !). Heureusement que mes enfants ne sont pas tous comme Séphora. Ils z'ont pas rechigné à l'aider à bien grandir. Ils s'y sont collés à chacun leur tour pour le bal des couches et des biberons. Même Jacques qui s'y est mis pour le coup de main. Il s'entraîne pour la naissance de son premier chimpanzé. Ca ne saurait tarder d'ailleurs, Galatée a revêtu l'immonde panoplie de grossesse que nous a laissée sa soeur en prime, et ça, c'est un signe qui trompe pas.
Pourrie-gâtée, la petite larve de Jean-Pierre a bien profité jusqu'à son anniversaire. J'étais planqué dans les bougies pour y regarder de plus près, curieux de voir quoi il allait ressembler celui-là. Est-ce qu'il va faire comme feu Hermes et nous jouer les gorilles accroché aux barreaux du lit ? That's the question.
Finalement, y a pas mort d'homme. Il est plutôt bien comme bambin. Il a la petite tête de fouine de son père, comme Hermès, mais question caractère, c'est le jour et la nuit. Il s'amuse tranquille comme Baptiste avec ses jouets qui encombrent le passage. Moi hé-hé, ça me gêne pas, je risque pas de me prendre les pieds dedans et de me ramasser une gamelle maintenant, mais c'est pas le cas de tout le monde.
On dirait même qu'il a compris que le but des jeux c'est pas de faire le plus de boucan possible, mais de servir à son éveil. Il s'applique consciencieusement sur les notes du xylophone et quand il n'arrive pas à encastrer ses cubes, il fait fonctionner sa cervelle. Pas comme l'aure Zébulon de sinistre mémoire.
Hein, dis ma Jeanne, tu t'en souviens ?
Ca y est les filles sont au courant pour le challenge. Elles sont toujours fourrées sur Internet pour tchatcher. Alors fallait bien qu'un jour où l'autre elles tombent sur mon roman. Ca a été une révélation, mais je sais pas si elles ont tout compris. Elles z'arrêtent pas de mettre le feu à la cuisine pour attirer les pompiers, et elles ont chacune le leur. Qu'est-ce qu'on a à foutre de deux pompiers ? Un seul suffit, mais allez faire comprendre ça à la jeunesse. Ca fait comme Orion et Hélios, c'est à laquelle s'accrochera son pompier en premier. Elles mesurent leur niveau de séduction à celui de la barre de relations.
-T'en es où avec Corentin ? Moi je suis devenue la meilleure amie d'Erwan. Je te parie tout ce que tu veux que dès que je serai majeure, il me demandera en mariage.
Laissons les rêver, c'est de leur âge.
Qu'est ce que je vous disais sur Benjamin, je parie que vous croyiez que j'étais qu'une mauvaise langue. Comment qu'il a rappliqué vite fait aux premières loges pour assister à l'anniversaire des jumelles. Il savait plus où donner de la tête en se pourlèchant les babines en vieux libidineux qu'il est. Laquelle qu'il mettrait dans son lit, ça c'était son big deal. Ca se voyait comme son nez de pinocchio au milieu de sa figure de bellâtre. J'entendais déjà la musique d'entre les deux mon coeur balance. Ca c'est un signe, cette vieille comptine des cours de récréation, c'est de mon âge et du sien, pas de celui des filles en fleur.
Faut pas qu'il oublie, le vieux machin, que l'eau est passée sous les ponts depuis le temps où il jouait aux billes. Et c'est pas parce qu'il s'obstine à porter des culottes courtes qu'il est de la première fraîcheur.
Ben côté choix, il a pas de veine, s'il veut mettre la main sur mon magot, après l'avoir mise sur ma femme, il lui en reste plus qu'une. Les deux filles se sont concertées après avoir demandé l'avis de Jeanne.
-C'est vrai mamounette, que si on a un enfant chacune avec le même type de NPC le deuxième ne comptera pas plus qu'un pet de lapin ? Jeanne a confirmé
-Oui, mes enfants, votre grand-père a toujours été clair là-dessus.
Quand on vous disait que ça servait à rien de mettre le feu à la cuisine chaque fois que vous cuisiniez une crêpe ou une omelette, vous voyez qu'on avait pas tort.
-Ben on fait comment alors ? On a l'air fines avec nos pompiers, constata amèrement Kalliste. Sapho brave fille a trouvé une solution.
-Ca ne sert à rien qu'on soit deux sur ce coup là, d'autant que l'oncle Hélios commence à déprimer, depuis le temps qu'il attend sa Cécile. On n'a qu'à tirer à la courte-paille pour savoir qui devra partir.
On m'aurait demandé mon avis, moi c'était tout vu, je gardais Sapho. Elle est autrement dégourdie que Kalliste. Mais qui se souciait de l'agitation frénétique de la lampe de chevet? Kalliste s'est mise à pleurnicher
-Mais je veux pas qu'on se sépare moi. Qu'est-ce que je deviendrai sans toi ? Et si c'est moi qui suis désignée, tu te rends pas compte, c'est pas rien de trouver une maison. Je sais pas comment faire moi.
Celle-là, pour être dans l'armée, elle a pas inventé la poudre. On a raison de dire qu'il faut pas confondre intelligence et instruction. Bardée de diplômes qu'elle est, mais dans sa tête, elle joue encore à la poupée. Sous son treillis de baroudeur, c'est dentelle et porte-jarretelles, la femme-objet par excellence.
Mais Sapho a eu pitié d'elle. Elle savait bien qu'il fallait pas être sortie de St Cyr pour trouver une maison à Vipercanyon. Elle a pris le taureau par les cornes.
-D'aaaaccord, j'ai compris, c'est moi qui pars. T'en fais pas Kalliste, c'est qu'une question de temps, dès que tu auras eu un gamin avec Corentin, tu pourras venir me rejoindre. Je te ferai une place à la maison.
Un qui faisait le nez, c'est Benjamin. Il venait justement de se décider pour Sapho. Mais faute de grive on mange des merles, et il a commencé à faire une cour éhontée à Kalliste. Jeanne ne se rendait compte de rien. Toute occupée à redevenir cuistôt en chef, elle avait des horaires déments. Et elle ne comprenait pas pourquoi son Benjamin si amoureux refusait à présent tout net de se faire draguer ou embrasser. Masser, dorloter, amuser, nourrir -(et il bouffe comme quatre le chameau)- Oui ! Mais draguer, Non ! Faut le voir avec sa tête à claques se draper dans sa dignité en soufflant
-Jeanne, attention, pas devant tes enfants quand même. Comme si ça l'avait jamais gêné avant. Résultat des courses, Jeanne est d'une humeur morose, et si la faucheuse se la ramène, elle peut dire bye-bye à sa tombe platine. Si c'était pas qu'une mort de townie c'est un malus pour le challenge, je me serais chargé de le faire mourir de peur. Je sais être effrayant quand je veux. Mais on se décarcasse suffisamment pour pas grand-chose, alors où va-t-on si on se met à jeter les points par la fenêtre ?
J'ai carburé dans ma petite tête -J'ai que ça à foutre de la journée remarquez- et j'ai trouvé la solution pour faire écrouler son château en Espagne. Si y avait pas moyen de l'atteindre lui, Kalliste, c'était du cuit d'avance. Je me suis planqué dans sa lampe, et le moment venu, je lui ai fichu une trouille du diable. J'ai pris ma plus belle voix d'outre-tombe et je l'ai surprise en plein sommeil, quand elle était le plus vulnérable.
-Kalliste ! KHAAAALLLISte ! Si jamais t'épouses Benjamin, gare à tes fesses ! Tu vas me faire le plaisir de continuer avec Corentin, autrement, je viendrai te hanter toutes les nuits. Tu pourras plus fermer l'oeil et tu crêveras d'épuisement. Ca a marché, comme sur des roulettes. Elle était verte de trouille la petite.
-ProOOomets, Kalliste, proOOomets, que tu feras ce que je te demande.
-Je promets ! Je promets ! qu'elle s'est empressée de répondre, je ferai tout ce que tu voudras, mais laisse-moi, dormir en paix. Je lui ai fait une horrible grimace pour qu'elle voit que je plaisantais pas et je suis pas mécontent de ma petite sortie. Maintenant, quand elle verra Benjamin, elle saura à quoi s'attendre.
Si jamais j'avais eu des doutes sur l'effet de ma petite visite, ils ont été vite balayés. Kalliste ne parle plus que de ça. Tout le quartier est au courant. Dès qu'un pékin en kilt se pointe, il est mis dans la confidence.
Et faut déjà le trouver le pékin en kilt à Vipercanyon. Non-mais y en a je vous jure, que le ridicule ne tue pas. Encore heureux me direz-vous, autrement on arrêterait pas d'encaisser des points de malus, pour peu que la lucidité leur vienne justement sur notre terrain.
Ce que je suis contrariant quand je m'y mets ! Mais faut bien s'amuser un peu. Voyez Hélios, lui son rêve, ce serait de voir mon fantôme. Ben je fais ma star capricieuse, je me montre qu'à ceux qui veulent surtout pas me voir. Hélios il sait jamais se contenter de ce qu'il a. Tiens, voyez, il était projectionniste, il a monté un film à la noix en y ajoutant des petits lapins pour faire gai et joli dans la plus parfaite mièvrerie. Contrairement à toute attente, le commanditaire était aux anges, au point de lui faire don de toute sa fortune : 75 000$ et il a retrouvé son statut de photographe indépendant. Y aurait de quoi vous faire sauter de joie, non ?
Ben non, pas lui. Il continue à tirer une gueule d'enterrement faute de pouvoir en organiser un vrai. Ah, vivement qu'il l'épouse sa Cécile et qu'il lui fasse passer l'arme à gauche qu'on en finisse.
Ca y est le petit singe est arrivé ! Y a bien que les parents pour pas se rendre compte qu'il ne présage rien de beau. C'est vrai que la beauté, ça se mange pas en salade, mais tant qu'à faire... Bon, on va pas épiloguer là-dessus. Jacques et Galatée se balladent en platine du matin au soir, c'est le principal. Et Jeanne a trouvé une nouvelle raison de vivre : s'occuper de l'animal. Remarquez, y a l'autre, le J... Jean-Pierre ! Elle voudrait bien faire son éducation également. Elle se rend pas compte que c'est trop de travail à son âge. J'espère que les parents seront plus sages et qu'ils lui imposeront pas ça.
Jeanne a été invitée chez Séphora pour l'anniversaire d'Hermione. Le temps de voir qu'elles n'étaient pas mal installées et que la petite avait bien grandi. Séphora continue à draguer tout ce qui passe à sa portée. Romuald vient de temps à autres faire un peu d'exercice au lit. Personne ne parle de reprendre Jean-Pierre. Mais ça, faut pas s'en étonner.
Dans les jours qui suivirent, je notai avec satisfaction que la leçon avait porté. Kalliste avait dû faire le mot à Benjamin, on ne vit plus le bout son nez pointu à la maison. Inconvénient mineur, plus moyen de téléphoner. Kalliste était pendue à l'appareil soit pour raconter son histoire de fantôme, soit pour faire ami-ami avec Corentin, son pompier. La seule chose qui me chagrinait, c'était de voir Jeanne ne plus penser qu'à son gigolo de Pinocchio. Parler à Benjamin, danser avec Benjamin, draguer Benjamin, et j'en passe... Ooooh, ça commençait à tourner à l'obsession cette affaire. Fallait que j'aille y mettre mon nez que j'ai toujours eu court et bien fait, moi !
On dit que la nuit porte conseil, surtout quand je m'en mêle. J'ai toujours été un manipulateur de première. Si, si, je l'avoue, mais quand on voit de quoi sont capables les gens quand on leur laisse la bride sur le cou, mieux vaut les tenir de main ferme. A présent que je suis fantôme, vous pensez si je me régale. Je suis la tête, ils sont les jambes. J'ai donc travaillé patiemment à lui remettre les idées en place en lui sussurant des conseils sitôt qu'elle avait fermé l'oeil. Assez rapidement, ni vu-ni connu-je t'embrouille, le Benjamin a laissé place à des désirs plus réalistes.
S'occuper de Jean-Pierre ou de Sirius était redevenu la grande affaire. Seulement voilà, en vieillissant, elle devient têtue comme une mûle. De Benjamin par ci, Benjamin par là, on est passés sans crier gare de Sirius par ci à Jean-Pierre par là. Elle en fait trop, elle se crève, elle y laissera sa santé. D'autant qu'elle a entrepris de demander des leçons de logique à Galatée pour en finir avec la place de sous-chef de cuisine. Elle voudrait bien régner en maître sur ses fourneaux.
-J'y comprends plus rien Galatée, tout est changé, on reçoit les sauces en surgelé, les assiettes sont à moitié vides, on leur fait manger des capucines et des pensées, et les clients en redemandent. C'est quoi cette nouvelle cuisine ? Elle s'accroche pour y arriver au dernier échelon de la cuisine, mais ouh lala, elle a du mal. En plus, elle est contrariée, car même à la maison, elle a retrouvé une concurrente pour les casseroles.
Hé-oui, parce qu'Helios a sauté sur le créneau pour faire emménager sa jardinière. Il a fait ça à sa manière habituelle, dans un flot de belles paroles et elle s'est même pas rendue compte qu'il ne parlait pas de fiançailles, et encore moins de mariage. Jeanne ne peut pas la piffer, elle se souvient du coup du homard et elle a la rancune tenace. Elle joue les belle-mères pénibles chaque fois que l'occasion s'en présente.
-Tu as gagné, t'es dans la place, mais je veille au grain. Hélios, n'est pas prêt de te passer la bague au doigt, ma fille, tu peux faire une croix là-dessus. Des baisers, tant que tu en veux, mais tu n'as pas intérêt à lui refaire le coup de la pilule si tu veux pouvoir le garder.
Le petit Jean-Pierre, -(ça y est, je m'y fais)- a bien grandi, grâce aux attentions de sa grand-mère, tout en platine, comme il se doit. C'est un phénomène ce gamin, au lieu de se précipiter sur le piano, comme tous les gosses de la famille, il préfère rôter dans le micro et s'entraîner à discourir comme il a vu faire Galatée. Je crois qu'on a pas de soucis à se faire pour l'avenir de Vipercanyon, une fois qu'elle sera dans la famille, la mairie ne changera plus de mains.
Une autre qui fait des prouesses, à ma grande surprise je l'avoue, c'est Kalliste. Elle a débarqué un beau jour avec une surprise sous le bras. Enfin, sous le bras, ça c'est vite dit, parce qu'elle était plutôt du genre encombrant la surprise. Mademoiselle a, à présent, son petit parcours du combattant perso pour s'entraîner aux manoeuvres. C'est qu'elle a été nommée sous-off, faut pas croire. Maintenant, elle a le droit d'aller au mess et c'est tout de même plus ragoûtant que le rata pour les bidasses. Si elle ne veut pas grossir, sa hantise, elle a intérêt à pas cracher sur l'exercice.
Elle s'en occupe, y a rien à redire.
Nous autres on était au parfum, mais le pauvre Jacques, lui il découvre les petits inconvénients de la vie commune avec Cécile. Ah, la bonne odeur de sueur relevée d'un soupçon de fumier qu'elle dégage quand elle se déplace ! Et pourtant, Jacques, il était habitué aux odeurs désagréables quand il chassait les cafards et les cancrelats. Mais là, c'est épouvantable, il regrette bien d'avoir remisé son masque à gaz aux vestiaires. Il fait comme tout le monde à présent, il se bouche le nez avec les doigts. Même les gamins, dans leur lit cage aimeraient avoir des pinces à linge.
Les choses suivaient leur cours normal, tout semblait devoir s'arranger, quand soudain... ce fut le drame.
Jeanne, fraîche et dispose après une nuit peuplée de rêves où, sans me vanter, je tenais une place non négligeable, s'apprêtait à mettre Sirius sur le pot, quand la faucheuse est arrivée.
-Jeanne, l'heure est venue ! J'espère que tes valises sont prêtes et que tes affaires sont en ordre. Tu vas rejoindre ton cher mari qui t'attend depuis trop longtemps. Jeanne, c'est pas le genre à se rebiffer, si on lui dit que c'est l'heure et qu'il faut y aller, faut y aller. Sa petite valise à la main -(pour quoi faire grand Dieu ?)-, elle est prête pour le voyage organisé, un sourire béat sur les lèvres.
-Bon, je vais par où ? Je suis le guide ?
Elle est sciée la faucheuse, devant tant de bonne volonté. D'habitude, les condamnés, ça pleurniche pour avoir du rab, et celle-là...
-Ben, minute, t'es pressée ? Tu veux pas boire le dernier verre du condamné ? lui propose-t-elle en lui tendant le gobelet avé les zombrelles et l'olive verte qui fait son charme.
-Ah, parce que j'y ai droit ? Mais... je croyais que c'était réservé ceux qui l'avaient mérité.
-WOUAH ah ah ! Elle est pliée de rire la faucheuse. Un gros rire caverneux qui fout une trouille bleue à Sirius. Mais tu l'as mérité Jeanne Marquès, t'as pas vu que t'étais en platine ?
-Je suis en platine ? Elle tombe des nues. Si vous croyez que j'ai le temps de m'occuper de ça avec les gosses à torcher et les aides aux devoirs. Mais... j'ai pas vu les vahinées, elles sont en grève ?
-Jette un oeil dans la cuisine, tu les verras en partant.
Effectivement, elles sont planquées dans la cuisine les deux nanas, en train de faire leur danse du ventre sous les yeux de Jacques et de Kalliste attirée par la musique des îles. Faut dire que dans le couloir, avec Jeanne, la faucheuse et Sirius, ça laissait pas beaucoup de place pour les Clodettes empapagnées. Jeanne leur lance un regard indifférent et se tourne vers la faucheuse, le sourire vissé sur le visage.
-Alors ? Je vais où ? Je fais comment ? La faucheuse hausse les épaules, elle aime pas trop qu'on la bouscule.
-Tu te laisses faire, tu verras bien. Et si tu te poses des questions, t'auras qu'à en parler à Max. Lui, il saura te répondre. Allez, viens, on va le rejoindre.
Alors ma poule, ben finalement, tu l'auras eue ta tombe platine. On est pas bien là tous les deux ? Tu m'as bien manqué, tu sais.
-Tu ne m'en veux, pas Max ? Je veux dire... pour Benjamin. Je l'ai jamais vraiment aimé, tu sais. Je me réchauffais de sa présence, il me rassurait. Oh, Maxou, j'ai versé tellement de larmes.
-Ne t'en fais pas pour ça ma Jeanne, c'est du passé, c'est oublié. Le principal, c'est qu'on soit enfin réunis. On sera pas trop de deux pour garder cette maison en ordre. On sera pas trop de deux non plus pour récolter les lauriers quand le challenge sera terminé. Notre challenge, Dubagne-Marquès. Oui, je t'associe, je crois que tu l'as mérité, et ça c'est un nom, tu peux me croire, qu'on sera pas prêt d'oublier.