14 novembre 2005
1. La vie continue
On ne peut pas dire que la mort de Jeanne ait laissé tout le monde indifférent. Mais ceux qui ont le plus trinqué, c'est encore les enfants. Le petit Jean-Pierre, notamment qui la considérait comme sa mère, par la force des choses. Son humeur platine a viré au rouge profond. Heureusement qu'à cet âge là, les chagrins sont vites effacés avec un nouveau jouet ou un petit baiser. On a frôlé de peu la visite du psychiâtre. Mais le lendemain, sans être platine, il se balladait de nouveau en doré. On l'avait échappé belle.
Un autre qui a dégusté pas mal, c'est le petit Sirius. Traumatisé qu'il était le gosse, après avoir vu la faucheuse. Lui aussi, il était dans le rouge sombre. Mais ses parents ont tout fait pour le consoler, et il s'est remis assez vite. Manquera plus qu'à terminer l'éducation que Jeanne avait commencé à lui donner.
D'ici qu'il devienne une merveille, y a encore du chemin à faire. Mais il s'en tire pas trop mal, l'animal, à première vue. Quand on le voit à côté de son père -(Vous avouerez que la nature l'a pas aidé celui-là)-, à côté de son père, il est d'uuu-ne beau-té ! Mais à y regarder de plus près, on ne saurait trop dire si on peut considérer qu'il a définitivement échappé à la malédiction de la planète des singes. L'avenir nous le dira.
J'espère que l'avenir nous le dira. Parce que Galatée a décidé que le climat était malsain. C'est vrai que le petit bambin avait une frousse bleue de voir un fantôme, et Galatée, on s'en souvient, était bien placée pour savoir qu'il m'arrivait parfois de me faire voir. Tout bien pesé, elle a jugé qu'il vallait mieux déménager. Tant pis, on n'empochera pas la prime de maire qu'elle décrochera sans doute dans un proche avenir. Avec le salaire de Jacques et ses indemnités de sénateur, je me fais pas de soucis pour eux, ils arriveront toujours à s'en tirer. Le seul problème, à présent, c'est de savoir qui de ceux qui restent pourra récolter les billets dans notre plantation de simflouzes. Avec Jacques et Galatée, on jouait sur du velours. Ils n'arrêtaient pas de s'embrasser, de se draguer, de se complimenter et ils étaient d'humeur charmante. Le petit Jean-Pierre aussi d'ailleurs, mais lui c'était après sa grand-mère qu'il cherchait son réconfort.
On était donc au point zéro, parce que Kalliste, elle aussi avait été très éprouvée par la mort de Mamounette.
Son salut, Kalliste, l'a dû à son pompier. Dès qu'il a appris la nouvelle de la mort de Jeanne, il est venu lui présenter ses condoléances attristées. Et de fil en aiguille, il a su se montrer indispensable. Aussi, Kalliste lui a-t-elle proposé de venir lui tenir compagnie dans sa vie et dans son lit.
Je commence tout de même à me demander si le choix fut judicieux. Le premier travail de Corentin, fut de se remplir les poches avec nos arbres à billets qui attendaient sagement que la bonne humeur revienne enfin dans la maison. Et puis, j'ai eu beau tendre l'oreille, j'ai pas entendu le mot " mariage ". La petite rêve d'une bague de fiançailles, mais serait-ce un oubli de sa part, ça non plus, il n'en parle pas.
Cécile est passée à l'attaque. A genoux elle a demandé à Hélios de l'épouser. Mais il est rusé, le fiston. Il n'a pas dit non... il n'a pas dit oui non plus. Il l'a couverte de compliments, et il est même allé jusqu'à se sacrifier une fois de plus en l'entraînant sous la couette pour faire crac-crac en priant le ciel pour que ce soit la seule et unique fois et que ce soit la bonne. Si jamais elle lui refait le coup de la pilule, il ne le supportera pas je le sens. Je le sens, et je le comprends. Vous me voyez là au premier plan, bien planqué dans la lampe de chevet ?
Kalliste et son aspiration famille, elle non plus n'a pas perdu de temps. Dès le premier soir, elle a allumé son pompier. Et ça m'étonnerait à moitié qu'elle ait bientôt des congés pour s'occuper d'un petit Dubagne. J'ai bien entendu une musique, mais c'est curieux, y avait de l'écho, je croyais bien entendre la même à l'étage et au rez-de-chaussée. Serait-ce qu'Hélios et Cécile ?
Ben, ça promet ! Je vous avoue que je suis curieux de voir comment ils vont s'en tirer maintenant qu'ils n'ont plus la grand-mère pour s'appuyer toutes les corvées.
Je le savais !!! Quand je l'ai vu se précipiter sur mes simflouzes le premier soir, j'ai bien senti que j'avais commis une erreur en insistant pour que Kalliste fasse la conquête de Corentin. Aujourd'hui, je m'en mords les os des doigts. M'a tout l'air d'un sacré coco encore celui-là. Sitôt la nuit de noces consommée, le voilà qui bassine Hélios avec ses soit-disant conquêtes.
-Tu peux pas savoir, Hélios, le prestige de l'uniforme. Moi les filles elles faisaient exprès de mettre le feu à leur cuisine, rien que pour me voir arriver. Corentin le bouc en train, qu'elles m'avaient surnommé. Ma réputation est faite, et j'y tiens. Rien qu'à voir le coup de biron que lui a lancé Hélios, on devine sans mal que ces deux là ne seront pas copain-copain.
J'ai eu confirmation de mes doutes par Jean-Pierre venu pleurer sur la tombe de sa grand-mère.
-Tu sais mamounette, Corentin, il a fait une nouvelle copine, Andrée, mais je sais pas si je dois le dire à Kalliste, je trouve qu'il exagère avec elle. C'est normal tu crois, qu'il lui dise des mots doux et qu'il danse avec elle tout collé. Moi je crois pas, parce que quand Kalliste est là, il fait semblant qu'il la connaît à peine. Moi je veux pas qu'il fasse de la peine à Kalliste. Je l'aime bien ma grande soeur, elle me fait des pâtisseries et des crêpes pour le petit déj. Tandis que Corentin, il me sort une boîte de corn flakes et il me dit de me débrouiller. Hein, que j'ai pas le droit de toucher à la cuisine ? Rien qu'à ma petite cuisinière en plastoc pour cuire des brioches. Et j'aime pas les brioches, bla, bla, bla... Ah, on voit qu'il s'est entraîné à discourir, Jean-Pierre, quand il ouvre la bouche, y a plus moyen de l'arrêter. Il me fait penser à Galatée.
Mais du coup, moi je me suis dit qu'il fallait que je suive ça de près. Mmmmouais, il a pas tort le gamin qu'il lui fasse du pied sous la table dès que Kalliste a le dos tourné, ça me semble pas très normal non plus. Tiens, on aurait dû le brancher avec Séphora, Ils auraient fait la paire. Je renifle ça à 100 mètres, après le défilé des mecs, on aura celui des nanas. Une aspiration à l'amour, c'est bien la pire calamité qui pouvait nous tomber dessus.
Pour le moment, la petite ne se rend compte de rien. Elle trimballe son ventre rond en roulant des mécaniques, comme si c'était un exploit. Remarquez, dans un sens, c'en est un : c'est pas donné à tout le monde de porter l'héritier de la 4ème génération de Dubagne. Mais tout ça, ça lui donne pas un atome de lucidité. Elle se laisse mener en bâteau par ce crétin de Corentin, qui est même allé jusqu'à la demander en mariage, un soir où elle l'avait surpris dans une position équivoque.
Qu'il la trompe, moi j'ai rien contre, mais surtout qu'il se fasse pas prendre. Kalliste elle a peut être pas inventé le fil à couper la margarine, mais elle met un point d'honneur à faire avancer mon challenge. S'il a le malheur de lui faire du mal... En tous cas, moi j'ai décidé de le condamner aux travaux d'Hercule de l'amour. Tant qu'à faire, puisque ça lui plaît, faudra qu'il en décroche 10.
Y en a une autre qui trimballe son bide fière comme Artaban : C'est Cécile. Elle a pourtant pas de quoi être fière, son gamin on se demande si elle le porte dans le ventre ou dans les fesses. Elles aussi elles ont pris de l'ampleur à peu près à la même vitesse. Mais aussi, faut voir ce qu'elle s'enfile. Heureusement qu'on a deux frigos, c'est le genre de fille qu'il vaut mieux avoir en photo qu'en pension. Encore que... non même pas ! En attendant d'aller bouffer les pissenlits par la racine, c'est notre garde-manger qu'elle pille.
Hé, Hélios, qu'est ce que tu fabriques ? J'espère que ça tient toujours ton idée de la trucider. Manquerait plus qu'il s'entiche d'elle. Je peux déjà plus la supporter.
Oui-ben Hélios, pour le moment, il a d'autres chats à fouetter. Figurez-vous qu'ils y ont mis le temps, mais ils se sont tout de même pointés, les extra-terrestres. Depuis le temps que j'entendais parler des enlèvements sans jamais en avoir vu la couleur, j'ai été servi. On a suivi ça bien installés depuis notre tombe, Jeanne et moi. C'était beau toutes ces lumières, on se serait cru le 14 juillet. En tous cas cette expérience n'a pas traumatisé Hélios. Moi, à sa place, j'aurais pas tellement apprécié qu'ils me balancent de leur soucoupe comme un vulgaire paquet de linge sale, mais pour lui, ça c'est un détail.
Qu'est ce qu'ils ont bien pu lui faire voir de si beau là-haut ? Ca je me le demande. Toujours est-il qu'il ne rêve plus que d'y retourner.
Kalliste a entonné le grand air de la mise au monde : aïe, aïe, aïe, je souffre, je souffre. Deux secondes avant, elle disait à Cécile sa hâte d'être débarrassée du fardeau, et maintenant, elle voudrait bien que sa grossesse ne se termine jamais. Ce que c'est changeant une femme ! Mais elle a quand même fini par nous le sortir son bébé ! Pour le prénom, elle a pu choisir, Corentin voulait tout bien. Comme il voulait un garçon et que c'est une fille, il nous la laisse. Pour lui, c'est pas vraiment sa fille, il considère que c'est une Dubagne.
Je vous ai pas dit son prénom ? Tssst, je deviens d'une distraction ! Zaniath, qu'elle s'appelle la merveille. Hélios a déjà choisi le prénom de son futur fils : Alioth. Alioth et Zaniath, ça me le ferait bien, ça, c'est des noms à la Dubagne ! En plus, je trouve qu'ils vont bien ensemble, comme ils seront presque jumeaux l'oncle et la nièce devraient bien s'entendre. Mais je vous dis pas le tintouin qui se profile à l'horizon pour les parents. Surtout que d'après ce qu'on raconte, après un petit tour dans l'espace, il arrive qu'on en revienne avec un petit cadeau en prime. Manquerait plus que ça, un petit fils vert ! Bon, ça compterait pour le challenge, mais là, c'est vraiment pas le moment. Trois bébés à s'occuper, pour le coup ça deviendrait le bagne !
Deux jours après, c'était au tour de Cécile. Elle a accouché en poussant des cris de goret à ameuter tout le quartier. Elle a donné naissance à un joli petit garçon. Joli, je m'avance, j'en sais trop rien, à première vue, il tient pas d'elle. Hélios n'en a rien à péter, c'est pas lui qu'on verra gagater devant le berceau. Mais il a quand même mis son grain de sel pour le prénom. Elle voulait l'appeler Narcisse, puisque la seule culture qu'elle ait c'est celle de son potager.
-Niet, ça sera Alioth, a décrêté Hélios d'un ton qui n'admettait pas de réplique. Mais il a fallu qu'elle réplique !
-Encore un de vos prénoms à la gomme, qu'on se demande où vous allez les pêcher. Hélios lui a agité la carotte sous le nez, en lui rappelant qu'ils n'étaient toujours pas mariés. Le mot mariage, c'est le mot magique, chaque fois qu'elle croit qu'elle a une chance, Cécile file doux comme un mouton. Elle a tourné les talons pour mettre Alioth au lit, en lui murmurant à l'oreille
-Pour moi, tu seras mon petit Narcisse. Tant que c'est que pour elle, on s'en bat l'aile !
Il semble qu'Hélios y ait échappé pour ce coup là. Il se porte comme un charme et il a commencé à mettre en place son plan d'attaque pour se débarrasser de Cécile. Il a mûrement réfléchi, le plus simple, c'était la noyade, j'enlève l'échelle, et... plus de Cécile. Mais pour avoir eu des échos de ceux chez qui c'était arrivé, il savait bien que les noyés, ça donne des fantômes pénibles avec les flaques qu'ils sèment un peu partout derrière eux. Déjà qu'elle se pose un peu là de son vivant question pénible, Cécile, c'était pas LA solution.
Il a également pensé l'affamer en lui faisant des réflexions sur son embonpoint. Elle se mettrait au régime, et il y aurait deux solutions : elle pourrait crever de faim ou, pour peu que je m'y colle, elle pourrait mourir de peur, étant en état de faiblesse. Ca, c'est pas encore exclus. Mais il a pensé à autre chose.
Je dois dire que je carbure aussi de mon côté et que je vais lui sussurer des petits conseils durant la nuit.
Alors, voilà, ce qui serait le top, c'est que Cécile s'électrocute. Ca donne des fantômes tout à fait cool, qui viennent pas faire suer les vivants. Dans cette optique, il bricole comme un malade, le vide-ordure, le four micro-ondes, l'ordinateur, et les ampoules. Et surtout, il lui ôte des mains tout ce qui pourrait la faire progresser en mécanique.
-Laisse, Cécile, c'est un travail d'homme, qu'il lui dit, quand elle se plaint que les cabinets sont bouchés ou qu'il y a une fuite au robinet.
Mais y a un grain de sable dans les rouages : le petit Jean-Pierre. Vous pensez bien qu'avec l'arrivée des bébés, ils n'ont pas trop de temps à lui consacrer, ceux qui font sérieusement leur travail. Alors, vers qui il s'est retourné ? Vers celle qui passe le plus clair de son temps à glander sur le canapé, la seule, l'unique : Cécile ! Il est à peine rentré de l'école en faisant la danse du scalp, son carnet de notes en guise de hache, qu'il demande où est Cécile. Parler avec Cécile, jouer avec Cécile, raconter une blague à Cécile... vous voyez le genre.
On voudrait pourtant, qu'il grandisse bien sur sa lancée, alors, là, c'est le big problem. Déjà qu'il a eu bien du mal à se remettre de la mort de Jeanne, et qu'il est à peu près le seul à présent de pouvoir récolter les billets de notre plantation, lui imposer ça, maintenant... Cécile lui doit une fière chandelle, mais tout n'est pas perdu pour elle.
Ca y est, il est tiré d'affaire. Il vient de fêter son anniversaire. Vous avez-vu le genre qu'il se donne ? Je crois pas qu'il plaîrait à son père. Quoique... l'habit ne fait pas le moine, on en a vu d'autres qui se donnaient des airs de malabar aux gros bras et qui donnaient dans la dentelle et les frou-frous dans le privé. En plus, -et ça, c'est la cata-, il ne savait que choisir comme aspiration. Que voulez-vous, il est doué pour tout ce gamin là. Alors, il s'en est remis au sort. Et le sort l'a pas gâté : Amour, mon bel amour, amour toujours, bref, c'est la poisse ! Déjà qu'il avait un sérieux concurrent avec Corentin, il a intérêt à faire fissa pour réaliser son désir impossible sur le temps de l'adolescence. Espérons que ses beaux discours l'aideront à faire des conquêtes. On va voir rappliquer toutes les nymphos du quartier, mais je crois pas qu'il y en ait assez pour qu'il puisse y parvenir. Si c'est ça, on verra bien comment se débrouille Corentin. Si Jean-Pierre lui dame le pion, je donne pas très cher de sa peau.
Ouh, la la, on a frôlé le drame, tout ça à cause du micro-ondes spécialement rafistolé à l'intention de Cécile. Personne dans cette maison, à part elle, n'aurait eu l'idée d'y toucher. Depuis que je l'avais acheté, sur une lubie de Séphora à l'époque ou il lui fallait tout et le contraire de tout, il n'avait jamais servi. Il était là comme déco, à prendre de la place dans la cuisine, mais comme on aime pas gaspiller, on l'avait tout de même gardé. Et voilà-t-y pas que Jean-Pierre décide de le mettre en route. Ca n'a pas loupé : court-circuit et le feu a pris dans la cuisine. L'alarme incendie s'est déclenchée, mais, allez savoir pourquoi, devait y avoir du foot à la télé, les pompiers sont pas arrivés.
Les jeunes, ça s'affole pour un rien. Ils étaient tous autour du feu, retenant leur envie de pisser ou de se faire un casse-croûte, à regarder les flammes au plus près. Résultat, Kalliste a commencé à flamber. Les autres se sont décidés à lui venir en aide, en se rappelant, -quand même !- qu'on avait toujours conservé des extincteurs à la maison. Mais, après Kalliste, c'est Hélios qui a servi pour le barbecue, et j'en tremble encore dans ma tombe, j'ai bien vu l'heure que pour lui, il n'y aurait plus rien à faire. Ah, ils ont bien éteint le feu, mais il faut voir dans quel état s'est retrouvé le fiston. C'est bien simple, tout était dans le rouge, et le losange qu'on se trimballe sur la tête en permanence, s'était mis à l'unisson. Il s'en est tiré par miracle, mais on peut dire qu'on a eu chaud.
Je l'avais prévu que la jeune classe aurait du mal à s'en tirer sans Jeanne. Ce qui manque dans cette famille, c'est la concertation. Si Hélios avait un tant soit peu fait confiance, il aurait averti tout le monde (sauf Cécile) des pièges qu'il avait manigancés. Mais non ! L'incendie ne lui avait pas servi de leçon. Il pensait qu'il lui suffirait d'interdire à Jean-Pierre de se servir des appareils ménagers avant d'avoir suivi un stage de cuisine sur la Miam TV. Ce qui fut à l'origine d'une nouvelle catastrophe.
Faut déjà dire que pour l'enterrement, toute la famille avait rappliqué*. Ca, il faut reconnaître que les gosses sont solidaires. Il y avait bien sûr Séphora, venue aux nouvelles de l'héritage, et Hermione qui pousse à présent son adulation de sa frangine jusqu'à s'habiller comme elle. Il y avait aussi Mme le Sénateur, Galatée et Jacques, qui traficote dans la contrebande de clopes, un marché qui rapporte pas mal à ce qu'il dit. Et il y avait leur fils : Sirius.
*NDLA :Suite à bug, j'ai été obligée de repartir avec ma famille emballée, d'où le retour de Galatée.
J'ai pu constater que le petit Sirius s'était plutôt arrangé avec l'âge. Les racines simiesques n'avaient pas résisté à la branche Dubagne. Bref, il faisait un petit gamin tout à fait présentable, digne de perpétuer ma lignée, et ses parents étaient fiers comme des paons. Ils s'étaient sapés comme des princes pour la circonstance, faut dire qu'avec leurs situations, ils ont les moyens de se payer des marques. Mais la réussite sociale a un coût : Ils étaient si occupés à serrer des pognes et à courir les pince-fesses pour se faire des relations, qu'ils en ont oublié de faire une descente au labo pour boire de l'elixir de vie. Résultat, pour beaux qu'ils soient, ils n'en étaient pas moins vieux.
Après l'enterrement, ils voulaient inviter tout le monde chez eux pour fêter l'anniversaire de Sirius. Mais avec les bébés, ce n'était vraiment pas possible. Les enfants leur ont proposé
-Pourquoi vous ne resteriez pas quelques jours ? Trois de plus, trois de moins, au point où on en est... comme ça, on pourra souffler les bougies tous ensemble. Après les dénégations d'usage :
-Oh, mais non, ça va vous faire trop de travail... Suivies des :
-Mais-si, mais-si j'insiste, de rigueur, ils ont fini par accepter, bien contents de prendre quelques jours de vacances dans leur vie trépidante. Jean-Pierre était tout à fait ravi. Depuis le temps qu'il s'ennuyait dans cette maison avec personne à qui parler (mouais, Cécile, mais elle ça compte pas). Il couvait ce petit cousin providentiel comme une mère poule. Il ne le connaissait que par ouïe dire, et il allait sauter tout comme lui dans l'âge bête d'un jour à l'autre. Quelle affaire !
15 novembre 2005
2. Le sort des enfants entêtés
L'anniversaire s'est bien passé, c'est pas le problème. Galatée et Jacques, fiers comme des poux, pétaient de joie à la vue de leur petite merveille qui était à leurs yeux un fils idéal. Valait mieux d'ailleurs, puisque c'était le seul qu'ils avaient. Leur aspiration famille avait été entravée par leurs carrières respectives et leur fils unique avait grandi pourri-gâté, entouré de nurses et de précepteurs.
Hé-hé, je ris, mais y a pas de quoi. La seule chose qu'ils avaient oublié de lui apprendre, à la merveille, c'était la modestie et le goût du travail. Après avoir avalé le gâteau, il fallait faire la vaisselle.
-C'est pas un problème, si tout le monde s'y colle, ce sera vite fait, lui dit Kalliste en lui tendant un torchon.
-Ou ben mieux, t'as qu'à faire comme moi, tu lèches ton assiette, y aura plus qu'à la ranger, lui suggère Jean-Pierre.
-Mais c'est cradingue ! -Là, il a pas tort Sirius. Qu'est-ce qui m'a foutu des manières pareilles. De mon vivant, ça aurait été un aller retour vite fait bien fait sur la figure. Mais que voulez-vous, à présent, paraît qu'on peut plus rien leur dire. Ca préfère faire l'autruche, et ça se plaint que les gosses n'obéissent pas.
Sirius, le prit de haut
-Vous n'avez même pas de lave-vaisselle dans cette baraque ?
Il en revenait pas d'être tombé chez des ploucs pareils. A croire que sa bouillie, il l'avait bouffée dans une assiette dorée, à la cuillère d'argent.
-Ben si, s'excuse Jean-Pierre -(Ouh, la honte, de passer pour un plouc aux yeux du cousin de la ville !)- mais bon... il est en panne, on peut pas s'en servir. Mais on a l'eau chaude au robinet, ajoute-t-il des fois que le cousin croirait qu'ils la tirent encore à la pompe à bras. Oui, ben Sirius, ça ne l'impressionne pas. Il hausse les épaules et secoue la tête l'air de dire : pauvres nazes !
-En panne ! Pfeuh ! Donnez-moi un tournevis, je vais vous arranger ça.
Jean-Pierre a bien hésité un peu. Il a regardé si Hélios était dans les parages et il lui en a tendu un. L'aurait plus manqué que le cousin s'imagine qu'ils n'avaient même pas de tournevis. Déjà qu'il avait la honte... Ca n'a pas loupé, Sirius s'est électrocuté en moins de deux, et il n'est plus resté aux parents que leurs yeux pour pleurer.
Et ils ne s'en sont pas privés avant de se consoler en se racontant des blagues salaces et en se jetant sur le gratin de macaronis.
Enfin, moi ça arrange bien mes affaires. Ca me fait un beau fantôme d'électrocuté pour mon challenge et une compagnie pour sortir. Parce que Jeanne, pour lui faire quitter son cercueil capitonné, c'est la croix et la bannière. Elle ne sait pas ce qu'elle perd. Ce qu'on peut s'amuser à hanter la maison. Les chaises qui volent, les lampes qui pètent, les lits qui se soulèvent... c'est nous ! Sirius, je l'ai tout de suite mis au pas
-Ici, c'est moi qui commande, et tu fais ce que je te dis. Là, je te dis d'aller foutre la frousse à Cécile (comme par hasard!) et il y va.
Vous voyez, qu'il suffit d'être ferme, on finit toujours par se comprendre.
Regardez-moi si elle a l'air bête la Cécile ! Y avait bien qu'elle pour accepter de porter ce costume de tarés qu'ils vous donnent chez les Lamas. Moi, si vraiment ça avait été une période de noir chômage et qu'il n'y aurait pas eu une petite place dans la cambriole, peut-être que je serais rentré chez les Lamas. Mais je me serais coulé dans un trou de souris pour pas qu'on me voie. Et regardez là parader, en criant à qui veut l'entendre qu'elle est rentrée du boulot. Galatée et Kalliste le font, alors pourquoi se priver ?
Sauf que Galatée et Kalliste, elles ont de beaux costumes, elles. Pas comme cet espèce d'accoutrement ridicule. Mais, pour elle, ça ne fait aucune différence.
Argh ! Quand je pense que toutes les astuces d'Hélios pour nous débarrasser d'elle sont tombées à l'eau après l'accident, ça me fout les boules. Figurez-vous que, sans se concerter, tout le monde s'est précipité pour appeler un réparateur. Résultat, ils étaient une bonne dizaine à se présenter le lendemain pour changer une ampoule. Y a plus rien de détraqué dans la maison, tout marche à merveille. Et on se demande... JE me demande comment on va s'en débarrasser de Cécile maintenant ? Je peux pas l'encaisser, mais elle grimpe les échelons 4 à 4 chez les tarés de Lamas, et le punching-ball, il est pas trop facile à décrocher. Alors, faudra peut-être prendre son mal en patience. Un jour viendra... sans doute, mais QUAND ?!!!
La vie a doucement repris son cours. Avec les deux petits derniers devenus bambins, il n'y avait pas le temps de chômer. Même Cécile a dû s'y mettre, non sans râler. Mais c'est tout de même elle qui a appris à Alioth à être propre. Hélios n'aurait pour rien au monde changé une couche. Il est un peu macho dans son genre. Moi, ça ne m'avait jamais dérangé de torcher les mômes, mais lui... il trouve que c'est un travail de femme. Côté boulot, il se débrouille pas mal, le voilà devenu Web designer indépendant.
Le soir, quand je vais rôder dans la maison, je me penche au-dessus des berceaux des bambins pour voir s'ils seront dignes de continuer mon challenge. Faut pas se plaindre. A première vue, Alioth ne s'en tire pas trop mal et la petite Zaniath est mignonne à croquer.
Voui, faut pas se plaindre. Regardez-y de plus près vous aussi. Il n'a pas hérité de la bouche de crapaud de Cécile à première vue, ou ce sont mes yeux qui me jouent des tours ? C'est vrai que d'être plongé dans l'obscurité une bonne partie de la journée, ça n'arrange pas la vue. Je suis devenu comme les chats, j'y vois mieux la nuit. Et ce que je vois ne me fait pas toujours plaisir, loin de là.
Je vois ma maison ressembler de plus en plus à un vrai capharnaüm. De mon temps, il y avait bien des jouets qui traînaient, mais des biberons sales qui attirent les mouches, des assiettes pas lavées, des plats qui moisissent sur le rebord de l'évier, on n'aurait jamais vu ça. Pourtant, nous avions eu de vrais jumeaux, Jeanne et moi, et nous n'étions que deux pour nous en occuper, et là, ils sont toute une armada et c'est la chienlie.
Jacques et Galatée se sont définitivement installés, ça ne leur disait rien de retourner dans leur maison après la mort de Sirius. Ils ont bien joué, ils se sont proposés pour donner un coup de main. En fait de coup de main, ils pensent surtout à leur carrière et comme Cécile s'est fait pas mal d'amis sur le stade, ils essayent de profiter de sa popularité. Faut dire qu'elle la soigne sa popularité la miss, elle n'en fout pas une ramée à la maison, dès qu'elle rentre, elle se précipite sur le téléphone, et ça dure pendant des heures et des heures. Tout juste si elle n'oublierait pas de mettre Alioth sur le pot. C'est pourtant le plus fort de son boulot.
Vous la voyez, se prélasser sur le lit en petite tenue ? Si c'est pas une honte !
Non, je l'aime pas, je l'aime pas ! J'ai bien le droit d'avoir mes préférences, non ? J'ai qu'une seule crainte, c'est qu'elle veuille un autre enfant. C'est pas exclus, vu qu'elle a une aspiration à la famille. On a tenté le sort avec Alioth, et il semble qu'il se soit montré assez clément, mais faudrait pas courir des risques inutiles non plus. Vous nous voyez avec un héritier à la bouche de crapaud ? Et vous nous voyez avec toute une nuée de petits crapauds jusqu'à la dixième génération ?
Ca, jamais ! Si Hélios ne veut pas s'en occuper, je sens que c'est moi qui m'en chargerai.
Oui, ben je commence à comprendre... Bien sûr qu'il a pas le temps de s'occuper de Cécile, Hélios, il a d'autres choses bien plus intéressantes à faire avec la bonne. Elle est plutôt gironde la bonne Lucie, et elle risque pas de ramasser la poussière avec sa jupe. Alors, pendant que Cécile s'occupe d'apprendre à Alioth à être propre, ça lui donne du temps pour draguer. Ca c'est sûr, il en aurait un peu moins s'il devait s'occuper de son fils. Il lui a appris à parler, c'est déjà pas si mal, vous me direz.
Y a quand même des gens qui cachent bien leur jeu. Voyez Jacques, il passe ses journées à se faire des mamours avec Galatée. Ca se complimente à tours de bras, ça s'embrasse à bouche que veux-tu, ça se raconte des blagues, pas toujours de très bon goût... d'ailleurs, je me demande si c'est avec ce genre de blagues à deux balles qu'elle compte décrocher la mairie Galatée. Elle ferait mieux de s'occuper à mettre au point de beaux discours pour endormir les administrés.
Pour en revenir à Jacques, on lui donnerait le bon dieu sans confession avec son air pépère. Croiriez-vous que c'est un génie du crime ? Si, si, je vous l'affirme, c'est un tueur de la pire espèce, mais il ne se fait jamais attraper. Il pourrait donner des leçons à Hélios. Y a une chose qui me chiffonne un peu, c'est que sa carrière de malfrat, il devait l'avoir commencée quand il était désinsectiseur, parce que la récompense professionnelle, on en a jamais vu la couleur. Pas fou le Jacques, un détecteur de mensonge, chez une politicienne, c'est risqué !
Tout arrive un jour, suffit de savoir attendre. La petite Zaniath a quitté ses couches et s'est retrouvée dans la peau d'une belle petite gamine. C'est pas elle qui dépareillera la famille, elle a tout des filles Dubagne, même la coupe de cheveux. Elle se promène avec son auréole de platine, et piaffe d'impatience pour aller à l'école. Elle ferait mieux de profiter de ses vacances, elle sera moins jouasse quand elle devra faire ses devoirs. Ils sont fous les instits, c'est-y des choses à faire que de leur donner une tonne de devoirs tous les jours ? Ce qui manque dans cette école, c'est un syndicat d'écoliers.
Ah, si Galatée manque d'idées pour son programme des élections, elle a qu'à venir me voir, je lui en donnerai moi, des idées.
Un autre qui a bien grandi, c'est Jean-Pierre. Enfin, quand je dis qu'il a bien grandi... je parle du physique.
C'est pas qu'il a mal grandi autrement, disons qu'il s'est fondu dans le décor : moyen-moyen pour tout.
Pour quelqu'un qui devait nous faire des étincelles amoureuses, il est plutôt éteint. On sait toujours pas s'il marche à voile ou à vapeur, mais ce qu'on sait à présent, c'est qu'il ressemble à son père comme deux gouttes d'eau. Romuald peut pas le renier celui-là ! Ben, vous me direz, les jumelles, il avait pas eu tort de les renier, puisqu'il s'avère qu'elles n'étaient pas de lui. Avec son air bête, Romuald, il avait tout de même trouvé louche que les visites du facteur se terminent au lit. Au fait, qu'est-ce qu'il devient le Paco ?
C'est vrai que maintenant que Séphora n'est plus là, y a rien qui l'attire par ici. Mais il pourrait venir voir sa petite fille, ce malotru, au lieu de nous jeter les factures dans la boîte et de se sauver comme un malpropre.
Vous me direz... je vois pas pourquoi je m'en prends à Paco, parce que Romuald, on peut pas dire que ses visites nous aient beaucoup dérangés. Séphora ne s'est peut-être pas beaucoup occupée de son fils, mais Romuald, il s'en est royalement tamponné le coquillard. Bon, moi j'ai décidé de m'en occuper. C'est vrai, faudrait peut-être qu'il se décide aussi à faire quelque chose pour le challenge. J'ai bien préparé mon coup. J'ai attendu un soir qu'il avaitle casque pensant vissé sur la tête pour aller lui faire la morale.
-ALORS ??? T'en es où dans le décompte des baisers langoureux ? Parce que m'a tout l'air que t'en es au niveau zéro + zéro = la tête à Toto. Il était vert de trouille le petit Jean-Pierre, mais il a tout de même pris le temps de m'expliquer.
-C'est pas ma faute Max, on avait mal vu les dés, c'est pas l'aspiration amour que j'avais, c'est la famille.
-ENCORE !! Mais ça piétine ce challenge, puisqu'il n'y en a pas un qui se décide à partir. Ah, vivement qu'ils viennent me rejoindre au cimetière que ça fasse de la place pour les autres. Bon, mais pour la famille, faut quand même s'occuper des filles, et je te vois pas beaucoup draguer. Je parie que t'es encore puceau, faudrait peut-être t'y mettre, t'as pas l'éternité devant toi, c'est pas comme moi. Il est devenu vert pâle
-Mais... Max, je demande pas mieux, mais je sais pas comment m'y prendre. Quel empôté !
-Tu sais pas comment t'y prendre ! T'as qu'à prendre modèle sur Hélios.
Il ne se l'est pas fait dire deux fois. Mais est-ce que je lui demandais de marcher sur les plate-bandes d'Hélios moi ! Le voilà qui se met aussi à courir après la bonne. Il s'est mis des lunettes de drague sur le nez pour vaincre sa timidité. Il est bourré de complexes ce gosse. Voilà ce que ça donne quand les parents s'occupent pas de leurs enfants : des gosses à problèmes.
Enfin, les lunettes aidant, il s'en est pas trop mal tiré. C'était pas à publier dans les manuels de drague pour débutants, mais ça a fait son petit effet. Lucie est toute retournée, elle ne sait plus lequel choisir entre l'oncle et le neveu. A sa place, moi je prendrais le plus jeune. Quoique... ça dépend pour quoi faire. Pour les enfants, le plus jeune c'est mieux, mais si c'est le plaisir qu'elle recherche, là, je crains qu'elle soit pas gâtée.
On aurait pu craindre qu'Hélios le prenne mal. Pensez vous ! Ca lui fait ni chaud ni froid. Depuis qu'il est Web designer et qu'il palpe un max d'argent, il n'a qu'à claquer des doigts et les filles lui tombent dans les bras. Faut dire qu'il en jette avec son petit cabriolet quand il va au boulot. Enfin, il a une nouvelle conquête. Vous la reconnaissez peut-être, Corentin, en son temps, avait déjà commencé à s'en occuper sérieusement.
Ce qui me fait penser, que j'ai complètement oublié de vous parler de lui depuis un bout de temps. Vous z'aviez pas remarqué comme il brillait par son absence ?
Kalliste est une bonne fille, courageuse et tout et tout, mais ce qu'elle peut être gourde quand elle s'y met ! Ah, question boulot, y a rien à redire, elle fait son trou dans l'armée, même si elle n'est pas taillée pour. Elle était dans le contre-espionnage, et maintenant, elle est je ne sais plus trop quoi, mais quelque chose de bien... Puisque je vous le dis ! Elle s'entraîne toujours au parcours du combattant, ça la distraît. D'ailleurs, ça distraît toute la smala. Allez comprendre, à l'armée, tout le monde traîne des pieds pour le faire, mais à la maison, c'est l'engouement le plus total. Si c'était pas si salissant...
Tout ça pour dire, qu'elle n'est pas franchement bête, mais elle est d'une naïveté qui m'exaspère. Il lui faisait gober n'importe quoi le Corentin : que les traces de rouge sur sa blouse, c'était à cause des tests sur les cosmétiques, que s'il était en petite tenue à 4 heures de l'après-midi, c'est qu'il faisait trop chaud dans ce désert, que non-non, il ne connaîssait pas la fille qui se pâmait dans le jacuzzi, il l'avait trouvée là par hasard quand il était rentré du boulot.
Bon, ça ne m'a amusé q'un temps cette affaire. Un jour, je me suis dit qu'il me fallait mettre les pieds dans le plat. Vous me connaissez, j'ai toujours été très patient, mais à présent que je joue les zombies, je suis d'une patience d'ange. J'ai donc attendu... une quinzaine de jours, puis je suis passé à l'action.
-Kalliste, Khaaaaliste ! Tu vas ouvrir les yeux nom de Diou ! Tu vois pas qu'il se fiche de toi ton Corentin !Tu vas me faire le plaisir de l'envoyer aux prunes, et plus vite que ça. Elle a bien essayé de protester
-Mmmmais ! C'est TOI qui m'as dit... moi, j'aimais mieux Benjamin et puis... J'ai laissé passer l'orage et j'ai été d'une mauvaise foi exemplaire.
-Est-ce que je t'ai obligée à l'épouser, hein ? Est-ce que tu m'as jamais entendu dire que je voulais que tu l'épouses ? REPONDS !!! Elle en tremblait la petite
-Bbben, jchais plus, moi. Je croyais...
-Tu croyais mal ! Je voulais pas plus de lui que de l'autre Pinocchio, il te suffisait de faire un enfant avec, et c'est ce que tu as fait. Maintenant la plaisanterie a assez duré, tu vas le virer vite fait. T'auras qu'à te trouver un gentil garçon comme mari, pas un qui te prend pour une nouille.
Faut savoir souffrir pour être belle, ça Kalliste le savait depuis longtemps. Mais pour être heureuse aussi, et ça, elle allait le découvrir. Après avoir versé des torrents de larmes, -mais elle a tout de même fait ce que je lui disais-, elle a trouvé à se consoler dans les bras d'un autre pompier : Michel. Elle est heureuse et amoureuse, et je n'en suis pas peu fier. Il m'a l'air gentil ce Michel, ils sont venus nous faire part de leurs fiançailles et ont échangé leurs bagues sur nos tombes. C'était assez émouvant, car Kalliste n'a pas de rancune.
-Maxou, je ne te remercierai jamais assez de m'avoir ouvert les yeux. Je te promets que je l'aurai à l'oeil celui-là, on ne me la refera pas. Comme quoi... je suis vraiment le pilier de cette famille. Qu'est-ce qu'elle deviendrait sans moi ?
16 novembre 2005
3. Un si gentil fantôme
Deux mois plus tard, c'était au tour d'Alioth de devenir un beau petit Dubagne. Mes deux derniers descendants étaient faits pour s'entendre comme larrons en foire. Zaniath avait pris quelques longueurs d'avance à l'école et commençait à ramener des 20/20, pour la plus grande joie de Kalliste qui, entre deux séances d'entraînement au parcours du combattant, avait trouvé le temps de lui apprendre à faire ses devoirs. La gamine avait vite pigé le coup, et il n'était pas rare de la voir apporter, à son tour, son aide à Alioth en faisant les devoirs à sa place. C'était bien dans la tradition familiale: les plus forts aident les plus faibles. C'est pas qu'Alioth soit plus bête qu'un autre, mais ce gamin ne pense qu'à jouer, je me demande ce qu'on pourra en faire, peut-être un clown ? Comme le métier n'existe pas à Vipercanyon, il pourrait toujours aller faire le pantin au carrefour en réglant la circulation. Ben quoi ? J'ai bien commencé comme ça, y a pas de honte !
Maintenant, il y en a un qui va devoir arrêter ses pitreries : c'est Sirius. Il s'amuse à faire peur aux gosses. Il se plante devant eux et leur fait des grimaces horribles. Forcément, ça les traumatise et à ce rythme là, ils vont finir par faire des cauchemars, ne plus oser dormir, être fatigués pour aller à l'école et les résultats scolaires vont s'en ressentir. J'ai décidé de mettre le hôla.
-Ca t'amuse encore d'effrayer mes petits enfants à ton âge ? Je suis sûr qu'en cherchant bien, tu pourrais te rendre plus utile que de jouer les créatures de Franckeinstein. T'as pas remarqué que depuis que la bonne a réussi à mettre le grappin sur les deux mâles encore verts de la famille, elle est beaucoup moins branchée boulot ? Ils ont besoin d'aide dans cette maison, et toi, tu vas leur apporter. Il a bien essayé de risposter
-Mais c'est pas marrant, moi j'aime bien faire peur, ça me distraît. Les journées sont vachement longues au cimetière, c'est la nuit que je m'éclate.
-Oui, ben tu vas t'éclater en rendant service au lieu de t'éclater en faisant le remake de King-Kong, c'est à prendre ou à laisser. Si tu ne prends pas, tes nuits seront aussi longues que tes jours, parce que je suis pas prêt de te laisser prendre l'air. Faire peur, c'est ma tasse de thé, et j'aime pas qu'on vienne baver dedans.
Il a su se montrer obéissant, maintenant il aide du mieux qu'il peut, il fait les lits... vous me direz, ça sert pas à grand chose vu que c'est la nuit et qu'ils vont être redéfaits aussi sec, mais c'est un bon début. J'allais pas le décourager pour si peu, je lui ai fait des compliments
-Tu vois, quand tu veux, tu peux être un bon fantôme, mais cherche bien, je suis sûr que tu trouveras encore d'autres petits services à rendre.
Il a cherché, et il a trouvé. Maintenant, au lieu de prendre des bains moussants dans la baignoire, il éponge la flotte, et il fait la vaisselle. C'est pas beau ça ?
La maison, recommence à prendre une allure soignée, et tout le monde peut s'occuper de ses petites affaires, sans se douter que Sirius apporte sa pierre à la reconstruction. Voyez, Jean-Pierre, il lui a fallu le temps, mais il a réussi à entraîner la bonne sur le lit et même dans le lit. On ne pourra plus le traiter de puceau, et on ne se demande plus vers quel bord il penchera, il a définitivement opté pour le plus conventionnel. Si seulement Galatée et Jacques avaient l'idée de partir, je sens qu'on aurait bientôt une nouvelle naissance. Mais ils s'accrochent ces deux-là. Je monte la garde auprès des bombonnes d'elixir pour être sûr qu'ils ne pourront pas s'en servir. Avec un peu de chance, ils nous ramèneront deux tombes platines d'ici quelques années. Ils ne sont pas trop difficiles à contenter, il leur suffit de s'occuper l'un de l'autre, se draguer, s'amuser, s'embrasser, tout le cinéma... et ils sont en platine de chez platine, à faire pâlir d'envie tous les bijoutiers de la place Vendôme.
J'ai failli m'étrangler de rire en voyant la panoplie de travail de Jacques. Moi, en ultra-sim, j'avais de l'allure, mais lui ! Visez un peu le genre qu'il a en génie du crime. C'est un mélange de spiderman et de Batman. Il oscille entre l'homme araignée et la chauve-souris, pour un ancien désinsectiseur, il paye.
Avec ça, sa casquette de pêcheur toujours sur le crâne parce qu'il craint le soleil... Ben oui, il commence à se dégarnir, même s'il passe des heures devant la glace à faire des arrangements savants avec ses cheveux afin qu'on ne s'en aperçoive pas.
Les promotions se succèdent dans la famille, d'abord, c'est Galatée qui a été nommée Maire de Vipercanyon. Le vieux sénile qui la précédait a fini par casser sa pipe et Galatée qui guettait la place s'est empressée de sauter dessus. Depuis des années, c'est elle qui préparait les discours pour le vieux sénile, les administrés n'y ont donc pas vu un grand changement.
L'autre qui monte, qui monte, c'est Kalliste, de sous-officier, elle est devenue commandant. Faut la voir grimper dans la jeep en faisant attention à ne pas filer ses bas. Je dis bien ses bas, avec porte-jarretelles et tout le décorum. Vous pensez tout de même pas qu'elle porte des collants ! La tenue est peut-être stricte, malgré la bardée de médailles et de galons qui l'agrémentent, mais en dessous, la féminité conserve tous ses droits. Pour qui, pour quoi ? Je vous le demande ? Heureusement que Michel Séguin passe de temps à autre à la maison pour en profiter, autrement, ce serait vraiment se donner du mal pour rien.
Et Hélios ? Me direz-vous. Et même si vous me le dites pas, je vais vous le faire savoir. Lui aussi il a atteint le sommet de sa carrière. Il est devenu pique-assiette professionnel. Il est toujours sûr de pas crever de faim. Monsieur va au boulot en hélicoptère s'il-vous-plait. Ca fait un boucan d'enfer, toutes les vitres du quartier se font la malle les unes après les autres, mais ça jette du jus, y a pas à dire. Il est encore assez aimable pour faire une petite place à Galatée. Enfin, c'est encore à voir si c'est lui qui lui fait la fleur, ou si c'est elle qui l'emmène, j'ai pas encore vérifié. Toujours est-il qu'ils sont deux à se partager le moyen de transport le plus bruyant de ViperCanyon.
Reste l'autre tache, alias Cécile. Elle commençait à en avoir marre de voir tout le monde être promu et pas elle. Parce qu'elle est jalouse en plus ! Alors elle s'est défoncée comme une malade pour gagner des points de physique, et elle a fini par devenir une star du stade. Y a bien que là qu'elle peut jouer les stars, au cinéma on n'en voudrait pas, sauf peut-être dans les films d'horreur. Enfin, elle est contente, c'est le principal. J'aurais voulu que vous voyiez la comédie qu'elle nous a fait quand elle a décroché sa promotion. Mais elle a eu beau se poser là en écartant les bras et en hurlant :
-Ouais, je suis une star ! Où sont mes fans ? Y en a pas un qui a lâché son occupation pour venir lui demander un autographe. Elle a replié les bras, baissé la tête et elle est allée s'entraîner, comme d'hab, pour essayer de devenir encore plus star que star. Mais qu'est-ce qu'il attend Hélios pour lui régler son compte ?
J'aurais dû m'en douter. Il est encore occupé avec sa nouvelle conquête. Pendant qu'il drague Andrée, il délaisse complètement les intérêts de la famille. Mais qu'est-ce qu'il peut bien lui trouver d'intéressant à celle-là ? Une townie ! Pfeuh ! Ca ne nous rapportera même pas un point pour le challenge. C'est plus avec sa tête qu'il pense, faudrait bien qu'on lui remette les idées en place.
C'est Jean-Pierre qui a servi de révélateur. Tellement content de s'être trouvé une copine, il n'a rien trouvé de mieux que de se fiancer avec Lucie, la bonne. Leur liaison, qui jusqu'à présent ne regardait qu'eux, a fait l'effet d'une bombe dans la maison.
Hélios, qui se fichait complètement de Lucie depuis qu'il fricotait avec Andrée, s'est soudain rappelé qu'il avait une option sur la bonne. Quand il a appris les fiançailles, au lieu de féliciter les amoureux, il est allé faire une scène à Lucie sous les yeux de Cécile. C'est pas qu'il l'avait pas vue, il la voit jamais. Il n'a même pas remarqué qu'elle avait changé de coiffure et que depuis qu'elle est star, elle se maquille moins moche. Enfin, elle essaye.
-Quoi ! Tu t'es fiancée avec Jean-Pierre ! Mais je croyais que vous étiez bons amis, un point c'est tout. Tu vas pas me dire qu'il est aussi bon que moi au lit ce blanc-bec. Tu vas pas tarder à regretter ton choix, mais tu pourras toujours courir pour me rattraper. La tête de Cécile, en apprenant qu'elle avait été cocufiée, je vous raconte pas. Elle a sauté sur la bonne, lui a donné deux gifles magistrales, a dit qu'elle s'opposait à ces fiançailles -mais ce qu'elle dit, hein ?...- l'a traitée de sale dévergondée, de coureuse, de briseuse de ménage, de tous les noms d'oiseaux qu'elle connaîssait -non, y en avait pas tant que ça-, et elle s'est mise à pleurer.
Elle aurait mieux fait de s'abstenir, le rimmel a coulé, elle était encore plus moche que d'habitude la star. On aurait dit une star du cinéma muet. Maintenant, tous ses frais pour se retaper sont tombés à l'eau, Hélios ne pourra plus la regarder sans se marrer.
Mais l'ambiance s'est sacrément dégradée chez les Dubagne. Rendez-vous compte: Un, Cécile jalouse Kalliste parce qu'elle réussit mieux qu'elle dans sa carrière. Deux, elle ne peut plus voir la bonne en peinture. Trois, son mariage avec Hélios est plus que compromis. Quatre, Galatée et Jacques jouent les pique-assiettes, ils sont tout juste bons à récolter les simflouzes entre deux baisers langoureux ou deux blagues salaces qu'ils échangent à longueur de journée. En plus, je me demande ce que vont devenir les relations entre Hélios et Jean-Pierre. Hélios lui pardonnera-t-il de lui avoir soulevé Lucie ? Essayera-t-il de prendre sa revanche en reconquerant la bonne ? Ca promet des lendemains pas tristes.
A y regarder de plus près, le gros problème, c'est tout de même Cécile, non ?
Heureusement qu'il y a les enfants pour apporter un peu de détente. On a jamais eu de problèmes pareils Jeanne et moi, faut dire que moi, les nanas... j'avais assez à faire avec la mienne, faut croire que Cécile n'est même pas à la hauteur au lit pour qu'Hélios aille regarder ailleurs. C'est vrai qu'on peut pas dire que c'était un mariage d'amour.
Ah, ce challenge, que de complications il amène dans des petites vies qui pourraient être si paisibles. N'empêche, pour Alioth, son père reste un héros. Il en a plein la vue de le voir s'envoler en hélico, ça lui permet de frimer sec devant ses camarades de classe. Quand Hélios rentre du boulot, en pleine nuit, Alioth vient toujours l'embrasser en lui disant des gentillesses. Il aura au moins gagné ça, malgré son malheur conjugal : un gosse aimant et dévoué, qui le juge pas
-Pourquoi maman elle arrête pas de dire que t'es qu'un sale type ? T'es le plus gentil des papas, et moi je trouve que t'es le plus fort. Y a qu'à voir, pour les devoirs, qui c'est qui m'aide ? C'est pas maman, elle est toujours en train de s'entraîner pour sauter le mur d'obstacles, et elle y arrive jamais, après elle pue, et elle a pas envie de s'occuper de moi. Je sais pas comment elle est devenue une star, moi mon idôle, c'est mon papa. Brave petit gars, il a bien compris que Cécile c'est le poids mort de la famille.
Dire qu'elle m'énerve, c'est un euphémisme, elle me saoûle, elle m'exaspère, elle me sort par les trous de nez. Elle a encore eu une promotion, maintenant, elle est entraîneur adjoint, mais si on l'écoute, le moindre but marqué dans l'équipe, c'est grâce à elle ou à ses conseils. Du coup, elle se croit obligée d'en arroser toute la famille. A kalliste, son ennemie intime, elle suggère perfidemment
-Tu me fais rire avec ton Michel, est-ce que tu sais seulement ce qu'il fait quand il n'est pas avec toi ? Eteindre le feu, éteindre le feu... je te signale que Corentin t'en disait autant, mais il oubliait de te dire de quel genre de feu il parlait. A Jean-Pierre, elle reproche ses amours ancillaires
-T'auras bonne mine quand t'auras épousé Lucie, qui c'est qui se payera les corvées de nettoyage quand on aura plus de bonne ? Compte pas sur moi, ma carrière avant tout. Et elle a le toupet de prédire que Zaniath va mal tourner.
-Y a bien que vous pour pas vous apercevoir qu'elle a un caractère de chien cette gamine. Je plains celui qui l'épousera, elle le mènera à la baguette.
Heureusement, Jean-Pierre n'a cure de ce qu'elle raconte. Il sait bien que les bonnes, ça court les rues à Vipercanyon. Suffit de mettre une annonce dans le journal et y en a dix qui se proposent pour venir vous faire le ménage. Mais Kalliste, bien sûr, influençable comme elle est, a pris au sérieux cette histoire de gamine vouée aux gémonies. Elle a fait ni une, ni deux, elle a décidé de la placer dans une école privée à la sinistre réputation. Le proviseur, Boris, ne plaisante pas avec la discipline, au moindre faux-pas, c'est le fouet devant tous les élèves réunis, selon la méthode anglaise.
-C'est une méthode qui a fait ses preuves, a expliqué Boris, je vous garantis que les enfants qui sortent de mon école filent doux comme des agneaux. Rassurée, Kalliste s'est mise en frais pour lui passer de la pommade, en le félicitant sur son établissement. Cet ex-surveillant de bagne, a bien apprécié
-Les jeunes délinquants, il faut les étouffer dans l'oeuf, c'est le seul moyen de ne pas avoir des délinquants tout court. Puis il a visité la maison en applaudissant à chaque fois qu'il voyait une récompense d'aspiration, et il y en a dans toutes les pièces ou presque, on ne sait même plus où les planquer. Remarquez, ils se donnent pas tellement de mal pour chercher non plus.
On a frôlé la cata au moment du repas, cet andouille de Jacques a crâmé les homards, puis le frigo était vide, l'a fallu de toute urgence faire venir le livreur. Finalement, tout s'est bien terminé, si on peut dire, parce que je ne suis pas sûr que les gosses n'auraient pas préféré la cata. Helios a fait de la dinde, Boris s'est lêché les pinceaux, et il a accepté dans la foulée de prendre nos deux présumées terreurs dans son bagne pour enfants.
Et tout ça à cause de QUI ? Je vous le donne en mille Emile : Cécile, Cécile, et encore Cécile !
Grrrrr !!! J'en peux plus, faut que ça finisse, si Hélios ne se décide pas, c'est moi qui m'en charge, elle crèvera je vous le garantis. Elle va payer pour ce qu'elle a fait à ma descendance cette bonne à rien qui se prend pour le nombril du monde. Je m'en vais sussurer une dernière fois à Hélios qu'il est plus que temps de passer à l'attaque cette nuit, on verra bien le résultat.
17 novembre 2005
4. La mort de Cécile... enfin !
Je lui ai glissé deux trois plans d'attaque à l'oreille, et le lendemain, Hélios, bien remonté contre elle, a décidé d'agir. ENFIN !!! Il a commencé par lui conseiller gentiment de poursuivre son entraînement en tapant comme une sourde sur le sac qu'elle avait gagné plutôt que d'aller tenter d'escalader pour la nième fois le mur du parcours du combattant sur lequel elle se cassait le nez. Cécile n'a pas marché, elle a couru dans la petite pièce qui ne sert à rien -( hé oui ! pourquoi se priver ? Y a des trucs à traîner partout mais on a une pièce qui ne sert à rien, rien que pour le plaisir). Dès qu'elle a été à l'intérieur, Hélios a verouillé la porte. Elle a mis un peu de temps pour comprendre ce qui se passait. D'abord, elle a commencé à réclamer un lit parce qu'elle tombait de fatigue.
-Ben tombe ! s'est dit Hélios. C'est ce qu'elle a fait.
Hélios en a profité pour aller vider le sac poubelle dans la pièce qui ne sert à rien. Les mouches et les cafards ont commencé à pulluler. Quand Cécile a repris conscience, elle a commencé à se douter qu'il se passait quelque chose d'anormal. Elle était sale comme un peigne, et elle a réclamé la douche. Comme si c'était pas son habitude de puer. Nan-nan-nan, ça n'a pas marché, Hélios gardait la clef de la porte bien calée dans sa poche.
ALors, elle a entonné la sirène pour réclamer les Wc. Comme s'il n'y avait pas assez de place dans la pièce ! Finalement, elle a fini par se faire dessus à deux reprises.
Elle pleurait, elle hurlait, c'était presque pitoyable, pour un peu j'aurais cédé, mais Hélios a été impitoyable. Toute la famille avait été ameutée par les cris qu'elle poussait et ils venaient la voir à chacun leur tour en s'excusant de ne pas retrouver la clef.
-Mais cherchez, cherchez ! Si ça continue, je vais crever là-dedans ! implorait Cécile.
La pôvre, elle n'avait rien compris au film.
Finalement, pour une fois, elle n'avait pas menti : elle a fini par crever. Mais ça a duré, ça a duré, je vous raconte pas, on commençait à croire qu'elle était increvable. De guerre lasse, tout le monde était allé se coucher, et moi j'étais retourné dans ma tombe en me rongeant les os des poings. Si bien qu'elle est morte, oui, mais de quoi ? Nul ne le sait. Peut-être de faim, peut-être d'épuisement, peut-être dévorée par les insectes. On ne le saura que lorsque son fantôme se décidera à faire son apparition.
Mais QUAND ? Voilà la nouvelle question. C'est que Cécile, c'était une tête de bourri, et son fantôme, tout pareil. Pour le moment, elle boude dans son cercueil, elle n'est même pas venue nous saluer Jeanne et moi. Ca se fait pourtant quand on est le dernier arrivé quelque part. Mais Cécile et le savoir-vivre... déjà qu'on se demandait si elle savait mourir.
La mort de Cécile, tout le monde s'en bat l'oeil, les enfants en premier. Ils savent que c'est grâce à ses bons conseils qu'ils sont dans le bagne pour enfants, et ils lui en gardent rancune. Mais comme ce sont de vrais petits Dubagne et que, ouf, Alioth n'a pas hérité de la bêtise de sa mère, ils sont les premiers de leur classe. Ca impressionne toujours les proviseurs ça, alors, il leur fiche la paix. Il compte les présenter au concours d'orthographe qu'ont gagné leurs oncles, tantes ou mère avant eux. Des bêtes à concours, ça se soigne, ça se mène pas à coups de trique. Et le proviseur l'a bien compris, si bien qu'ils jouissent d'un traitement de faveur, et Cécile, ça lui fera les pieds. Enfin, ce qu'il en reste !
Comme je vous le disais, l'intelligence, c'est déjà un bon départ dans la vie. Je me demande comment font ceux qui en sont dépourvus. Mais bon, c'est pas la question. Toujours est-il que les enfants se sont tirés du bagne sans trop de bobos. Alioth ramenait ses 20/20 ponctuellement, en exigeant que la terre s'arrête de tourner pour le féliciter. J'en connais un qui n'avait qu'une hâte, c'était de le voir grandir pour être débarrassé de la corvée. Mais c'était mal barré, vu ses brillants résultats, il avait toutes les chances pour être orienté vers un cycle long.
Zaniath aurait pourtant pu lui rabattre son caquet, Combien de fois ne l'ai-je pas surprise, lors de mes visites du soir, penchée sur les devoirs de son oncle.
Ben oui, son oncle ! Déjà que ça faisait bizarre lorsqu'ils semblaient être du même âge, je ne vous dis pas ce que ça donne maintenant que Zaniath a franchi le cap de l'enfance. Elle a d'ailleurs averti
-Moi, je dis que t'es mon cousin, j'ai pas envie d'avoir la honte au bahut. T'imagines, à la récré, toi dans la cour des petits et moi en 3ème, si on savait que t'es mon oncle ! Alioth avait tout intérêt à dire comme elle, parce que Zaniath, l'avait menacé
-Si tu te vantes d'être mon oncle, tu pourras dire adieu au coup de main pour les devoirs.
Alioth, a tout de suite vu où était la voie de la sagesse, même s'il se jurait secrètement de rétablir la balance le jour où il aurait du poil au menton. Mais d'ici qu'il la rattrape... Zaniath, elle se donne déjà des allures de femme fatale. Maquillée à l'extrême, jupe courte et genre rebelle, elle fait mine de ne s'intéresser qu'aux "vrais hommes" comme elle dit.
-Les mioches de 15 ans, je les laisse aux copines, ils gagnent des clopinettes dans leurs jobs d'étudiants, tandis que les hommes, les vrais, au moins t'es sure de pas bouffer de la vache enragée quand tu te mets avec. Bien sûr, elle ne parle pas de les épouser, d'après elle, c'est d'un ringard !
A la maison, maintenant qu'il y a une place de libre, les pronostics vont bon train. Jacques et Galatée, qui ne savent pas à quel point on attend leur mort pour respirer, donnent la bonne gagnante.
-Moi je te dis que Jean-Pierre va épouser Lucie, après il n'aura plus qu'à lui faire un enfant, et ça fera un point pour leur challenge.
-Pas sûr, répond Galatée, t'as pas remarqué le manège de Kalliste avec le proviseur ? Sous prétexte de se tenir au courant des progrès de sa fille, ils sont devenus comme cul et chemise ces deux là.
-Bobobo ! Tu ne me diras pas qu'elle irait faire un gosse avec un vieux ! Il est encore plus âgé que moi, et puis, si Michel savait ça, elle pourrait dire adieu à son mariage.
-Qu'est ce qu'elle ne ferait pas pour le challenge, elle est encore pire que papa avec ça, remarque Galatée. Elle ne se souvient pas qu'à son âge, elle aurait tué père et mère (façon de parler, je vous rassure) pour faire progresser mon challenge. Mais avec une aspiration famille et un seul enfant, décédé, qui plus est, il y a longtemps qu'elle a jeté l'éponge.
Il pète les plombs d'ailleurs son môme. Ca faisait trop longtemps que ça le démangeait, il a encore fallu qu'il aille semer la terreur. Cette fois, il s'en est pris à son père qui ne l'a même pas reconnu. Vous auriez vu le génie du crime écarquiller les yeux en soucoupe en poussant des cris d'orfraie. Tiens, oui, pourquoi d'orfraie ? Il aurait pas pu choisir des cris de chauve-souris pour coller avec son costume de naze ?
Bon, j'avais rien dit tant qu'il s'agissait que de Jacques. S'il avait pu le faire mourir de peur, ça aurait fait un poids mort de moins, mais c'est qu'il s'est enhardi devant mon silence, le petit monstre. Il est allé semer la panique en pleine réunion familiale. Helios a failli en laisser tomber ses homards, sacrilège ! Et j'ai bien cru qu'Alioth allait nous faire une syncope. Il était grand temps que je le rappelle à l'ordre le trouble fête.
Je l'ai collé de corvée de serpillère, avec ordre d'éponger toutes les flaques d'eau de la maison. Et les flaques, c'est pas ça qui manque. Heureusement qu'elle est pas morte dans la piscine Cécile, autrement, ce serait plus le désert, ce serait un vrai marécage. A ce que je vois, la plomberie, c'est comme de mon temps, ça fuit par tous les bouts. Je sais pas s'ils se rendent compte de la chance qu'ils ont les plombiers, avec une camelote pareille. Le réparateur, il ferait aussi bien de laisser son rond de serviette à la maison, il se passe pas un jour sans qu'on fasse appel à ses services. C'est peut-être pour ça qu'ils avaient décidé de monter une armée pour en finir une bonne fois.
Avec tout ça, faudrait peut-être pas perdre le fil du challenge. Hélios se met en quatre pour le faire avancer. Il pense déjà à la relève, et il a embauché un barman, ou plutôt une barmaid, pour la présenter à son fi-fils. Mmmmouais, elle aime le foot comme Cécile, ça c'est pas trop en sa faveur, mais Hélios en connaît un bout sur le ballon rond depuis Cécile, et il a pu lui tenir une conversation des plus passionnaaaaantes. Excusez-moi, j'en baille encore.
Mais faudrait peut être qu'il y mette un peu du sien le fi-fils ! Lui, le foot, ça lui sort par les trous de nez, il a de qui tenir vous me direz, mais c'est-y des façons de se boucher les oreilles pour ne pas en entendre parler ? Hein !!! Déjà qu'on lui sert la soupe sur un plateau, il ne faudrait pas qu'il fasse trop le difficile. Surtout qu'elle est plutôt pas mal, la barmaid, qu'est-ce qu'il lui faut à ce blanc-bec ? Tiens, il ne ferait pas mal de demander des leçons de séduction à Zaniath, elle pourrait parfaire son éducation.
Non, môssieur préfère courir après les gamines de son âge... enfin, quand je dis de son âge, elle sévit toujours dans le quartier la Sophie machin. Après l'oncle, il lui faut le neveu à se traîner à ses pieds de fille de glace. TOUT LE MONDE lui avait dit de ne pas s'intéresser à elle, qu'il se prendrait un râteau comme les autres. Vous croyez qu'il les a écoutés ? Que nenni, il a fallu qu'il s'y essaye, et il s'est cassé les dents dessus, comme les copains. Des filles comme Sophie machin, on se demande ce que ça fait dans le jeu. Ca ne sert qu'à perdre son temps. M'enfin, j'espère que môssieur Alioth aura tiré les conclusions qui s'imposent et qu'il arrêtera de tirer une tête de 6 pieds de longs devant la barmaid, tout à fait charmante, que je verrais d'un bon oeil me faire un petit descendant. On en aurait peut-être fini avec le musée des horreurs qui se profile.
Je suis infâme, je vous le fais pas dire. Je devrais être reconnaissant à ce pauvre Jacques, il est rentré du boulot tout content en faisant la parade nuptiale du gorille qui se tape la poitrine à grands mouvements de bras. La raison de sa joie débordante ? Il a fait chanter la ville de Vipercanyon, et comme c'est sa femme qui est le maire, la ville a chanté comme une diva. Elle lui a versé 60 000$, c'est quand même une somme ! Voui, ben, je lui en ai pas su tellement gré.
Ils commencent à m'énerver à durer ces deux petits vieux qu'ils sont devenus, lui et Galatée, toujours à se papouiller, à se complimenter, à ragoter, à se bisouiller... Ca les rend heureux ? Ben tant mieux, ils sont mûrs pour la tombe platine. Mais faudrait pas qu'ils s'éternisent, là ça commence à devenir lourd. J'ai tenté moi aussi de le faire mourir de peur. Pensez-vous ! C'est du dur à cuire, il est comme le roseau, il plie, mais ne rompt pas. J'en ai été pour mes frais, une fois de plus. Quel âge ça leur fait déjà ? 74 ? 75 ans ? Vous me direz pas qu'ils ont pas fait leur temps ces deux-là, ouste, de l'air, place aux jeunes. Je t'en fiche !
Kalliste a fait la preuve qu'elle savait mener les hommes. Je préfère pas savoir par quel bout, mais toujours est-il qu'elle a été bombardée général de l'armée vipercanyonnaise. Elle qui se désolait de ressembler au bonhomme Michelin dans sa tenue de cosmonaute, elle apprécie son nouvel uniforme. En plus, elle a de l'intuition la petite, au lieu de s'élancer dans la course à l'échalotte pour aller installer une nouvelle station spatiale, elle s'est penchée sur les fonds marins et bien lui en a pris : elle a ramené la coquette somme de 50 000 $. La famille Dubagne est à présent connue comme la plus riche de la région : 496 276 $.
Elle a du mérite, la petite, parce que sa fille s'ingénie à lui compliquer la vie. Le proviseur est venu, en personne, lui en toucher deux mots.
-Mme Dubagne,je dois vous avertir que votre fille nous cause bien des soucis, non qu'elle ne travaille pas bien, au contraire, ses notes sont excellentes, mais... comment dire ? Elle est un peu... très mûre, pour son âge, peut-être un peu trop.
Kalliste ne voyait pas ce qu'il voulait dire, elle se rengorgeait même
-Oui, elle a toujours été précoce, si je vous disais qu'à un an, elle parlait, marchait, et allait sur son pot comme une grande fille.
-Je n'en doute pas Mme Dubagne. C'est drôle comme il répugne à lui donner du "mon général" si c'était un homme, ça lui poserait sans doute moins de problèmes, mais là, c'est Mme Dubagne. Bref, il poursuivit
-A présent, c'est dans un tout autre domaine qu'elle fait comme une grande. Elle ne se contente pas de semer la panique parmi les garçons de son âge, elle drague tout ce qui porte un pantalon, et même un kilt. Les professeurs hommes ont pour elle toutes les indulgences, mais croiriez-vous que même avec moi, elle n'hésite pas à jouer de son charme et me fait des sous-entendus très clairs, comme quoi je ne lui serais pas indifférent.
18 novembre 2005
5. Un mariage et deux enterrements
Elle n'aurait pas dû être surprise Kalliste, elle voit tout de même bien que Zaniath est toujours entourée d'hommes, qui lui trouvent beaucoup d'esprit et en oublient qu'elle a tout juste 16 ans. Il faut la voir trôner comme une reine au milieu de sa cour. Elle ferait du charme à un épouvantail. Son aspiration à l'amour, elle la cultive soigneusement en remplissant son carnet de rendez-vous pour ne pas être prise au dépourvu quand le moment sera venu.
Faut dire qu'elle a tout pour plaire, la gamine, et elle le sait. Faut voir les comédies devant la glace, et je me retape, et je me pommade, et je m'admire sous tous les angles.
S'il y en a une qui aurait mérité de s'appeler Narcisse, c'est bien elle. Comme, le maquillage aidant, elle fait plus vieux que son âge, étonnez-vous que les hommes soient après elle comme les mouches sur la confiture.
Kalliste a déployé tous ses charmes pour enjôler le proviseur, et celui-ci ne savait plus où donner de la tête et des mains. Je crois qu'il en pince pour la mère, à défaut de s'intéresser au tendron. Il a promis de tenir Kalliste au courant de l'évolution des évènements, tout en lui recommandant de faire un peu de morale à sa fille. Ca tombait mal, Zaniath vivait un véritable drame. Malgré ses soins quotidiens, elle avait attrapé un bouton d'acné. Alors quand Kalliste s'est pointée avec ses leçons de morale...
-JE SUIS AFFREUSE ! Hurlait Zaniath décomposée. Maman ! Tu te rends compte, je suis couverte de pustules, plus personne ne voudra me regarder. Je suis si malheureuse, je voudrais mourir !
Kalliste, en bonne mère, n'a pas osé enfoncer le couteau dans la plaie. Au lieu de lui demander de mettre ses charmes en veilleuse, elle n'a su que la conforter dans son idée que les boutons ne sauraient la rendre repoussante à ce point là. Et devant le soulagement de Zaniath
-Tu crois ? Vraiment ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?
Elle a oublié ses bonnes résolutions. Tant pis pour Boris, elle se faisait fort de lui faire oublier les problèmes que pouvait lui poser sa fille.
Afin de vérifier si sa mère ne l'avait pas menée en bâteau, Zaniath a entrepris de séduire le livreur. Et elle se rendit compte, qu'en effet, boutons ou pas, elle était toujours aussi séduisante. Michel Chalumeau et de ce jour devenu un habitué de la maison. Pour le moment, il a su se contenir, il n'oublie pas que la loi à Vipercanyon est sans indulgence pour les détournements de mineure. Mais à la façon dont il surveille le mûrissement du fruit, on peut deviner qu'il attend son heure pour le cueillir.
Un qui n'a pas eu besoin d'attendre, c'est Boris. Il n'avançait même plus le prétexte des frasques de Zaniath pour expliquer ses visites de plus en plus fréquentes à Mme Dubagne. Il venait tout simplement "en ami".
Un ami qui m'avait tout l'air d'un amoureux transi, jusqu'au jour où il repartit en se frottant les mains après une petite visite de la maison qui s'était terminée par la chambre de Kalliste.
On n'allait pas tarder à être fixés. Quelques mois plus tard, Kalliste avait adopté le costume et la démarche de la femme enceinte jusqu'aux yeux. Ce qui ne fut pas sans provoquer un nouveau drame dans la famille.
Jean-Pierre, qui attendait avec une impatience bien compréhensible de pouvoir convoler en justes noces avec la bonne, voyait ainsi ses espoirs s'évanouir.
-Mais c'est pas vrai ! Vous le faites exprès ? Dès qu'une place se libère, vous sautez dessus comme la misère sur le monde, sans penser aux autres ! Vous croyez que Lucie n'a que ça à faire d'attendre, depuis le temps que je lui promets le mariage. Vous aurez gagné le jour où elle en aura marre et qu'elle se trouvera un homme disponible.
Bon, il ne laissait pas refroidir le plat, la plupart du temps, les journées de Lucie se terminaient dans son lit. Mais c'est vrai, qu'est-ce qu'ils attendaient pour tirer leur révérence les deux vieux ?
Nan-nan, toujours là, et toujours papouilles-mamours à longueur de journée. A force de ne servir à rien, enfin, à part leur paye qui n'était pas à négliger, ils avaient fini par se faire du lard et l'homme araignée promenait un ventre de bombyx tandis que Galatée avait tout dans les fesses. Mais ils s'aimaient toujours autant et on pouvait deviner que lorsque le premier se déciderait (enfin) à partir, le second ne lui survivrait pas longtemps.
Oui mais QUAND ?!
Sirius, Sirius, tu commences à nous courir ! Il est partout l'animal ! J'ai vu l'heure qu'il allait provoquer une fausse couche à Kalliste quand elle l'a trouvé en train de récurer la cuvette des WC. Mais non, ils commencent à s'habituer à sa présence depuis qu'il a arrêté ses singeries de grimaces. c'est devenu leur fantôme fétiche, Kalliste s'est contentée de grogner et quand Zaniath le voit mettre les assiettes dans le lave-vaisselle, elle lui balance du
-Salut Sirius, comme s'il n'y avait rien de plus normal.
Finalement, Kalliste a donné naissance à un petit garçon. Elle n'avait jamais voulu avouer le nom du père et tout le monde pensait que c'était Michel Séguin. Aussi furent-ils bien surpris en découvrant que le bébé était couleur café au lait. C'est Galatée, au comble du bonheur, -avec son aspiration à la famille, rien, à part les baisers langoureux de son mari, n'aurait su lui faire plus plaisir que l'arrivée d'un bébé- qui a clos le débat sur les "comment ça se fait ?" qui s'engageait
-Qu'est-ce que ça peut vous faire, qu'il soit blanc, noir ou vert ? C'est un bébé, non ? Et il est le descendant de Max, alors que demander de plus ? Comment vous allez l'appeler ce petit ange ?
Le temps que chacun aille chercher la liste de "prénoms à la gomme", comme aurait dit Cécile, Galatée s'est éteinte en platine étincelant. Ben, vous me croirez si vous voulez, on n'a même pas vu la faucheuse, on a juste remarqué une petite urne de rien du tout qui se tenait à la place qu'elle occupait deux minutes auparavant. C'est pas malheureux des choses pareilles ?
Alors qu'en rentrant du boulot, le bombyx, a eu droit à la corrida avec cocktail, vahinées et tout le tremblement, alors qu'il était tout juste en doré ! Allez comprendre !
Bon, la mort de sa femme lui avait porté un choc, mais pas tant que ça... Quand on lui a téléphoné la nouvelle au travail, il avait vite fait de réviser ses aspirations. Maintenant, il voulait toujours draguer, mais n'importe quel jupon aurait fait l'affaire. Ah, et puis, aussi, il voulait bouffer des côtes de porc, le porc !
Enfin, nous voilà débarrassés, on se comptera une tombe platine. Personne ne les regrettera ces deux-là. Personne ? Pas sûr, Hélios fait du lèche-botte post mortem. Il n'arrête pas d'aller se lamenter sur la tombe de Galatée en criant sa douleur d'avoir perdu son Jacques qui ne l'a même pas couché sur son testament. D'ailleurs, on n'en a pas vu la couleur des testaments. De même qu'on n'a pas vu la couleur de la tombe de Jacques. Il s'en est allé sans même une petite urne qu'on aurait pu revendre. Le seul problème, c'est que maintenant, il est comme Jeanne, indécrottable, et quand on veut accéder à la famille, ils posent toujours sur le portrait de famille, alors qu'il y en a de bien vivants, eux, qui n'y figurent pas. Encore un bug sympa !
-Alors, tu nous le dis comment tu l'appelles ton morpion ? a demandé Zaniath à sa mère qui descendait l'annuaire téléphonique pour faire part de la naissance de son fils, le second de la 4ème génération, à toutes ses connaissances. Kalliste a écarté le combiné, le temps de répondre
-Aleph !
-Ouais, Aleph, ça me botte, c'est un prénom sympa, a conclu Zaniath, avant de se mettre à gagater
-Il est mimi tout plein le petit Aleph, fait risette à ta soeu-soeur ! Arrrheu, arrrheu... Ce que c'est que les filles, dès qu'elles voient une nouvelle larve, même les plus intelligentes, donnent dans le langage rase-mottes.
Ce coup-ci, Jean-Pierre n'a pas perdu le nord. Il s'est précipité sur le téléphone, dès que Kalliste se fut décidée à raccrocher, et il a demandé à Lucie d'arriver aux aurores avec ses cliques et ses claques. Quand elle est arrivée, avant de partir faire son dur métier, il lui a dit de s'installer et de faire comme chez elle, parce que dorénavant, elle était chez elle ! Lucie, qui n'attendait que ça, ayant goûté à toutes les commodités de la maison, ne se l'est pas fait dire deux fois, et elle a vite pris au sérieux son rôle de maîtresse de maison. Elle nous a ramené 1000$, toutes ses économies. Tu m'étonnes qu'elle se soit pas faite prier.
Son premier travail, à peine débarquée, fut de se trouver une nouvelle tenue dans nos armoires. Parce que ses valises, c'est pas pour dire, mais elles étaient pleines de vent. A peine changée, elle a commencé à jouer les madames en embauchant du personnel pour la remplacer. Elle nous a trouvé une nouvelle bonne, qui s'appelle Lydia, mais ça, Lucie n'en a cure, pour elle, c'est "ma fille".
-Ma fille, vous me ferez le plaisir de faire la salle de bain dans les moindres recoins, il y a de la crasse dans les rainures de la douche. Oubliant que la crasse, c'est elle qui l'a entretenue.
-Oui madème, s'est contentée de répondre Lydia, qui me semble pas être une lumière non plus.
-Et puis après, vous passerez la tête de loup sous les lits. S'agit pas de pousser les moutons sous le tapis, j'ai l'oeil moi ! On ne me la fait pas.
-Oui madème.
Quand je le disais !
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à nous pondre des gosses comme ça ? Bon, que Kalliste nous fasse un deuxième lardon pour assurer la 4ème génération, j'en dis rien, c'est une précaution. Mais Jean-Pierre ? Avait-il besoin de se précipiter ? L'aurait pas pu attendre qu'Aleph soit tiré des couches ? Non, il a fallu qu'il s'y mette dare-dare dès le premier soir. D'après la petite musique qui est venue me chatouiller les conduits (je vous parle pas des oreilles, il y a longtemps que j'en ai plus, heureusement les cheveux des morts continuent à pousser, ça planque !), si je connais bien la musique donc, il y aurait encore du moutard dans l'air que ça me surprendrait pas autrement.
Ca y est, ils vont encore être tassés comme des sardines dans la baraque. Et les "grands" qui en sont encore aux devoirs, et les petits qui auront tout à apprendre, et les déménagements toujours impossibles... Va y avoir du piétinement dans le challenge, je vous le prédis !
Trois mois plus tard, on était fixés, Lucie était bel et bien enceinte. Ayant ainsi conforté sa position de "madame", elle ne s'en montrait que plus casse-pieds avec la nouvelle bonne. Tout lui était bon pour la reprendre et lui mettre le nez sur son incapacité à tenir une maison.
-Ma fille, vous ne me direz pas que vous n'avez pas vu le biberon qui traîne par-terre. C'est un véritable nid à microbes. Je vous préviens que je n'accepterai pas ce laisser-aller quand mon bébé sera né.
-Mais madème, j'étais en haut à faire la salle de bain, j'peux pas être partout. Osait répliquer Lydie qui connaissait mal l'engin.
-C'est pas une excuse ! Vous devez être partout où le devoir vous appelle, c'est une question d'or-ga-ni-sa-tion. Elle a gagné, ce jour là, Lydie a déclaré que sa journée était terminée. Elle commence à l'énerver sérieusement la madème, d'ici qu'elle nous rende son tablier... parce que s'il n'y avait que le ménage pour les opposer, ce serait trop beau.
Lucie a cru remarquer qu'Hélios ne laissait pas Lydia indifférente. Elle se souvient qu'en son temps, elle avait également craqué pour mon rejeton, et même si elle semble filer le parfait amour avec Jean-Pierre, rien ne dit qu'elle ne considère plus Hélios comme sa chasse gardée. Il n'y a pas besoin d'être devin pour voir qu'il continue à hanter ses rêves.
-Ma fille, que je ne vous reprenne pas à faire les yeux doux à monsieur Hélios. Les intrigantes dans votre genre, je les renifle à cent mètres. Dites vous bien qu'il n'est pas pour vous, il a d'autres chats à fouetter que les bonniches.
-Mais... madème, j'vous jure, j'ai jamais eu l'idée de séduire m'sieur Hélios, je le trouve bien gentil, c'est tout.
-Oui, ben, il peut être trrrès méchant, et moi aussi ! Alors, tenez-vous le pour dit, et que je ne vous surprenne pas à aller lui agiter votre popotin sous le nez. Je les connaîs vos manigances.
Et pour cause !
Comme si Hélios avait du temps à perdre avec les bonnes, même défroquées. Non, Hélios, il est aux prises avec le démon de midi. Puisqu'Alioth n'avait que faire de la barmaid, il a décidé de s'en occuper personnellement. La petite n'a pas résisté longtemps au charme du quadragénaire au top de sa forme qu'il est devenu. Moi, à sa place, je me méfierais, quand il est avec elle, il manque à tous ses devoirs, comme celui de féliciter son fils qui vient d'être nommé petit génie en titre. A son âge, il ferait mieux de songer à compléter ses barres de compétences pour le challenge, il perd du temps là. M'enfin, s'il se sent encore assez vert pour lui faire un enfant, on ne s'en plaindra pas vraiment, mais il va devoir patienter, les places sont chères à la maison.
Débarrassé de la corvée de devoir séduire Célia, Alioth peut s'en donner à coeur joie avec les ados du quartier. Tel père, tel fils, il court deux lièvres à la fois. Le jour où il arrivera à obtenir son premier baiser sera à marquer d'une pierre blanche. Pour le moment, après le râteau que lui a infligé Sophie, il joue la prudence. Il n'attaquera pas de si tôt.
Qu'importe, il a trouvé comment se satisfaire en nous ruinant. Vous avez pas remarqué qu'on recommence à voir pousser des pâquerettes ? Hé oui, il a pris modèle sur sa tante Séphora et il ne pense qu'à jeter l'argent par les fenêtres. Et un bar à plus de 1000 $, et une statue à 5000 $, et une chaîne hi-fi à 2000 $, rien n'est trop cher pour sa pomme. En plus, on tente le diable en ayant enlevé toutes les alarmes de la maison pour attirer les voleurs et les gendarmes. Il n'y a plus tellement de NPC disponibles à part eux, alors, on fait ce qu'on peut. Mais faut croire que notre pognon honteusement étalé ne les intéresse pas. Ils doivent s'imaginer que la maison est piégée, encore un peu, on leur mettrait une pancarte : Les voleurs sont les bienvenus. Attention, je parle des vrais voleurs, pas de ce petit crétin de Michel Seguin qu'a rien trouvé de mieux que de voler le nain de jardin qu'on avait offert à Alioth pour lui faire passer son envie de statue. Je commence à me dire qu'il a bien mérité d'être cocu celui-là. Voler des nains de jardin, pfuttt, pour ce que c'est beau !
Le plus sage dans cette maison, c'est encore Aleph. Du moment qu'il a le ventre plein et les fesses propres, il passe le plus clair de son temps à roupiller dans son lit cage. Tout le monde se relaye pour le câliner à ses moments perdus et il pète la santé. Jean-Pierre est aux petits soins pour lui, il ferait mieux de se ménager pour le sien, il verra quand il sera obligé de se lever en pleine nuit pour le nourrir. Mais pour le moment, il joue à la poupée, il se rend pas compte de ce qui l'attend. Il a insisté pour être nommé parrain. Il avait pas tellement besoin d'insister d'ailleurs, ça s'était jamais fait dans la famille, alors personne ne savait qu'il y avait une place à prendre.
-Et ça va te donner quoi d'être parrain ? lui a demandé Zaniath, pas bête.
-Je serai présent à tous ses anniversaires, c'est moi qui l'aiderai à devenir un adulte responsable. Il a de ces idées Jean-Pierre, comme si les gamins attendaient son feu vert pour grandir. Enfin, si ça peut lui contenter l'esprit...
Alors, il l'a eu son jour de gloire. Il bichait comme un pou en présentant son filleul devant le gâteau d'anniversaire.
-Souffle, Aleph, souffle les bougies pour devenir un grand garçon. Le gamin se contentait de rire en lui tirant la barbichette sous le regard attendri de Kalliste. Finalement, c'est Jean-Pierre qui a dû postillonner sur le gâteau, c'était bien le moins qu'il puisse faire en tant que parrain officiel.
Dès qu'il est devenu un petit bambin, Aleph a fait savoir, en se tortillant comme un ver, qu'il avait une envie pressante. Ce qui ne l'a pas empêché de se soulager avant que Kalliste n'ait le temps de l'installer sur le pot. Il a donc fait connaîssance avec la baignoire, sans même avoir pris son ticket. Ah oui, parce que pour profiter de la baignoire, c'est pire qu'à la Foire du Trône, faut faire la queue. Il y en a toujours un qui squatte en prenant un bain à bulles, celui qui dure plus d'une plombe, et on a beau avoir trois salles de bain à la maison, c'est JUSTEMENT celle qui est occupée qui attire la foule. Vous me direz pas qu'ils le font pas exprès.
Heureusement, enfin, heureusement... je sais pas si c'est vraiment une bonne nouvelle, toujours est-il que Cécile a fait son apparition. On sait qu'elle a toujours eu une sainte horreur des bains. Je suis bien placé pour le savoir, ils ont eu la mauvaise idée de l'enterrer à côté de moi, alors, je vous dis pas l'odeur de charogne qui plane au cimetière. Alors quand elle en voit qui se prélassent dans le bain moussant, c'est plus fort qu'elle, faut qu'elle aille les en déloger. Elle a pas trop besoin de se forcer pour les grimaces, mais elle se force quand même, et ils arrivent à en avoir peur à la maison. Il s'étaient habitués au fantôme de Sirius, mais celui de Cécile, c'est tout de même autrement plus effrayant. Parlez-en à Lucie, heureusement qu'il est bien accroché le foetus !
En tous cas, une bonne chose, on est maintenant certains que Cécile est morte de faim. Y a qu'à voir les descentes qu'elle fait dans le frigo pour être édifié. Maintenant, faudra toujours penser à vérifier les réserves, parce qu'elle vous descend une dinde en trois coups de cuillère à pot. Même morte, faut qu'elle continue à jouer les nuisibles, c'est plus fort qu'elle, c'est sa nature !
Ah, ils ont pas fini de trimer pour décrocher des promotions s'ils veulent pas que la cagnotte fonde comme neige au soleil, moi je vous le dis. Mais pour ça, faut pas se plaindre, Jean-Pierre est cambrioleur maintenant et Lucie a trouvé de la plonge à faire dans un resto. Elle est calée en cuisine, mais tout dans la théorie, niveau pratique, c'est zéro. A la maison, il lui retirent les plats des mains parce qu'elle nous fout le feu à la cuisine en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Enfin, s'il y en a qui aiment le crâmé, elle fera peut-être une belle carrière.
Bébé, bébé, bébé ! Jean pierre n'a plus que ce mot à la bouche, il vit sa future paternité comme l'évènement du siècle. Ah, elle peut être fière Lucie, elle l'a rendu complètement marteau. Je vois pas ce qui le rend si fier de lui, est ce qu'on avait besoin de ça ? Je vous demande.
Ce bébé, il aurait mieux fait de réfléchir à deux fois avant de le faire, il ne nous rapportera même pas un point pour le challenge vu qu'on avait déjà un rejeton d'homme de ménage. Il aurait mieux fait de semer utile au lieu de s'engouffrer dans la brèche dès qu'il y a eu une place de libre. C'est que les places sont chères à la maison !
Y a rien qui m'énerve plus que de le voir à quatre pattes faire l'andouille en parlant au ventre comme s'il allait lui répondre. Il a dû lire ça dans un bouquin de psychologie à deux balles, il s'imagine que le bébé l'entend. Le bébé, j'en doute, mais moi, oui !
-Où qu'il est le petit bébé, à son papa ? Gouzi, gouzi, il est bien là le pitit garçon ? Mmmmm ?? Qu'est ce qu'il fait ? Il fait dodo ? Il est bien sage avec sa maman ? Il lui donne pas trop de coups de pieds ? Mmmm ?
J'en passe, parce que, les âneries, qu'il débite, c'est aussi passionnant que la lecture de l'annuaire.
Et s'il avait raison l'animal ? Si c'était encore un garçon ? Tu parles d'une poisse ! Vu les circonstances, une fille c'est tout de même bien plus intéressant, ça n'a pas besoin de ramener ses conquêtes à la maison, il lui suffit d'un petit tour au lit et emballez, c'est pesé ! Ca nous fait tous les enfants qu'on veut sans qu'on se retrouve entassés comme des immigrés à fond de cale dans les boat-people.
Je surveille ça avec intérêt. Comment elle porte Lucie ? En rond ou en pointe ? A votre avis ?
M'a tout l'air d'être en pointe, c'est pas bon signe !
Gagné ! C'était encore un garçon. Zut de zut, de zut ! Bon, ils l'ont appelé Rahel, là, je trouve rien à redire, mais ENCORE un garçon... Grrrr !
Et puis voilà-t-il pas que mon Jean-Pierre nous a sorti une nouvelle lubie. Sa grande frayeur, tenez-vous bien, c'était de mourir vieux gars. Alors, sitôt Lucie débarrassée du paquet, il n'a rien trouvé de mieux que de la demander en mariage. Et qui il est allé se dégotter comme témoins ? Sophie, la nouvelle jardinière et Jacques, le réparateur. Faut dire que y avait pas foule à la maison pour son mariage vu qu'à présent, on a un nouveau bug : impossible d'organiser une fête.
19 novembre 2005
6. Une histoire à la noix
Quand elle a eu la bague au doigt, Lucie a laissé libre cours à son sale caractère. Maintenant qu'elle lui a passé la corde au cou à double tour, elle avait plus de raison de se gêner.
-C'est pas possible ! Y en a marre de tous ces bugs, cette maison est maudite ! Moi je voulais un grand mariage, avec des invités dans tous les coins, une limousine et un voyage de noces. Au lieu de quoi, on s'est mariés comme des malpropres. Faut faire quelque chose Jean-Pierre ! Ca ne peut plus durer. Débrouille-toi pour nous sortir de ce noeud de vipères.
-Mmmmais... tu sais bien qu'on ne peut pas déménager ma louloute, on est coincés ici ad vitam aeternam, s'est défendu Jean-Pierre. Vous croyez que ça l'a démontée ?
-Trouve une solution ! T'as qu'à faire marcher ta cervelle. Il doit bien y avoir un moyen pour sortir de là autrement que les pieds devants.
Il l'a faite marcher sa cervelle, Jean-Pierre, je peux vous le dire, surtout qu'il ne risquait pas d'oublier, tous les soirs, quand il rentrait du boulot, Lucie lui serinait le même refrain.
-ALORS ?! T'as trouvé une solution ?
Et tous les soirs, il était bien obligé d'avouer que la solution, c'était pas pour demain. Jusqu'au jour où, miracle ! A force de brain storming, il a fini par l'entrevoir.
Il s'est souvenu qu'il avait une mère. Faut dire qu'il avait de quoi l'avoir oubliée celle-là, il était pas étouffé par ses visites. Et il s'est souvenu également qu'elle avait promis de le récupérer un jour. Bon, normalement, c'est quand il était gamin qu'il aurait eu besoin de sa mère, mais en désespoir de cause, il est tout de même allé lui rappeler sa promesse. C'est pas qu'elle était ravie-ravie Séphora. Tu penses, pour draguer, à l'âge qu'elle a, ça la fout plutôt mal de présenter un fils de l'âge de ses conquêtes. Mais, il se trouve qu'elle souffrait d'une maladie inconnue et qu'elle s'est dit que Jean-Pierre pourrait prendre soin d'elle. Quand il lui a dit qu'il gagnait bien sa vie, ça a fini par la décider.
-Bon, d'accord, tu peux venir, mais je te préviens, faudra m'aider pour agrandir la maison. On a juste une chambre ici, qu'on se partage Hermione et moi, je vois pas où je te caserais toi et ta petite famille.
-T'inquiète pour ça, j'ai des économies, on fera les travaux qu'il faudra, lui a assuré Jean-Pierre.
Et il a tenu parole, il a ponctionné 44 000 $ sur la cagnotte familiale. Ca, je lui pardonnerai jamais !
Remarquez, j'ai été bien vengé. Chez Séphora, c'est gabegie et cie. Ca ne pense qu'à faire la fête et à inviter des mecs pour les draguer. Ca ne pense pas à remplir le frigo ! Aussi, quand après avoir installé sa petite famille Jean-Pierre a voulu passer à table, y avait rien de rien à croûter. On se serait cru revenus au temps de l'occupation allemande. -C'est pas que je l'ai connu ce temps là, mais combien de fois j'ai pas entendu mes parents raconter le mal de chien qu'ils avaient pour mettre du beurre dans leurs rutabagas.
Ben mon Jean-Pierre, pareil ! Il a été obligé d'aller récupérer les restes de la veille dans la poubelle. Hou, la hon-te ! Et puis on en a profité pour lui glisser dans les bagages les ectoplasmes de Jacques et de Jeanne. Avec un peu de chance, on lui a refilé les bugs avec. Patience, l'avenir nous le dira.
Bon, nous à la maison, on commençait à respirer. On avait échappé aux couches et aux biberons de l'inutile, c'était toujours ça de gagné. Aleph grandissait bien peinard, ayant appris tout ce qu'il lui fallait pour être un grand garçon. Il savait parler et aller tout seul sur son pot. Y avait plus qu'à attendre tranquillement son anniversaire.
Il a fini par arriver. En parrain responsable, Jean-Pierre était venu le lui souhaiter. Pour la circonstance, il s'était ramené avec sa femme et ils avaient passé la nuit à la maison. Ils ont pu constater qu'en leur absence, Hélios était passé de l'autre côté de la barrière, chez les croulants. Ca ne les a pas trop surpris, vu que de leur côté, ils avaient vu Séphora se transformer en petite vieille quand elle avait soufflé ses 50 bougies. Ils en ont profité pour faire un gueuleton monstre, ils avaient presque oublié le goût du homard thermidor.
Mais s'agissait pas qu'il leur prenne l'envie de revenir, on avait d'autres projets, nous z'autres.
D'abord Hélios, s'est fiancé avec Célia, et il lui a demandé d'emménager. Je sais pas si elle a bien réfléchi avant d'accepter, la petite. Tu parles d'un couple ! Et encore, faut pas qu'il se plaigne Hélios, il a échappé au short à bretelles !
N'empêche, Alioth était mort de rire en voyant son père lui faire sa demande à genoux. Crétin va ! Tu vois pas que c'était à toi qu'elle était destinée celle-là ? Tu trouves pas que vous auriez été mieux assortis ? Non, ça t'es même pas venu à l'idée que dans quelques mois tu auras le même âge que ta belle-mère !
M'enfin, le principal me direz-vous, c'est qu'elle puisse avoir un enfant. Est-ce qu'il sera encore assez vert Hélios, au moins ?
Ma foi... faut pas se plaindre. Il a su honorer sa jeune fiancée sur le champ. A son âge, y a pas de temps à perdre, faut battre le fer tant qu'il est chaud.
Et je me trompe ou j'ai encore entendu la petite musique suave me chatouiller les tympans ? Je croise les osselets : pourvu que ce soit une fille !
Depuis qu'elle s'est fait remonter les bretelles par le proviseur, Zaniath a tout de même daigner s'intéresser à un garçon de son âge.
-Ouais, je m'entraîne pour plus tard, a-t-elle déclaré à sa mère qui la chambrait en la voyant embrasser langoureusement un petit voisin. Mais ça m'apporte pas grand chose, il avait jamais embrassé de fille avant moi, et il a fallu que je lui apprenne. Vivement que je sois adulte pour pouvoir passer aux choses sérieuses, s'est-elle empressée de préciser.
Sitôt dit, sitôt fait. Dès qu'elle eût atteint sa majorité, elle se mit à draguer de plus belle tous les NPC qui passaient à sa portée. Elle a commencé par conclure avec Michel, le livreur de l'épicerie du coin, mais elle l'a trouvé un peu niais au lit.
-C'est pas la peine d'avoir attendu si longtemps pour ce que c'était bien, se plaignit-elle à Kalliste.
-Ma fille, crois-en mon expérience, dans un panier de noix, il y a des coquilles vides. Mais quand on a la chance d'en trouver une pleine, c'est un vrai délice, l'a informée sa mère qui s'exprime volontiers par paraboles. Tout en dentelle, comme ses dessous.
-Ah, bon, faut pas que je désespère alors ? en a conclu Zaniath qui entend très bien les paraboles. Aussi sec, elle s'est mise en tête de séduire le livreur de pizzas : Romuald Leandro.
Cette histoire à la noix a eu le mérite, -ou l'inconvénient-, de réveiller l'appétit de Kalliste. Elle sent qu'elle prend de l'âge, son mariage avec Michel Seguin est bien compromis après son aventure avec Boris. Il n'a pas tellement gobé qu'il pouvait être le père d'Aleph, même s'il a aucune preuve de l'infidélité de Kalliste. Enfin, aucune preuve, vous me direz pas que la couleur d'Aleph c'est pas un sérieux indice. M'enfin, disons qu'il l'a pas prise sur le fait.
Toujours est-il que pour assouvir sa petite faim, Kalliste n'a rien trouvé de mieux que d'attirer le réparateur dans le bain à remous. Et crac ! Elle s'est retrouvée enceinte de cet employé modèle, qui se fait de l'or sur le dos de la famille.
Encore un drôle de Jacques celui-là. Kalliste n'est pas regardante sur la fraîcheur, il pourrait être son père ! Quand je vois mon fils à côté, je trouve qu'il est tout de même moins décati. Il porte encore beau Hélios malgré ses cheveux blancs. J'aurais compris que Kalliste craque pour un homme comme lui, mais le réparateur... pfffuit, qu'est-ce qui a pu la séduire ? Son bide flasque ou son vélodrome à mouches ?
Mais à y regarder de plus près, mettez-lui une moumoute et imaginez-le avec 30 ans de moins, il n'est pas si affreux que ça. Peut-être que le bébé ne sera pas trop moche.
J'essaye de comprendre. Mais la seule bonne raison que je trouve, c'est que les NPC se font aussi rares que les cheveux sur la tête de Jacques à présent, et qu'il faut savoir se contenter de ce qu'on trouve.
Qui c'est qui a dit que j'avais pas l'ouïe fine ? Elle avait bien retenti la petite musique qui joue les archanges et vous annonce qu'un nouveau bébé est en route. Célia a fini par accoucher d'une jolie petite fille. Ca me réconcilie avec les bébés. Je vais avoir plaisir à la voir grandir celle-là. Malhaut, qu'ils l'ont baptisée, bienvenue dans la famille Mahlaut, j'espère que tu me feras des petits descendants à la jolie frimousse. Il travaille bien quand il veut Hélios !
C'est ce que doit également penser Célia, faut voir comme elle est au petits soins pour lui.
-Pas trop fatigué mon chéri ? Tu veux que je te fasse un petit massage ? lui sort-elle quand il rentre du travail à pas d'heure et qu'elle a passé sa soirée à l'attendre en potassant des bouquins entre deux biberons.
Fatigué de QUOI grands dieux ? C'est pas le bagne le métier de pique-assiette. S'agit juste de s'enfiler des petits fours et de mettre l'ambiance. En parlant de ça, vous savez ce qu'il a trouvé pour se faire remarquer Hélios ? Il s'est promené nu comme un ver dans un cocktail, et ça a tellement plu aux invités et à l'hôtesse qu'elle lui a refilé un pourliche de 20 000 $.Vous me direz pas que c'est pas de l'argent gagné facilement ça !
Hé, Hélios, je te parle ! Tu me diras pas que c'est pas... mais qu'est-ce qu'il fabrique ? Voilà qu'il boit à même la brique de lait, qu'il pinoche dans le frigo... gare à toi Hélios, t'es sur la mauvaise pente, tu commences à te laisser aller, les bourrelets te guettent. Quand on a un joli petit brin de femme, il faut faire attention à conserver une allure jeune. Qu'est-ce que tu cherches là ? A ressembler au réparateur ?
Je t'en fiche, il m'entend pas. Il rêve de voir des fantômes, mais il sait pas les renifler. C'est pourtant pas les occasions qui manquent à la maison.
Tiens, regardez Cécile, pour embêter le monde, elle est toujours là. Elle fulmine de voir son cher et tendre filer le parfait amour avec Célia, alors elle se venge comme elle peut. Elle choisit ses victimes quand elles n'ont presque plus d'énergie, si bien qu'elles finissent par faire dans leur culotte. Résultat, elles sont mortes de fatigue avec une barre d'hygiène à Zéro. Elle a pas digéré d'être morte au milieu de ses excréments, alors voilà le résultat !
Mais je rigole, parce que la seule à laquelle elle aimerait bien faire le coup, c'est Célia. Mais Célia, elle a étudié la parapsychologie, et les fantômes, elle a-do-re ! Chaque fois que Cécile veut lui faire peur, elle encaisse des milliers de points d'aspiration. Hé-oui, Cécile, y a pas de justice !
Malhaut n'est pas encore un bambin et déjà Kalliste a accouché d'un autre garçon, à la grande joie d'Aleph qui se voit déjà jouer aux gendarmes et aux voleurs avec lui.
-Pour ça, mon chéri, faudra attendre qu'il grandisse un peu, il est tout petit tu vois bien, lui a expliqué sa mère, mais Aleph est pressé-pressé.
-Oh, maman, j'espère qu'il grandira vite, parce que moi je grandis très vite, et je serai trop grand pour jouer avec lui quand il aura mon âge. Il réfléchit trop ce petit, il va pêter un câble. Mais il a raison, d'ici que son frère soit en âge de jouer aux gendarmes et aux voleurs, il aura d'autres centres d'intérêts. Pour le consoler, Kalliste lui a demandé comment il voulait l'appeler.
-Ephraïm, a répondu Aleph. Je sais pas d'où il connaît ce nom là, mais Ephraïm, ça me va.
Un autre qui a grandi, c'est Alioth. Il fait des études pour devenir médecin. Avec un peu de chance, il va nous ramener la station chirurgicale, la seule récompense qui nous manque à présent, puisqu'en partant, Jean-Pierre nous a laissé le détecteur de mensonges flambant neuf qu'il avait décroché.
On lui connaît pas d'amoureuse, il est d'une discrêtion à toute épreuve sur sa vie sentimentale. Mais ce qui crève les yeux, par contre, c'est son amour de l'argent. Toujours le premier à se servir dans notre plantation de simflouzes, et toujours le premier à vouloir dépenser les billets. S'il y a une chose que je ne supporte pas, c'est le gaspillage. Et il gaspille à tours de bras. Un fauteuil qui vaut au moins 1000 $, un tableau qui vaut au moins 1000 $, des statues en veux-tu en voilà... remarquez, les statues, c'est pas la ruine, pour le moment, il est toujours branché nains de jardin, grâce à lui, notre entrée commence à ressembler à Dysney-land, c'est d'un goût !
Enfin, je verrais pas son départ d'un mauvais oeil, ça évitera qu'il nous réclame encore et encore plus de choses. Je sens déjà les rideaux qui valent au moins... se profiler, le robot de cuisine qui sert jamais, les canapés hors de prix qui n'ont même pas le mérite d'attirer les voleurs. Ca m'apprendra à avoir fait régner l'ordre sur Vipercanyon, depuis mon passage dans la police, on a éradiqué la pègre. Y a que dans notre famille qu'on trouve encore des cambrioleurs, et on va quand même pas se cambrioler nous-mêmes, ça rimerait à quoi ?
Zaniath, elle, est toujours à la recherche de sa noix pleine. Elle a déjà trouvé qu'avec Romuald y avait de l'amélioration, mais elle aimerait bien goûter tout le plateau pour voir s'il n'y aurait pas encore mieux, la gourmande. Elle s'est donc essayé à la chose avec Benoît, le pékin en kilt. Et maintenant, elle rêve de 10 baisers langoureux et d'avoir 5 liaisons à la fois. Elle promet, elle tient de sa grand-mère ! Mais peut-être qu'elle y arrivera elle, à mettre tout le quartier dans son lit, elle a eu le mérite de commencer de bonne heure.
Si j'avais un conseil à lui donner, c'est de prendre des précautions, vous verriez pas qu'elle se retrouve enceinte elle aussi ? Non, parlez pas de malheur !
La petite Mahlaut a bien grandi, en platine, ça va de soi. Mes prédictions se confirment, elle est jolie comme un coeur. Si seulement elle pouvait avoir l'aspiration famille, je sens que celle-là pourrait bien aller au bout de son rêve impossible et me donner une bonne dizaine de descendants de belle allure. Pas que je sois mécontent d'Aleph, avec ses yeux gris-bleu je lui trouve beaucoup de charme. Pas que je sois mécontent d'Alioth non plus d'ailleurs, mais lui... qu'est-ce qu'il attend pour draguer ? Le déluge ?
Si je m'attendais à ça ! On sait maintenant pourquoi Alioth ne trouvait aucune fille à son goût. Tenez-vous bien, il est amoureux de Zaniath. Il le lui a avoué un soir, en la suppliant de lui accorder un baiser langoureux.
-Mais t'es malade ! Ca se fait pas ! Zaniath qui rappelle les lois de la bienséance, on aura tout vu.
-Mais je t'aime, Zaniath, je t'aime depuis toujours, tu ne remarquais pas que j'avais le coeur à l'envers chaque fois que tu passais auprès de moi ? Tu ne voyais pas que je me consummais peu à peu ? Je t'en supplie, un baiser, juste un baiser, et après, je partirai, promis, je te laisserai en paix.
Quel dilemne !
Enfin, Zaniath, faut pas trop la pousser non plus. Elle lui a accordé son baiser langoureux, ça fera toujours ça à ajouter à sa collection. Et le pire, c'est qu'elle y a pris plaisir ! D'ici qu'elle veuille voir si...
Ooooh, il devient urgent qu'Alioth tienne sa promesse.
Allez, zou ! de l'air !
Heureusement qu'il est de parole. Il est parti le soir même, sans demander son reste, profitant de ce que tout le monde dormait dans la maison. Y aura pas d'adieux déchirants, il nous laisse en partant la station chirurgicale qu'il venait d'obtenir, ça c'est le point positif. J'espère qu'il se remettra, qu'il oubliera son amour impossible. Enfin j'espère... en fait, qu'il oublie ou pas, c'est pas trop le problème. Le problème, ce serait qu'ils se revoient ces deux-là et qu'ils aillent nous faire un enfant. Ca ferait un point de moins pour le challenge. Et ça, il n'en est pas question ! Un peu de moralité tout de même !
En tous cas, on a réussi notre coup en refilant Jeanne et Jacques à Jean-Pierre, à eux les bugs, nous, on respire. On peut même organiser des fêtes si on veut à présent. Peut-être que la prochaine tombe ressemblera à ce qu'elle devrait être, qui sait ?
Mais si on parle moralité, y en a un que ça n'étouffe pas, c'est Hélios. Vous croyez que ça lui suffit d'avoir une petite femme aimante ? Il baigne dans le stupre et la luxure. Il ramène Andrée, sa maîtresse, dès que Célia enfile sa tenue d'agent de police pour partir à son travail. Un de ces jours il va se faire prendre sur le fait, et ça va faire des étincelles. Comme il avance en âge, il voudrait bien rester en platine pour la visite de la faucheuse, alors, il se passe tous ses caprices.
Mais il prend des risques, de GROS risques ! Qu'il s'occupe donc plutôt de compléter ses barres de compétences, il lui manque que 3 points de nettoyage. Au moins, il serait UTILEMENT heureux. Vous me direz pas qu'il a besoin d'une femme ET d'une maîtresse. Surtout quand sa femme a près de 20 ans de moins que lui. Il a une santé de fer, ou bien il va nous clamser entre les doigts avant l'heure, c'est moi qui vous le dis.
Voilà, le compte y est. Je suis allé m'assurer qu'il ne manquait rien, même pas le nouveau pistolet à empreintes que nous a ramené Zaniath avec interdiction formelle d'y toucher, c'est clair ?! Un terrain de golf miniature, une machine à chocolats, un labo de chimie, un pistolet à empreintes, un punching ball, une station chirurgicale, un jardin hydroponique, un terrain d'entraînement, un pupitre pour la tchatche et un détecteur de mensonges.
J'oublie rien ? le compte est bon, ouf, on les a les points de bonus pour toutes les récompenses d'aspiration sur le terrain. Et puis, ils ont ENFIN, trouvé une utilité à la salle qui ne servait à rien. Enfin, à rien... pas toujours.
Pis, c'est pas tout ! La terrasse aussi a trouvé son utilité. Ils y ont collé une forêt d'énergiseurs, si avec ça ils pètent pas la forme pendant des mois, j'y comprends plus rien. La forêt, c'est le fruit des points d'aspiration d'Hélios. Quand je vous disais qu'il se passait tous ses caprices !
Mais ils sont prudents les autres, ils ont bien vu comme moi, qu'au train où il va, il ne tiendra pas le rythme bien longtemps. Je me féliciterai jamais assez de leur avoir légué mon sens pratique. C'est ça le véritable héritage, C'est pas les quatre sous qu'on leur laisse. C'est nos qualités qui se développent, en eux.
Alors Kalliste, je sais pas si elle pète la forme, mais sûr qu'elle se la pète ! Remarquez, elle a de quoi. Voilà que le président de la république simlandaise lui demande son avis avant de prendre une décision.
-Général Dubagne, nous sommes menacés par un satellite qui risque de nous écrabouiller. Doit-on le pulvériser ou envoyer une navette pour l'intercepter, qu'il lui a demandé.
-Mmm, Président, un petit moment, je réfléchis... pick-nick douille, c'est toi l'an-douille... (ça c'est sa manière de réfléchir) PULVERISONS ! Elle avait une chance sur deux, c'était la bonne ! La République Simlandaise lui a versé 50 000 $ pour avoir si bien réfléchi.
Hé-oui !! L'argent appelle l'argent. Qu'est-ce qu'on s'empoche comme primes ! Mais on prend des risques aussi.
Mais qu'est ce que j'ai pas entendu au moment où je commençais ma petite virée vespérale ? Célia qui faisait des ragots avec Hélios sur le compte de Zaniath.
-Ta nièce, à force à force de tenter le diable, je crois bien qu'elle a décroché le pompon ! T'as pas remarqué que depuis la dernière visite de Romuald Léandro elle a quelque chose de changé ?
-Remarqué quoi ? Il tombe des nues Hélios, si vous croyez qu'avec sa vie mouvementée il a le temps de remarquer quoi que ce soit !
-Ben, t'as pas remarqué qu'elle prend du ventre, qu'elle mange comme quatre et qu'elle est toujours rendue aux toilettes ?
-Ah ??? Et ça veut dire quoi ?
-Ca veut dire quoi ?! Je vais te le dire moi, ce que ça veut dire ! Ca veut dire qu'elle a mis la charrue avant les boeufs, une fois de plus ! Ca veut dire que d'ici quelques mois, on va se retrouver avec un ado boutonneux, deux bambins et un nouveau-né, qui a toutes les chances d'avoir les cheveux roux de son père. Ca veut dire qu'on va encore se retrouver tassés comme des sardines en boîte dans la maison. Ca veut dire bonjour les couches, les biberons, le popot, et tout le tralala.
Ca veut dire que la vie de dingue va repartir de plus belle ! Ah, elle aura été de courte durée la trêve.
Mais pourquoi ils sont si pressés ? Ils ont tout le temps devant eux, y a encore 6 générations à venir derrière... Heu, enfin... 5 si les soupçons de Célia sont fondés. Tiens-oui, le prochain bébé entamera la 5ème génération. C'est bien tout ce qu'il y a de positif dans c't'affaire.
Notre petit Aleph est tout perdu. Il a couru se réfugier dans le giron de sa mère en pleurant.
-Maman, maman, y a un fantôme qui m'a dit que j'avais rien à faire ici, parce que j'étais pas de la bonne couleur.
-Il était comment ce fantôme dis-moi.
-C'était une femme horrible, avec une grande bouche de crapaud, et un air méchant-méchant. Y avait pas photo !
-Ne t'en fais pas Aleph, c'est Cécile, la première femme de l'oncle Hélios, elle a toujours dit que des âneries. Mais elle ne peut pas te faire de mal, sinon en paroles, Max ne le permettrait pas. Max, tu sais, c'est ton arrière-arrière grand-père, c'est lui le chef des fantômes et il aime tous ses descendants pareil, qu'ils soient blancs, noirs ou verts. Mais s'il y en a une qui n'a jamais eu sa place dans cette famille, c'est bien elle. Il n'a jamais pu l'encadrer.
Aleph n'écoutait déjà plus. Il avait buté sur un mot.
-VERTS ?!!! Ca existe ça, des enfants verts ?
-Bien sûr que ça existe. Enfin, d'après ce qu'on dit, nous on n'en a jamais vus. Pour en avoir, il faut qu'un homme de la famille aille chercher des graines chez les extra-terrestres. Mais c'est les E.T qui décident, autrement, il y a belle lurette qu'on en aurait ! A qui le dit-elle ? Mais que j'aime mes descendants tous pareils... Hum, à condition qu'ils soient pas bons pour la parade des monstres, je suis d'accord.
Aleph, continait de plus belle.
-Verts ? Oh, maman, ça serait trop bien. Moi je veux aller chercher des graines de bébé vert chez les extra-terrestres.
-Commence par grandir et choisis la connaissance, parce qu'il faut être très courageux pour aller chez les extra-terrestres, et ne pas avoir peur des fantômes.
-Mais je suis courageux, et j'aurai plus peur des fantômes maintenant que je sais qui c'est leur chef.
-Alors, peut-être que ton rêve se réalisera, lui a laissé entendre Kalliste. Puisse-t-elle dire vrai.
Dès qu'il a été en âge de choisir son aspiration, il s'est tourné vers Hélios, le seul qui pouvait lui confirmer l'existence des petits homme verts.
-Il paraît que tu es monté dans leur soucoupe, et qu'après ils ne sont jamais revenus. Pourquoi t'en as pas profité pour leur demander des graines ?
-J'aurais bien voulu, lui a expliqué Hélios, mais nous étions déjà 8 à la maison et ils respectent les lois de notre planète. Mais ils ont promis qu'ils reviendraient un jour, et qu'il y aurait aussi des bébés verts dans notre famille. Y a pas de raison !
-Et c'est vrai qu'il faut choisir la connaissance pour avoir plus de chances de les voir ?
-Je ne sais pas, avoua Hélios, mais ça aide. La plupart des gens ont peur de l'inconnu par ignorance. Quand tu possèdes la connaissance, tu n'as plus peur de rien.
-Alors, c'est bon, je choisis ça. Et je me mets aux études dare-dare. Je passerai toutes mes nuits à observer le ciel en les attendant, a décidé Aleph.
Caressant l'espoir de devenir un jour mère porteuse, Aleph est une seconde maman pour son petit frère Ephraïm. Il ne rechigne jamais pour lui changer ses couches ou lui donner le biberon.
Il fait comme Zaniath, il s'entraîne pour plus tard, mais dans un autre registre. Mais rien ne dit que son rêve se réalisera. Heureusement que l'espoir fait vivre.
Quand on parle du loup... Zaniath n'a pas renoncé à rechercher la succulente noix dont lui a parlé sa mère. Mais QUI j'ai vu réapparaître le nez en avant, et toujours pimpant après 150 ans ou presque ? BENJAMIN !!!
Hoooo-noooon ! La grand-mère, la mère et maintenant la fille ! Il les lui faut toutes ! Qu'elle me le fasse emménager celui-là, et je vous jure qu'il viendra alimenter le cimetière. Y en a marre de le voir jouer le jeune premier.
Vous avez remarqué le ventre de Zaniath ? Célia ne s'était pas trompée, il y a encore du bébé dans l'air. Enfin, faut voir le bon côté des choses, dans son état, elle ne nous ramènera pas un polichinelle du Pinocchio de service.
En plus, il a de ces goûts ! Regardez le ! Non-mais, regardez moi ce sale type qui veut voler notre horrible nain de jardin en se frottant les pognes, la tête montée sur roulement à billes, en regardant si on le voit pas. C'est pas lamentable ça ?
En plus, il l'a fait l'animal ! Il nous a volé notre nain. C'est pas que j'y tienne, mais c'est des choses qui se font pas. Heureusement qu'Aleph n'a rien perdu de son manège. Il est allé le récupérer le soir même ! Enfin, celui-là ou un de ses frères, parce que nos nains font des envieux dans tout le voisinage. Y a pas un visiteur qui résiste à l'envie de nous les piquer. J'ai toujours eu très peu d'estime pour mes concitoyens de Vipercanyon, mais c'est pas ça qui va la faire remonter en flêche.
Mais Zaniath a fait pire, Dieu lui pardonne ! Elle est allée trouver Alioth, sous prétexte de voir comment il était installé. Il est logé comme un prince, c'est pas le problème, mais vous savez bien pourquoi il avait voulu partir : Pour ne pas succomber à la tentation !
Et pour ça, il aurait pas fallu que Zaniath arrive la bouche en coeur en lui claironnant
-T'es pas mon oncle, t'es pas mon oncle ! On est que des cousins éloignés, et ça change tout ! C'est un bobard qu'on nous avait raconté parce qu'ils avaient tellement peur qu'on ait un enfant consanguin et faire perdre un point pour le challenge. Mais j'ai consulté l'arbre généalogique de la famille, mon oncle, c'est ton père, Hélios et encore, c'est que mon grand-oncle !
Et qu'est-ce qui le retenait à présent ? Zaniath enceinte, la maison pleine comme un oeuf, aucun risque de grossesse non désirée... Zaniath l'a enfin trouvée sa succulente noix. Mais faudra qu'elle fasse gaffe à pas revenir piocher dans le panier trop souvent. A tenter le diable comme elle fait, il pourrait bien lui arriver des pépins. Quatre amants à son actif depuis qu'elle est partie en quête du fruit défendu, elle va vite en besogne la gamine.
C'est vrai qu'elle était restée sur sa faim depuis son 15ème anniversaire, mais quand même ! C'est une véritable ogresse !
05 novembre 2008
57. Ca s'occupe !

Je dis ça parce que l’élixir, à la maison, c’est pas ça qui manque !
J’imagine si on avait commencé à le stocker depuis le début du challenge…
déjà que je trouve que le terrain s’est rétréci comme peau de chagrin.

Mais !! Mais c’est mon petit pistolet à empreintes que je vois entre les mains de Zeneb.
Il cherche pas au bon endroit, le zèbre. Qu’est ce qu’il croit trouver sur la voiture de la femme de ménage ? Je vous le demande. Ces femmes-là, on leur colle le chiffon à poussière en guise de doudou dès le berceau. Nan, je te le dis tout net, cherche ailleurs mon gars, tu trouveras pas d’empreintes là-dessus.

C’est ça, cherche n’importe où… j’ai bien peur qu’ils n’aient égaré le mode d’emploi. Remarquez, quand je vois dans quelle tenue il travaille, je me doute que les points de nettoyage, c’est pas la priorité des priorités. Hein, le joli cœur ?!

Personne n’est dupe, même pas Elise.
- Wouaouh, Zeneb, c’es pour affoler toutes les filles du quartier que tu te ballades en slip ?
- Meuh-nan, qu’est ce que tu vas chercher là, mamour ? Tu sais bien que t’es la seule qui compte pour moi. Les autres, je les regarde même pas. Si elles sont pas de la famille, c’est que c’est des boudins de townies, alors tu peux dormir tranquille.
- Dormir ? Qui te parle de dormir ? Je préfèrerais un petit rendez-vous avant le dîner, suivi d’un petit rendez-vous après. T’en penses quoi ?
Bon ! On va les laisser enfiler les rendez-vous comme d’autres enfilent les perles. C’est tout bénef pour leur moral et c’est tout bénef pour le challenge. Que demande le peuple ?

Ah tout de même ! Tanguy s’est décidé à fêter son anniversaire discrètement, dans les toilettes. Il pensait peut-être que ça passerait inaperçu ? Manque de chance c’est le genre de métamorphose qui saute aux yeux : La veille, un fringuant jeune homme au top de sa forme, le lendemain, un petit vieux tout voûté à la vessie faiblarde. Moi ça me réjouit, de les voir vieillir, si seulement ils pouvaient passer l’arme à gauche dans les… disons dix jours qui suivent, ce serait parfait. Mais-nan, faut qu’ils s’accrochent, faut qu’ils durent. Place aux jeunes, que diable ! Et celui-là, avec son aspiration platine à vie, il risque encore de durer un moment.

Tiens-tiens ! Voilà Aurélien sapé comme un prince qui va au travail l’appareil photo ostentatoire, comme un Japonais en vadrouille. Serait-ce qu’il aurait fini par trouver un boulot dans le journalisme ?
Attendez, je tends l’oreille –enfin, ce qu’il en reste. Qu’est ce qu’il dit ?
- Ho Zeneb ! Comment tu vas faire ? Elise est au travail, tu vas devoir te passer de rendez-vous. Tu crois que tu vas pouvoir survivre jusqu’à ce soir ?
- T’occupe ! C’est pas l’occupation qui manque.

L’occupation de Zeneb –quand Elise part au travail- c’est de refiler des rendez-vous cauchemardesques à tout ce qui passe à sa portée.
- Nan, je drague pas. Nan j’embrasse pas non plus. Nan je fais pas de massage… je peux faire une bataille d’oreillers si ça te dit.
- Rho t’es trop nul ! Jamais vu un rendez-vous aussi minable.
- Hé-oui, j’ai prêté serment de fidélité.
- Ben pourquoi tu donnes des rendez-vous alors ?
- Pour mon petit décompte perso. Je dresse des statistiques pour savoir ce qui est le plus rapide à obtenir : 50 premiers rendez-vous pourris ou 100 rendez-vous paradisiaques. En ce qui te concerne, t’es le 7ème pourri.

Deuxième jour de travail pour Aurélien, deuxième promotion. Moi qui trouvais qu’il avait perdu du temps à se dépêcher de remplir ses barres comme un malade, voilà le résultat !
Ah-mais y en qui se défoncent sitôt rentrés du boulot pour se donner tous les atouts pour être bien vus par les patrons. Aurélien, lui, pas besoin ! Il se repose. C’est ce qu’il a de mieux à faire, remarquez. Comme ça, il est frais et dispos pour aller bosser et ça se remarque. Il est devenu rédacteur en chef du magazine le plus branché de Vipercanyon. Remarquez… y avait pas concurrence, à part la gazette… D’après les bruits qui courent en ville il devrait moins sa promotion à son travail qu’à sa belle gueule toute neuve. L’a rudement bien fait de s’en occuper.

Deuxième bonne surprise de la journée… enfin surprise… pas pour tout le monde. Quand ils l’auront entendue résonner autant de fois que moi la petite musique, ils se demanderont peut-être plus ce qui se passe quand ils changeront de pyjama. Enfin, quand je dis « Ils »… quoique… Oui-bon, c’est arrivé qu’une fois, faut pas en faire une généralité non plus.

Cache ta joie Aurélien ! T’es pas content de trouver ta femme dans la superbe tenue
dont on avait presque oublié qu’elle moisissait dans les placards ?

Nan, ce qui lui fait bien plus plaisir, c’est d’avoir pu poser sur le bureau sa récompense professionnelle. Comme ça, la collection est de nouveau complète. Quelque part, c’est rassurant. C’en est même presque lassant. A quoi il va bien pouvoir s’occuper maintenant ? A part à faire des gosses bien sûr. Je sens se profiler une longue vie interminable… à moins d’un petit accident ?

Le lendemain, Ophelia se lançait dans la confection d’un dessert que j’avais jamais eu l’occasion de goûter de mon vivant, de ma mort non plus, notez. Ma foi, l’avait l’air bien appétissant ce dessert, c’est pas comme la tarte aux fruits rouges où ils mettent plus de pâte que de fruits. Elle avait pas lésiné sur les fraises posées sur un lit de chantilly. Je sais pas si c’est bien raisonnable de manger comme quatre dans son état, mais si c’était une envie de femme enceinte, elle aurait eu tort de se priver

Elise était encore en train de récupérer de ses ébats de la veille, quand je vis mon Zeneb qui s’en allait d’un pas gaillard avec une idée derrière la tête. LA TETE
- Si je refilais un rendez-vous pourri à Marjorie ? Ca lui ferait les pieds…
NAN-MAIS CA VA PAS MIEUX,
Mon indignation a dû se frayer un chemin jusqu’à son cerveau ramolli, parce qu’il fini par se raviser.
- Oh-mais-non, j’suis bête ! Je perdrais mon temps, ça compterait pas comme premier rendez-vous, faudrait qu’il soit paradisiaque pour bien faire… Nan, je me sens pas de lui donner un rendez-vous paradisiaque, après faut lui faire des cadeaux… rien que pour récupérer ma bague, ça a fait toute une histoire !

C’est-y pas mieux comme ça ?
Mais avec sa régulière, il en va tout autrement
- OUAIS !! Encore un rendez-vous paradisiaque ! J’en suis à combien maintenant ?
Zeneb n’a pas le triomphe modeste, ça commence à agacer Elise quelque part
- Parce que… tu tiens les comptes ??
- Ben-heu… pas vraiment, mais j’aime bien savoir où j’en suis pour mesurer la puissance de notre amour. D’ailleurs… on remet ça, quand tu veux.